Dave King Trio, Rocher de Palmer 31/01/17

Par Alain Fleche, photos Thierry Dubuc

Peu de monde dans une petite salle, déjà oublié la prestation du « Bad Plus » le mois dernier ? Avec ce fameux batteur toujours imprévisible ! (malgré sa 50aine d’enregistrements)

Il l’est en réunissant ces 2 compères, pour faire … autre chose.

Quelle grande idée de s’associer au pianiste qui, s’il ne fait de bruit sur la scène internationale, rend inoubliables toutes les séances auxquelles il participe, fusse sous son nom … ici, son petit air de ne pas en avoir, entre repères classiques et éclatement (distingué) des dits repères, il fait merveille, et qui d’autre aurait assumé ce rôle avec autant de naturel légitime ? (ou de légitimité naturelle?) .aussi à l’aise ici qu’avec D. Douglas ou D. Gress, S. Colley …

Entre les 2, en guise de liaison déraisonnable :   Le bassiste ! B. Peterson. Je ne le situais pas, pourtant, B.B.King, et Prince, et d’autres, le connaissent ! Pas de hasard. Roi, Prince, reste-t-il de la place après le Duc, Comte, Baron ? Alors il sera Chevalier. Avec le glaive et la truelle. L’épée qui taille et éclaircit le sentier, facilite le passage, accompagne l’effort, et puis : l’outil de maçonnerie qui étale le ciment reliant les perles jaillissant des instruments ; son « intelligence » rend chaque note du trio  évidente. Et puis il fait le poids face à la « grand-mère » qu’il prend dans ses bras en la cajolant, et c’est ainsi, conquise, qu’elle livre le fond de son âme.

Ils ne sont pas venus pour rien. Rien de moins que de présenter leur nouvel album à sortir chez ECM. Éditeur qui sait prendre des risques, toujours en beauté, là, Bingo, réussite totale.

Paraît que ça va être classique !? Hummm, voire !

Si on considère que B. Strayhorn, J. Guiffre sont classiques … on commence comme ça. (Avec  leurs compositions réciproques)

Classique apparenté Third Stream évolué. … on part , bien entendu, sur des accords qui vont bien, qui font beau, même si …, des rythmes lissés, expérimentés, bien que … Et voilà, tout est là , dans ce quelque chose de différent, que l’on n’attendait pas, un glissement progressif vers l’ailleurs, plaisir ou/et surprise qui fait ouvrir grand les oreilles pour ne pas perdre une miette de l’histoire qui est en train de se dire .

Dès les 1éres notes, Dave jubile, sourire permanent qui répond aux regards des 2, se transforme, parfois, en rictus d’effort. Y en a ! Classique,  comme C. Kay ou P. Motian … tss-tss, libertaire il est, c’est le 3ème courant qui découvre le Free, ou le Free qui re-pense à « ceux d’à côté…. comme A.Shepp dans « Fire Music », juste le son, le décale ment à peine perceptible jusqu’à franchement tranché. Le joujou est mis en pièce. Détaché de ses ancrages. À la merci des vents de liberté qui secouent l’embarcation en route pour les étoiles, celles qui ne brillent pas encore, vents qui poussent irrésistiblement vers ces contrés inconnus qui attirent ceux qui seront capables d’en rapporter les trésors.

On va, comme ça, surfer chez les Beach Boys, mettre à poil une « Surfer Girl » pour voir ce qu’elle a dans le buffet. Ouais. Y en a aussi !

Un « slow boat to china » qui complète bien la version de R. Nathanson (d’anthologie !). Joie du voyage. Du but et du moyen. Éternel retour aux origines. Retour sur un vaisseau  du Mississippi. À remonter le fleuve (comme celui de José Farmer) de la vie et de la mort… à nos certitudes. Retour à la case départ, Materia Prima du ‘tout possible’.

Et pis, v’la t’y pas que le Bill y met le groin dans la queue du piano, et là, il sifflote, si ! Non, il siffle, bien, beau. Très beau, et juste, et malin. Et puis tiens, c’est « Body and Soul », comme si on se penchait sur le moteur d’une Cadillac 1936, les manches relevées, Respect. Faut pas s’gourrer de clef. Participer à l’ouvrage, au grand œuvre en devenir. Dans la tradition (comme le dit A.Braxton) !

Bon, ça va, on est ensemble les mecs, les prises de risques, fréquentes, sont prises et assumées derechef, et de concert. Tout le monde est là. Les 3 ! Bon, c’est bon, on s’connait. Ça tourne.

Vazy Billy, encore. Une rengaine cubaine, belle comme la lune est con , si on est seul à la regarder. On était pourtant partis sur un truc très romantique, envolées lyriques et tout, et pis, oui là aussi, ce glissement mystérieux , au bord du basculement … d’un coup, oui. Comme l’ont fait déjà d’autres , à la mode ’60, une citation de la «  lettre à Élise » , évoquée, précisée, insisté, puis déliée, fondue, devenue autre… mais pas très loin. Pas à une surprise près, on a bien eu  droit, un peu plus tôt, à un splendide « Like Someone in Love », langoureux à souhait et pis tout bien, sauf : sans une seule note directe de la mélodie. Et toc. Débrouillez-vous.

Heureux d’être là. Eux !? Laissons-nous le croire. Nous ? Pour sûr ! Nous découvrons, s’il en allait, qu’aujourd’hui encore, on peut envisager d’autres (ré) solutions aux accords immortels, par (ex)tensions harmoniques, free-cassée de pulsations sur différents codes brisés à la crème d’un chou de grand nain tout droit sorti du «  Mont Moriah » .

Et le rappel

Du tonnerre !

Un morceau un peu ‘vaporeux’, ambiance… planante mais presque, non je blague, un peu concertant… bon, enfin, enfin, pour (se) finir, un truc de folie, retour aux Fondamentaux : un bon vieux truc de C. Parker, 200  à la noire et j’en passe. Et tout le reste y passe ! Circulez et regardez. Y a tout à voir  et entendre ! Tout est là. Tout est prêt à être dépassé. Ne nous en privons pas. Jamais.

Messieurs, merci de nous le rappeler !

Par Alain Fleche, photos Thierry Dubuc

Un commentaire sur “Dave King Trio, Rocher de Palmer 31/01/17

  1. Roberto dit :

    Awesome things here. I’m very satisfied to peer your article.
    Thanks a lot and I am looking ahead to contact you. Will you kindly drop me a e-mail?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *