Chroniques Marciennes * (#8)

par Annie Robert

 

Marcus Miller / 4 /08
Chapiteau de Marciac

8- Ce qu’il faut de chaos pour accoucher d’une étoile dansante….

Choix cornélien, ce 4 août.. Après le travail de bénévole d’usage, où se rendre?
A l’Astrada pour écouter Yaron Herman et son piano magique ou au chapiteau pour entendre Marcus Miller?
Pile ou face…. de toutes façons, il y aura des regrets, c’est évident. Alors, direction le chapiteau et la folie qui frappe au bide. Préparons-nous à la fusion!
On pourrait penser que la basse est un instrument de seconde zone, indispensable certes mais ingrat et anonyme, de ceux qui s’effacent, qui se font discrets, qui sont là pour assurer le tempo. Lorsqu’on rencontre la basse de Marcus Miller rien de tout cela n’est vrai. Lui, s’en amuse, bien devant, en vrai leader, slap et tack, glissés, frappés, mélodies et impros. Le son profond et fort comme un battement de coeur transperce le corps au sens propre comme au sens figuré. Cela devient entre ses mains un instrument éclatant, parlant, une guitare chantante dans les graves et les aigus, du rarement entendu. Le roi du Slap mérite bien cette distinction.
Il présente ce soir son dernier cd intitulé « Afrodeezia Tour », un opus qui tente de faire renaître les liens historiques et culturelles entre Afrique, Caraïbe et Amérique, de retisser les influences du jazz, de les éclairer. Marcus Miller a l’élégance de prendre un peu de temps pour expliquer sa démarche créatrice en un bon français.
Dans certains morceaux perle le Motown, dans d’autres les rythmes caribéens et chaque fois une composition structurée, vibrante de groove, différente nous attend;
le rythme étant la base, un rythme animal, feulant, parfois frénétique avec des percus d’enfer ( TBA) un batteur régulier et souverain (le jeune Louis Cato)  renforcé par la basse virevoltante.
Et puis vient un morceau inoubliable, de ceux qui scotchent sur place.
«  J’ai écrit ce morceau intitulé Goré, en découvrant la maison des esclaves au Sénégal, la porte de non retour, fin de la liberté et début de la douleur et de la soumission. Ce moment, cette horreur ont  été sublimés par l’émergence de la musique noire et du jazz. D’une tragédie est né un bonheur. » nous dit il.
Le morceau débute par un solo de piano délicat aux accents déchirants, tout en douleur et en pudeur et se déplie en rouleaux sonores vers le paroxysme de la joie. Une paire de soufflants de grande classe ( Lee Hogan à la trompette, Alex Han au sax) fait monter la sauce. Le pianiste Brett Williams sur lequel on n’aurait pas parié une queue de cerise est époustouflant.
Echanges entre instruments, duels d’impros, clins d’oeil à Miles Davis, tout s’enflamme dans une folie sonore percutante. Du groove à mort…
Du son, du gros son mais pas celui qui écrase, qui fait souffrir les tympans, celui qui emporte, qui coupe le souffle. Le chapiteau vibre fort, tape des mains. Impossible de se séparer déjà!! Un rappel, deux rappels. Quarante minutes en plus de grand bonheur. Il est deux heures du matin quand, après un dernier salut, la bande à Marcus s’efface en coulisse.
Nietsche disait « qu’il faut porter du chaos en soi  pour accoucher parfois d’une étoile dansante ». Marcus Miller nous a emmené sur ce chemin, de la souffrance au sublime, il a réussi à changer le plomb en or. Sa musique est une étoile qui brille fort.

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