Ceïba au Siman : Chants du monde

Par Philippe Desmond, photo Alain Pelletier©AP_ceiba-0138

Personnellement et pour paraphraser une expression tristement célèbre, quand j’entends les mots « musique du monde » je ne sors certes pas mon revolver – je n’en ai pas – mais je suis dubitatif. Car  cette étiquette est un peu trop souvent fourre-tout, du folklore le plus éculé aux créations les plus originales. Heureusement ce mercredi soir au  Siman – qui redémarre la saison musicale – on entre dans cette dernière catégorie. Certes je n’étais pas très inquiet connaissant la composition du groupe, Ceïba au chant et aux percussions, déjà entendue avec Djazame (voir chronique du 26/06/15) et bien sûr Valérie Chane-Tef la pianiste compositrice et créatrice d’Akoda, de Nougaro en 4 couleurs, une valeur sûre du clavier et du jazz métissé. Deux autres membres d’Akoda, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions faisant plus que compléter cette formation.

Ce soir, tout va nous inciter au voyage, le lieu d’abord, le Siman occupant l’étage de l’ancienne gare d’Orléans ; ensuite, l’extraordinaire point de vue en surplomb de la Garonne et de ses bateaux ; enfin et surtout la musique, car Ceïba annonce de suite qu’elle va nous emmener dans ses valises. Nous embarquerons ainsi vers le Brésil, Cuba, La Réunion, La Guadeloupe, le Sénégal… Tristes destinations pour notre port bordelais il y a deux siècles, mais qui ce soir-là vont retrouver leur dignité.

Ceïba a beaucoup voyagé, elle nous en fait profiter par le choix de compositions traditionnelles réarrangées et harmonisées avec bonheur. Avec sa chaude voix, sa présence scénique gracieuse il n’est pas difficile de se laisser emporter vers ces lointaines contrées. Musicalement c’est un vrai régal,  envie de bouger, de battre la mesure, de chanter. Le jazz est très présent notamment par les belles envolées au clavier de Valérie Chane-Tef qui marque de sa patte ces musiques aux racines traditionnelles. Benjamin Pellier ne lâche rien avec une rythmique tenace et enjouée prépondérante au son de l’ensemble. Franck Leymerégie derrière une insolite batterie-percus-cajon, main droite nue, baguette dans la main gauche tisse une ambiance colorée, endiablée ou nuancée. Ceïba le seconde aussi aux percussions notamment avec des instruments locaux originaux et avec ce merveilleux bâton de pluie à l’écoulement délicat.

La connivence, l’osmose entre les musiciens sont remarquables, ils se regardent se sourient, rient, d’une façon communicative. Du rythme, de la douceur, un vrai bonheur.

Nous avons aussi droit à quelques compositions de ces dames, une belle chanson d’amour, sensuelle à souhait, un air bien chaloupé de Valérie. De belles surprises comme ce remarquable passage funky surgissant au milieu d’un titre du Réunionnais Danyel Waro. Le « Spain » endiablé de Chick Coréa pour finir et en rappel, a cappella, un extraordinaire « boulagueul » de Guadeloupe qui leur vaudra les félicitations émues d’un vieux monsieur guadeloupéen présent dans l’assistance ; quand on sait que la reprise de ce titre leur a causé quelques ennuis avec certains, les accusant de manquer de respect à cette musique associée aux revendications indépendantistes… https://www.youtube.com/watch?v=YiiOatTASvQ

Nous avons en plus la chance d’être très proches des musiciens, parmi une assistance attentive, concernée et active, les convives du restaurant dînant eux bruyamment en terrasse. Le quartet de Ceïba sait s’adapter à toutes les situations, il y a peu dans une petite église girondine et la semaine dernière en première partie de Chico et les Gypsies devant plusieurs milliers de personnes à Carcassonne…

Ne ratez surtout pas la prochaine occasion de les entendre.

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