Charles Lloyd envoûte Jazz & Wine

par Philippe Desmond.

Jean-Jacques Quesada est un prestidigitateur, il se fait lui même disparaître pendant des mois puis resurgit en été, sortant de son chapeau, non pas des lapins mais des artistes de jazz hors du commun Cette année, ou plutôt ce millésime puisqu’il s’agit de Jazz & Wine , sont ainsi venus Ambrose Akinmusire, Miguel Zenon, Dave Liebman, Joe Lovano, Greg Osby entourés d’excellents musiciens. Tout cela se passe dans des lieux prestigieux comme le château Beychevelle, le château Maison-Blanche et la Cité du Vin.

Ce soir c’est le château de Pressac, tout récent premier Grand Cru Classé de Saint-Emilion, qui reçoit. Son approche est magnifique, perché sur son tertre, entouré de vignes dont certaines en terrasse, il affiche encore fièrement son origine médiévale. C’est en effet ici que la reddition des troupes anglaises a été signée, suite à la victoire française à la bataille de Castillon, mettant ainsi un terme à la Guerre de Cent Ans.

Au moment où certains s’entassent sous des chapiteaux géants, suivez mon regard, nous voilà les spectateurs privilégiés, reçus dans la cour du château par le maître des lieux qui déjà nous annonce une fin de soirée prometteuse avec une dégustation de son vin.

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Mais nous sommes là pour la musique et pour une autre légende, le saxophoniste Charles Lloyd, 79 ans au compteur, une vie de jazz tumultueuse, une carrière riche et variée, une discographie de malade comme leader ou sideman, avec les meilleurs comme lui tant qu’à faire. On le catalogue de façon simpliste comme spécialiste de la ballade, une étiquette qu’il va certes confirmer ce soir mais qu’il va aussi très souvent envoyer balader !

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Fringante silhouette légèrement voûtée par les ans, le voilà qui arrive avec trois jeunots, tout est relatif. Les deux quadras d’abord. A la batterie Eric Harland que j’avais qualifié de stratosphérique lors de sa venue en 2015 avec Dave Holland pour J&W (voir chronique) ; je confirme ce jugement, je le renforce. A la contrebasse Reuben Rogers, d’une musicalité et d’une précision remarquable, un son pur propre, un groove à la fois léger et puissant. Au piano, un Steinway tant qu’on y est, le trentenaire Gerald Clayton, ses dread-locks et surtout son immense talent ; capable dans ses chorus de changer de climat et de vous emporter vers ces étoiles qui ce soir dominent nos têtes. Trois tueurs.

Dès les premiers sons du sax ténor on sent qu’il va se passer quelque chose, la longue et douce plainte du leader, pleine d’une douceur veloutée capte d’entrée l’attention. La rythmique est discrète, et légère, on retient son souffle pour écouter celui de Charles Lloyd.

Le second titre est dans un registre free, chacun fait sa partie apparemment de façon décousue et pourtant tout s’accorde à merveille, tout en douceur c’est beau.

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Le son de Charles Lloyd est d’une maîtrise parfaite, tenant son ténor en travers,il en joue avec profondeur et expressivité, on sent la musique le traverser. Avoir un tel leader doit être un bonheur pour les sidemen, il faut voir la façon dont il les écoute, les encourage, les relance, tout proche d’eux comme un père ou un grand-père ; lors des chorus il passe de l’un à l’autre, marquant les temps de ses bras, hochant la tête, une joie sur scène largement communicative.

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Charles joue aussi de la flûte comme sur ce morceau commencé en pinçant les cordes du piano par Gerald Clayton – les maniaques de l’instrument n’aiment pas ça, ça oxyde les cordes ! – Reuben Rogers promenant avec légèreté un archet sur les siennes, Eric Harland passant les balais et soudain cette musique atypique se transforme en titre funk qui groove en emportant le public avec lui. Mais que c’est beau !

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Après plus d’une heure trente de concert le public debout n’est pas décidé à laisser partir ce quartet d’exception et comme ce dernier a l’air de se sentir très bien ici, la qualité de sa musique en est la preuve, le voilà qui revient pour deux titres bonus. Un concert mémorable.

On aurait passé la nuit là, jamais rassasié. Un château de Pressac 2011 va nous consoler un peu.

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On laisse ensuite à regret ce château de conte, enveloppé dans une douce nuit que la météo claironnante nous annonçait mouvementée ; les dieux du jazz étaient là heureusement, merci les gars.

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3 commentaires sur “Charles Lloyd envoûte Jazz & Wine

  1. Livinjazz dit :

    Superbe article merci Philippe c’est exactement ce qu’im sest passe: Charles Lloyd et ses musiciens nius ont ENVOUTÉS!!!!

  2. Couly dit :

    Magnifique soirée dans un merveilleux endroit …. y ai réalisé des photos assez sympathiques lors de la soirée Jazz & Wine…. avec Charles Lloyd…

  3. Couly christian dit :

    Magnifique soirée dans un merveilleux endroit …. y ai réalisé des photos assez sympathiques lors de la soirée Jazz & Wine…. avec Charles Lloyd…

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