Christophe Cravero Trio à l’Apollo

par Philippe Desmond.

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A l’Apollo, pour ses « cartes blanches », Roger Biwandu propose une palette très large de musiques comme évoqué dans la chronique du 7 mai dernier. Roger en est donc « le chef d’orchestre » mais aujourd’hui il s’efface derrière l’attraction du soir et c’est le « Christophe Cravero Trio » qui est annoncé. D’ailleurs l’Apollo est plein comme un œuf.
C’est la première fois que Bordeaux accueille ce musicien compositeur de jazz poly instrumentiste, jouant du piano comme ce soir mais aussi du violon et de l’alto et n’étant pas du tout manchot à la batterie. A son actif trois albums et de nombreuses compositions avec autour de lui parmi les meilleurs de la scène jazz française ainsi que de multiples collaborations en studios ou en tournée avec Didier Lockwood, Billy Cobham – il était annoncé mais remplacé lors du dernier concert au Rocher – mais aussi Thomas Fersen, Sanseverino ou Dick Annegarn. Un superbe musicien très éclectique, apprécié et très demandé… même à la Comédie Française où il participe musicalement à une pièce ! Et il est là à deux mètres de nous, c’te chance ! Aujourd’hui un simple piano électrique Casio – celui de Francis Fontès – va faire l’affaire, et comment !

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Avec lui un autre musicien atypique, original, le bassiste compositeur Yves Carbonne dont, à tort, on ne retient souvent que ses instruments bizarres : des basses à « tessiture étendue » nous dit-on, oui des basses interstellaires à 10 ou 12 cordes, fabriquées sur mesure – en plus il est gaucher – chez Jerzy Drozd au doux nom d’Héroïc Fantasy , plus près de harpes de Space Opera que de spartiates quatre cordes. Mais c’est justement dans cette dernière configuration toute simple mais efficace qu’on va l’apprécier ce soir.

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Aux baguettes, au micro, à l’organisation, à la com, Roger Biwandu joueur local aux multiples capes internationales pour reprendre le jargon du rugby dont il est un fan absolu. Dans le monde du jazz et au-delà, Roger connait tout le monde, tout le monde connaît Roger, Roger joue avec tout le monde – plutôt les bons quand même – et tout le monde veut jouer avec Roger. Et nous on ne se gêne pas, on en profite ! Lui aussi a choisi la simplicité, caisse claire, grosse caisse, charley et une cymbale ; on va voir que ça va suffire… Il est suivi ce soir par une équipe de TV qui tourne un reportage sur lui.

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Roger a déjà joué avec les deux autres mais eux n’ont jamais joué ensemble et comme le répertoire est celui de Christophe Cravero, Yves Carbonne a droit aux partitions. Ils ont bien sûr é-nor-mé-ment répété, c’est-à-dire dans la journée au Tunnel voisin où ils se produisent ce jeudi 12 novembre.
La majeure partie du dernier album de Christophe Cravero « Elegant Elephant » va être jouée, un jazz de trio mais original dans la mesure où il est souvent l’occasion d’un dialogue piano batterie dans lequel ces instruments se répondent et se défient arbitrés par la basse indispensable. Cette musique en ce sens est singulière, le piano bien sûr participant à l’harmonie et la batterie à la rythmique mais aussi réciproquement ce qui est plus osé. Maîtrise des breaks, des changements de rythmes, c’est un vrai festival qui nous est offert ; richesse harmonique, groove, sensibilité bien sûr c’est fou comme avec trois instruments simples de tels talents peuvent nous tirer vers les sommets. ; et avec un plaisir de jouer communicatif.
Le second set va être flamboyant. Le bilan Carbonne – désolé – est à souligner, rythmique certes mais aussi par l’utilisation mélodique de l’instrument ; et quel groove lors de certains titres ! Au piano Christophe se balade avec une virtuosité extraordinaire sans tourner à la démonstration, toujours à bon escient. Je le répète, c’te chance ! Aux baguettes Roger avec ses deux fûts va nous faire la totale ; avec ce matériel minimaliste son solo de batterie si j’ose une métaphore, c’est comme un cycliste grimpant allègrement le Tourmalet sans dérailleur ; solo de caisse claire un jour de 11 novembre, bel hommage soldat Biwandu.
La fin du concert approche il y a un peu moins de foule à l’Apollo c’est alors que débarque « La Foule » de Piaf transcendée par le trio et ça va être un vrai climax pour tous, musiciens et spectateurs. Quel pied les amis ! Yves Carbonne est aux premières loges du défi que se sont lancé les deux autres fous furieux, un combat viril mais correct tous sourires dehors ! Quelle séance !
Ce n’est peut-être pas encore trop tard quand vous lisez ces lignes alors allez les écouter ce jeudi 12 novembre au Tunnel vers 22 heures, Christophe sera au Rhodes et il adore ça m’a t-il confié.
Au retour de ce concert de l’Apollo palier de décompression au Siman Jazz Club ou dans une ambiance plus veloutée un autre trio de qualité se produit, le Yann Pénichou Organ Trio. Autour de son leader à la guitare et de son répertoire on retrouve Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Didier Ottaviani à la batterie… dans exactement la même configuration que Roger ce soir ; lui aussi va nous grimper un hors catégorie en danseuse ! Une façon tellement agréable de finir cette soirée.

NB : si vous avez raté Christophe Cravero il sera le 26 novembre au Pin Galant à Mérignac avec Sanseverino et ça aussi c’est drôlement bien.

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