Chroniques Marciennes 3.17

Chapiteau de Marciac 11 août 2017 Chronique Annie Robert, Photos Thierry Dubuc

Fleurs des chants, larmes et joie

Wynton Marsalis Quintet
spécial guest Cécile Mc Lorin Salvant

Le festival Jazz in Marciac tire à sa fin, c’est vrai, mais ce n’est pas pour autant que les concerts s’étiolent, se font moins beaux ou moins forts. Pas pour autant que les rues se vident et que le chapiteau met les voiles. Le grand navire est toujours aussi éclairé et éclairant et ce soir fut un moment intense, cueilli par l’émotion. D’abord le septet de Pierre Boussaguet avec un Jacky Terrasson au meilleur de sa forme pour un hommage à Bill Coleman et Guy Lafitte, les parrains historiques et regrettés du festival (chronique à venir de Fatiha Berrak sur ce même blog). Et ensuite le concert de Wynton Marsalis, que nous ne sommes pas prêts d’oublier…
Parfois, on serait tenté de bougonner: « De quoi ? Encore Marsalis !! ».
Car bien sûr, Marsalis est présent sur le festival depuis 26 ans (!), bien sûr chaque année, le public jamais déçu, toujours fidèle remplit le chapiteau, suit ses traces, se régale de son approche mélodique, de son sens du swing, de la brillance de ses compositions. Mais ce soir, il nous a offert des suppléments inattendus, un magnifique cadeau d’anniversaire…
Un groove léger porté par une trompette inventive et claire entame le set. Chorus toniques avec des mises en tensions parfaites, le « boss » est aux manettes de son quintet, élégant et relâché. Ses compères que nous reconnaissons comme des amis sonores sont toujours aussi parfaits, à l’écoute les uns des autres, dans un jeu sophistiqué, raffiné et plein de vie (Walter Blanding au sax, Carlos Henriquez à la contrebasse, Dan Nimmer au piano et Ali Jackson à la batterie)
Avec l’arrivée de Cécile Mc Lorin Salvant, le quintet se transforme en accompagnateurs de luxe pour une première chanson « Haïti » tirée du répertoire de Joséphine Baker et on ne peut pas rêver d’une meilleur attelage…
Un quintet inspiré et class et une chanteuse au rayonnement assuré !
Il émane en effet d’elle simplicité et bienveillance. Son goût pour des morceaux peu connus ou délaissés, son humour incisif et enjoué, sa façon de ne pas se prendre au sérieux, son rire éclaboussant renforcent une tonalité et une élocution parfaites, une palette tonale riche et variée, un swing flexible, et un lien profond avec ses textes. On ne sait pas pourquoi mais on l’aime tout de suite. Elle pourrait nous chanter le bottin, qu’on trouverait ça bien !!
Un délicieux « Doudou » antillais composé par elle, un « Why » qui hume bien le club des années 30 développent des chants à 2, des clins d’oeils, et de délicats petits décrochages. On a du sourire plein la tête grâce à eux tous.
La musique va s’arrêter quelques instants pourtant car Winton Marsalis a demandé à Cécile Mc Lorin de traduire et de lire un texte qu’il a écrit pour ce 40° anniversaire, un beau texte, à la fois militant et rempli de gratitude pour cette terre qui a accueilli le jazz, tous les jazz, en faisant référence au combat pour les droits civiques, et à ces 26 ans passés ensemble. Wynton Marsalis en pleurs, acclamé par le public debout pendant de longues minutes aura bien du mal à reprendre le cours du concert après ce moment d’émotion intense, pas trafiqué, comme le partage de la musique peut en procurer.
Mais le bonheur va se poursuivre et la théâtralité au bon sens du terme de Cécile Mc Lorin va nous ravir encore tant elle aime chanter les paroles, quel que soit le genre. Et elle pratique tous les styles avec une belle facilité, faisant ressortir l’histoire cachée d’une chanson, avec des éléments de sa propre personnalité et toute la gamme de ses perspectives émotionnelles, du troublant et noir au riche et comique, pour donner vie aux textes. Le répertoire de Damia avec « Tu n’es plus rien » transformé entre biguine et valse et « Juste un gigolo » bien différent de l’interprétation de Louis Prima, une chanson haïtienne baptisée « Confiance » au charme enfantin, un « A good man is hard to find » moitié en anglais , moitié en français, décalée et taquine nous déroulent ses qualités magnifiques d’interprète.
A tout moment pourtant, le quintet garde la main, il impulse, colore, relance. Les coups d’archet de la contrebasse, le piano délicat, les frottés aux balais, les dialogues et les échanges, magnifient le chant, le soulignent, ou l’accompagnent simplement. Marsalis en compositeur et arrangeur attentif y mêle son style reconnaissable entre tous. C’est une collaboration dans laquelle chacun s’exprime. Tous sont au devant et tous sont au service. Exemplaire et si enrôlant que les rappels n’ont pas manqué. Il faut dire que c’est dur de se séparer quand on est aussi bien ensemble.

Quand je trouve quelque chose de beau qui me touche, j’essaie de le serrer dans mes bras pour le partager avec le public.”a dit Cécile McLorin Salvant.

Ce soir, nous avons effectivement été serrés, bercés, chouchoutés, émus, tonifiés. Marsalis va avoir du mal à faire mieux pour la 41e édition. Quoique….

3 commentaires sur “Chroniques Marciennes 3.17

  1. PIAROU Irène dit :

    Magnifique Annie, cette chronique nous émeut à nous aussi tant elle est pleine de sensibilité et d’émotion..
    Un grand M E R C I pour nous avoir fait partager des moments musicaux qui nous réconcilient définitivement avec le genre humain…

  2. Piarou Alain dit :

    Encore une magnifique chronique qui ne laisse pas insensible et qui traduit si bien le moment musical partagé, la sensibilité et le talent des artistes. Et,, entre autres preuves, les superbes photos de Thierry. Bravo et merci à vous. C’est un pur régal.

  3. Philippe Desmond dit :

    C’est très beau et émouvant

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