Deux filles dans le rétro…

Deux filles dans le rétro…

Festival Jazz and Blues de Léognan
3/06 /2017

Annie Robert

Pour cette deuxième soirée du Festival Jazz and Blues, les Halles de Gascogne laissait la part belle aux filles…. Deux jeunes et jolies nénettes, une blonde, une brune, deux chanteuses revisitant chacune un moment de l’histoire du jazz vocal.

Grand saut en arrière tout d’abord, dans les années 20/30, avec Sarah Lenka, qui nous replonge dans le répertoire de Bessie Smith, qui a fait du roman personnel et de sa trame de vie rugueuse( boîtes louches, nuits blanches, bagarres, gin et joints ) son pain quotidien et l’inspiration d’une partie de ses chansons. Du lourd, du pimpant, du tragique.
Le parti pris d’un quintet sans drums avec seulement des cordes ( Taofik Farah / Guitare et Manuel Marchès/ Contrebasse) et un banjo très « Mississipi time » (Fabien Mornet) renforce ce retour temporel dans un registre folk blues entre prohibition et roue à aube… La trompette de Camille Passeri souvent en mode sourdine ponctue d’envolées plus larges, ces colorations d’arrière-cours enfumées.
Le choix artistique du retour vers le passé fonctionne à plein.

Sarah Lenka Quintet

Sarah Lenka possède un grain de voix très particulier, un voile éraillé séduisant qu’elle sait faire coquin ou bastringue, un timbre remarquable et très reconnaissable, une belle puissance, de la présence et un contact facile avec le public. Un chanteuse qui en jette et qui se donne sans compter.

Sarah Lenka

Elle contextualise chaque chanson choisie ( parfois trop ?) et les interprète à sa manière, avec engagement comme dans « After you come »   ou « Late walking baby ». Les chansons de Bessie Smith dénoncent la condition humaine, l’amour, le désir, la jalousie, la fatigue d’un monde trop rude. On pourrait les croire intemporelles tant elles peuvent être partagées. Mais le style a bien vieilli, il reste sage, calibré, trop canaille pour être émouvant, trop policé pour rentrer dans l’intime. Il y a peu d’improvisation possible, peu de chemins de traverse à aborder. Et au bout de sept ou huit chansons, le plaisir de l’écoute s’effrite lentement.
Pourtant une petite bulle d’émotion va surgir sur trois morceaux plus intimes avec en particulier un moment voix / contrebasse, très épuré, très simple, un gospel en retenue et sensibilité dans lequel elle élimine toute facilité vocale. Et on se plait à imaginer ce que la voix si particulière de Sarah Lenka pourrait exprimer dans un registre différent. On l’attend et on l’espère avec des choix artistiques à venir plus contemporains qui devrait la révéler davantage.

Après un entracte bienvenu (il fait chaud sous la halle et une gorgée d’eau ou de bière est obligatoire..) c’est au tour de la brune et pétillante new -yorkaise pleine d’allant Champian Fulton de nous prendre par l’ oreille musicale pour un nouveau bond dans le passé jazzistique… Cette fois ci destination année 50/60 , l’ère du swing dans son plus bel écrin.
Champian Fulton, au piano est un belle héritière d’un jeu à la Errol Gardner: swing endiablé, main gauche régulière et accords sur tous les temps ; mélodie à la main droite, block chords et successions d’arpèges en gamme blues…ça frétille dans le clavier, ça s’agite sur les touches, ça coule sans difficulté, avec aisance et générosité. Rajoutez à cela une voix légère mais souple, ample, avec des nuances maîtrisées dans la lignée d’une Dina Washington. On joue sur du velours, de la brillance, de la chatoyance, on est en pays de connaissance
.
Elle alterne de grands standards «  What a difference » ou « All of me » par exemple avec des compositions personnelles dans la même veine, sur lesquelles elle chante peu ou pas du tout et laisse son piano s’exprimer pour elle.
Les morceaux possèdent une structure que l’on pourrait qualifier de « classique » avec une belle part laissée aux deux instrumentistes qui l’accompagnent et qui le méritent.bien.  Philippe Soirat à la batterie bien trempée et délicate, ne surchargera pas un beau solo au balai, et son travail d’un groove impeccable est toujours adapté et attentif. Quant à Gilles Naturel, il a la contrebasse  expressive, pleine de peps (à noter une belle impro à l’archet, plutôt rare !)

Champian Fulton trio

C’est un répertoire classique, fait de respect et de tendresse mêlés qui s’égrène, un moment de plaisir qu’il faut prendre sans rechigner.

Certes, on n’est pas surchargé de surprises, de ruptures ou d’émotion fortes…
Mais le bien être suffit parfois au bonheur d’une soirée.

Un commentaire sur “Deux filles dans le rétro…

  1. Kate dit :

    En effet, ma visite sur ce blog a été un vrai parcours de plaisir. Je suis une fan de jazz et mes amis ne le comprennent pas vraiment. En fait, j’ai téléchargé de nombreux MP3 sur http://m.zikiz.fr/ pour ma playlist. Le fait de voir ces jeunes femmes sur scène me rassure un peu !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *