Chroniques Marciennes * (#4)

par Annie Robert

4-  Du charme discret à  l’explosion solaire                   Jazz In Marciac
30/07/2015

Soirée très contrastée hier soir… aussi bien dans le lieu, dans l’énergie que dans le style.
À la salle de la Strada d’abord, le quartet d’Eric Barret et Simon Goubert . Les deux complices qui travaillent ensemble depuis des années proposent une ligne mélodique volontairement  assez fuyante, assez peu marquée sur un tempo véloce et rapide. Les morceaux ont de jolies entrées mélodiques lorsque le piano  de Sophia Domancich entre en lice  (très jolie main gauche !) et un moment  peu commun  de contrebasse à l‘archet lorsque Jean Philippe Viret prend un solo. Le sax d’Eric Barret fonctionne souvent dans l’aigu, avec un son assez particulier qui passe de l’acidité à la rigueur et  partage le devant de la scène avec la batterie très présente de Simon Goubert.
En seconde partie, voici l’élégance discrète de Virginie Teychené. Privée  de chapiteau l’an dernier par un orage dantesque, elle revient avec ses musiciens dans une configuration intimiste, toute en nuance, appuyée par le piano coloré de Stéphane Bernard et la batterie délicate de Jean Pierre Arnaud .
Virginie Teychené  n’a pas l’attitude d’une star du chant, elle est simple, accessible, possède une voix souple, avec de beaux graves, un phrasé délicat et un sens généreux du scat. Son répertoire va d’Abbey Lincoln, à Nougaro, des grands standards brésiliens aux compositions de Gérard Maurin son contrebassiste. Elle égrène une petite musique qui tranquillement petit à petit  conquiert le cœur, par sa douceur et sa générosité.
Direction ensuite le grand chapiteau. Depuis deux heures déjà, Laurent Coulondre   ( Rémi Bouyssière à la contrebasse et Martin Wangermée à la batterie)  et le Shai Maestro trio  ( avec Avishai Cohen en invité à la trompette, excusez du peu ) enflamment à tour de rôle le chapiteau. Ce fut paraît-il de grands, grands moments… que je n’ai hélas pas pu partager.

Heureusement, il me reste in extremis, la troisième partie à savourer. Voici donc  la réunion aussi improbable que réussie de trois musiciens, à priori éloignés les uns des autres par leurs cultures et leur musique : l’italien Paolo Fresu tantôt au cornet, tantôt à la trompette, le cubain Omar Sosa  au piano  et l’indien Trilok Gurtu aux percussions. De la world musique  plein pot  au sens premier du terme!!
Un mélange détonant, réjouissant, puissant et  plein. Un fantastique voyage !!
Trois gamins facétieux, trois regards dans l’échange, trois folies, trois explosions colorées. Quel bonheur que de voir ces trois-là à l’œuvre, une inventivité  sans cesse renouvelée, les sons de trompette claires et fortes se mêlent aux frappés si caractéristiques des tablas et à un  piano aux multiples colorations  ( c’est du chopin ? de la salsa, du reggae ? ). Jamais seuls et toujours ensemble.
Les percussions de Trilok Gurtu sont surprenantes : de la batterie classique, des tablas, des gongs immergés dans l’eau, de la frappe sur bois, des clochettes et les bâtons.  Il peut tout faire et pas juste pour montrer qu’il sait tout faire… c’est toujours  au bon moment, juste ce qu’il faut, quand il faut.
Et que dire de ce moment exceptionnel où le cubain et l’indien au delà des mers, de l’apprentissage, de la culture se retrouvent pour un scat forcené, « tah, tike tah tah » qui résonne encore et encore, duel d’amis, colère jouée et rythmes fous, défis chantés, percussions corporelles.. Et retour au thème avec une trompette électrique. Du grand art, du plaisir  et de la finesse. Impossible de décrire dans le détail tous les changements de rythme, les clins d’œil, les apartés, les rires musicaux tellement ils ont été nombreux, variés et denses. On ne sait pas où donner de l’oreille, on a envie de jeter « des oh et des ah » à chaque détour de phrase comme des mômes devant un feu d’artifice !!
A 2 heures du matin, c’est le temps de se quitter…la fatigue gagne les yeux , on n’en peut plus de sensations, d’émotions et de sommeil mêlés mais les cœurs sont réjouis, la nuit s’ annonçe belle, bercée de la pluie orageuse de la  journée et du souvenir inoubliable d’une musique constamment partagée.

A demain, bonne nuit et beaux rêves…

*    Eh bé non, il n’y a  toujours pas de faute d’orthographe, je vous jure …

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