Dave Blenkhorn et Thomas Bercy trio à Uzeste : le jazz de ville et le jazz des champs

Par Philippe Desmond.

Uzeste, Café du Sport, dimanche 12 février 2017.

Le jazz – un mot bien trop vague – souffre d’une image élitiste dans les médias, dans le grand public, partout. C’est malheureusement souvent le cas. Des associations comme Action Jazz font tout pour rectifier cette image, évoquant tous les jazz, tous ses courants, essayant de mettre en valeur de nouvelles générations de musiciens sans renier les anciens, s’intéressant aux nouveaux sons sans bannir les standards et pourtant le public reste frileux. En dehors des stars du genre qui attirent du monde de toutes générations , les Marcus Miller, Ibrahim Maalouf, les chanteuses à la mode comme Diana Krall ou Melody Gardot ou les nouvelles tendances comme Snarky Puppy, le public a du mal à suivre. Certes les grands festivals d’été font le plein mais souvent les gens qui ont accroché avec plaisir leurs oreilles à cette musique l’oublient jusqu’à l’année suivante. Certes un Keith Jarrett est capable de remplir l’Auditorium en deux jours malgré un tarif prohibitif mais là on retombe dans l’élitisme.

Ces problématiques, et bien d’autres, ont fait l’objet d’un très intéressant débat lors du colloque organisé par Action Jazz en préambule du dernier tremplin ; 53 festivals ou événements y étaient représentés et la Gazette Bleue de mars reviendra là-dessus. Comment attirer du public et surtout le renouveler, autre que les personnes certes passionnées mais bien mûres, trop. Comment attirer des jeunes pour faire simple. Vaste débat.

Certains réfléchissent, d’autres agissent, peut-être même hors de ces considérations, en toute simplicité, en toute convivialité mais avec passion. Après cette – trop – longue introduction parlons d’eux, ces gens qui sur le terrain à leur échelle tracent un sillon dans lequel des graines vont sûrement germer (oui je sais c’est de la métaphore à 2 balles mais vous voyez l’idée).

On les trouve notamment à la campagne, au Café du Sport d’Uzeste par exemple, chez Marie-Jo ; entre les deux papes de son village, l’un, Clément V, enterré dans la disproportionnée Collégiale et l’autre bien vivant et pour longtemps on le souhaite, Bernard Lubat, elle a fait sa petite place aidée par le Collectif Caravan de Cécile Royer très dynamique en Sud-Gironde et la Belle Lurette de Saint-Macaire notamment.

Une fois par mois environ le café se remplit pour un concert de jazz autour du trio de Thomas Bercy ; lui au piano, Jonathan Hédeline à la contrebasse et maintenant Gaëtan Diaz à la batterie. Un invité différent, un répertoire varié et un dimanche qui s’étire (de 17 h à 19h30) dans une ambiance au combien sympathique et pas élitiste du tout ! En quelque sorte le jazz de ville contre le jazz des champs. Ce blog vous en a déjà relaté quelques moments.

Hier soir l’invité était Australien, le très demandé guitariste Dave Blenkhorn, qui parcourt la France et l’Europe pour de nombreuses collaborations musicales. Oh il ne vient pas de bien loin ce soir mais du village voisin où il vit depuis plusieurs années ; la haie inquiétante de chasseurs en gilets fluos, fusils à la main, que j’ai traversée sur la route en arrivant, c’était donc pour une battue de kangourous plaisantons nous ensemble !

Au programme, une musique taillée sur mesure pour ce genre de moment, le répertoire mélodieux de Wes Montgomery et un peu de Duke.

Alors ce sillon il est où ? Dans la diversité du public. Bien sûr des amateurs, des connaisseurs, des pros – avec même un professeur du Conservatoire de Région venu écouter ses anciens élèves Gaëtan et Jonathan – mais surtout plein de familles avec des enfants, des tout petits même ! Certains les quinquets écarquillés devant cette musique qui se fabrique devant eux, d’autre moins attentifs affairés à l’atelier dessin improvisé dans un coin du bar ; mais au moins ils entendent, ils savent que ça existe, certains crayon à la main viennent même gigoter devant la « scène ».

Toutes les générations sont représentées, oserai-je dire sans paraître condescendant toutes les classes sociales. On boit de tout, du thé, du café, du rouge, de la bière, de l’apéro, des sodas, on se régale des crêpes de Marie-Jo, on échange, on fait connaissance, on rigole, on partage ; et tout ça en musique, le côté scène étant plus attentif que le côté bar. C’était ça le jazz non au début, une musique populaire, comment a t-elle pu glisser vers le « sacré » ? La chienne Dehli est de la partie et fait sa ronde incessante dans son territoire envahi par ces étrangers. Le chapeau circule, et oui des gens sont en train de travailler il faut bien les rétribuer, certains ont tendance à l’oublier.

Musicalement ça fonctionne très bien malgré quelques crêpes aussi par ci par là qui provoquent des échanges souriants entre Thomas et Dave ! Ce dernier possède parfaitement les « Jingles », « West Coast Blue », « Full House » et bien d’autres standards de Wes et sa version de « In a Sentimental Mood » de Duke est d’une belle délicatesse grâce au timbre chaud de sa guitare. Le trio fonctionne à merveille dans un registre différent de son répertoire Coltranien ou Tynerien habituel ; ils sont excellents.

On peut donc se régaler de jazz de qualité sans snobisme et en toute simplicité, faisons le savoir !

Prochain concert au Café du Sport le dimanche 19 mars à 17 heures avec le trio de Thomas Bercy et le saxophoniste Alex Golino dont le portrait occupe la Gazette Bleue de janvier ; répertoire Hank Mobley. Venez faire un tour ce n’est pas si loin que ça.

https://www.facebook.com/Collectif-Caravan-170711356335248/

www.actionjazz.fr

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