Cyrille Aimée, Rocher de Palmer 06/04/2016

Par Annie Robert, photos Thierry Dubuc
Tiens, v’là le printemps.

Cyrille Aimée

Cyrille Aimée

Nom d’une pâquerette, il y avait sur la scène du Rocher de Palmer hier soir, une bien jolie fleur qui nous a coloré les pensées en bleu doré façon grand teint.… !
La chanteuse Cyrille Aimée et ses quatre feux follets de musiciens ont aromatisé nos oreilles de vitalité parfumée swing-tonic, de gaîté, de charme avec un soupçon de mélancolie sans guimauve; entre guitares manouches et rengaines jazzy, entre reprises et compos originales, entre solos d’enfer et scats irrésistibles: du cœur, du rythme, de la délicatesse et du partage à fond. Comme beaucoup, je ne la connaissais pas, c’était bien dommage. J’en reviens aérée, rafraîchie comme une prairie de printemps.
Le concert débute en douceur, sur la pointe des notes, par une chanson peu connue de Moustaki, « T’es beau tu sais ». Tessiture légère, timbre soyeux, beau phrasé, la voix est simple, ronde sans être mièvre, suave sans être poseuse, technique sans être acide. Et tout de suite on comprend ce que va être le concert : une voix, des artistes au service des chansons et pas le contraire. Ça nous change un peu des vénéneuses orchidées et des roses plastifiées !
Cyrille Aimée a l’amour du langage musical, des mots chantés, elle ne se pousse pas de la glotte, elle ne cherche pas la performance musicale, les décibels ou le clonage vocal, elle chante sans se regarder chanter presque avec timidité, sans se mettre en scène. Elle fait confiance à ses chansons, à ses musiciens, à son public avec un feeling incroyable et une superbe musicalité dans chacune de ses expressions. Un duo tout simple et si virtuose avec son contrebassiste par exemple et c’est du lilas épanoui, du bouton d’or sincère, de l’herbe folle, de la dignité de pervenche, du scat de libellule d’eau, bref du grand art.

Si elle habite désormais à Brooklyn et a écumé tous les lieux du jazz new-yorkais, si elle est lauréate du prix Sarah Vaughan, elle n’en oublie pas pour autant les influences manouches qui composent l’ossature de son expérience. Enfant de Samois sur Seine (où elle a grandi) et de Django, la première école de la petite Cyrille a donc été avant tout et surtout celle de l’écoute et du partage au coin du feu, au pied des roulottes, des longues soirées passées à chanter, pour rien, pour soi, pour les autres, pour le jour qui se lève. Elle en garde toutes les folies (le scat phénoménal sur Laverne Walk par exemple) les fulgurances et la générosité. Autour d’elle, deux guitares infatigables et taquines, Adrien Moignard (impérial et inspiré !) / Michael Valeanu ( superbe) qui a réalisé une grande partie des arrangements et une section rythmique australienne d’une totale complicité, unie comme la tartine et la confiture de mûres, Shawn Conley, à la contrebasse, mélodieux et dansant et Dani Danor à la batterie d’une délicatesse soutenue. Quatre beaux musiciens pour étayer une églantine bondissante qui le leur rend bien.

Le groupe

Le groupe

L’album qui inspire le spectacle, intitulé « Let’s Get Lost » voyage entre la République dominicaine natale de sa mère (Estrellitas Y Duende), le premier amour manouche (Samois à Moi, qu’elle compose et que ne renierait pas Charles Trenet et sa douce France ) les incontournables de l’art vocal enluminés par les guitares (There’s a Lull in my Life) (Let’s Get Lost ) (That Old Feeling) et des compos persos et plus récentes (Live Alone and Like it) (Nine More Minutes). Cela parle d’amour entre rire et larmes.
À chaque fois, c’est la sincérité qui est recherchée, le plaisir du partage entre cinq musiciens mariés avec des paroles de chansons qui ne les quittent plus. Cela pourrait paraître éclectique, dispersé quant au style mais pas du tout, l’atmosphère swinguante enivre et recouvre tout. Il en reste une couleur dorée, une essence de joie comme un bouquet parfumé.
Cyrille Aimée a fait souffler un vent de fraîcheur ardente, à l’image de cette « Nuit blanche », sensuelle et un peu perdue mais aussi des rires et claquements de doigts, des cordes de guitares et des envolées de bossa nova.
Après deux rappels et une reprise enfiévrée de « Caravan » où les cinq complices ont fait assaut de défis musicaux délirants, on les laisse partir à regret et si dehors l’air paraît un peu froid, le ciel un peu chargé, les lumières de la ville semblent clignoter ensemble dans un rythme brumeux. Sur les pelouses du Parc Palmer, les pâquerettes se sont refermées toute en rose pour la nuit avec un petit clin d’œil apaisé.
Belle soirée.

Après deux beaux rappel !

Après deux beaux rappel !

Cyrille Aimée

Le Rocher de Palmer

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