Combat de Swing : Flora Estel Swingtet vs Rix’tet

Le Carré des Forges, Fargues Saint-Hilaire

samedi 23 septembre 2017

Aujourd’hui je ne vais pas vous raconter un concert mais une soirée sportive, pas à la salle Wagram, célèbre pour ses combats de catch, mais au Carré des Forges pour un combat de swing !

AFFICHE-COMBAT-DE-SWING-23-SEPT.-2017-A-FARGUES-SAINT-HILAIRE

Devant nous deux groupes vont s’affronter pour une rencontre très engagée… musicalement. « Chiffes molles s’abstenir ! » a prévenu Joris Seguin le batteur du Rix’Tet, une des deux formations. En face le Flora Estel Swingtet.

Les deux leaders Flora et Rix font leur entrée en musique dans la salle, comme à la boxe, peignoir rouge pour elle, bleue pour lui, le ton est donné !

La salle, très belle, est pleine avec une grande piste de danse car ça va danser et drôlement même. Plusieurs écoles de swing sont présentes signe du renouveau de cette discipline qui et c’est tant mieux ramène vers le jazz un public varié et nouveau et surtout jeune souvent. Le swing et le jazz c’est la même famille, une porte d’entrée comme une autre.

Qui dit combat dit arbitre, il est là plutôt elle est là en la personne d’Emmanuelle Cazal épatante dans son rôle et la tenue qui va avec.

DSC01441

Explication des règles du jeu : les deux groupes sont sur scène, le Flora Estel Swingtet à jardin et le Rix’Tet à cour (petit moyen mnémotechnique, en regardant la scène vous pensez à Jésus Christ, JC, ou à Jacques Chirac et ainsi vous avec jardin à gauche et cour à droite) et vont s’affronter en plusieurs « battles . Soit en « mixte », les deux formations jouant ensemble, soit en « relais » avec deux variantes : l’une succède à l’autre sur le même titre avec un changement de tempo – plus rapide – soit avec un titre différent mais sur le même tempo. L’arbitre ou le public récompense d’un point le groupe vainqueur de chaque battle. Ah oui c’est pas de la rigolade !

DSC01436

Dès le premier titre les provocations commencent entre musiciens, mais est-ce bien sérieux tout cela ? N’est-on pas dans la parodie, bien sûr que si vous vous en doutez et dès le départ on sent le trucage arriver et le match nul se dessiner, on sent surtout qu’on va se régaler !

DSC01471

Les deux groupes ne sont pas n’importe qui, deux leaders dans le genre musical du swing, d’un côté l’énergie et la verve étincelante de Flora Estel, de l’autre l’élégance de crooner de Rix et bien sûr des musiciens hors pair, bien connus des lecteurs habituels de ce blog ; line-up, comme on dit pour faire chic, en fin d’article.

DSC01454

Nous voilà partis pour près de quatre heures avec certes des pauses mais pas pour les danseurs, un DJ set meublant les intermèdes.

Première manche de battles, deuxième manche où chaque groupe joue seul sept titres et enfin dernière manche à nouveau de battles. Le répertoire est swing bien sûr reprenant les derniers albums de chaque formation, très Sinatra pour le Rix’Tet , plus 40’s 50’s pour le Swingtet.

DSC01461

C’est un bonheur que de voir ces deux groupes faire danser tant de monde, des plus chevronnés danseurs et danseuses de swing, de lindy hop, de balboa, de claquettes, de collegiate shag aux simples danseurs de rock comme moi. Tenues travaillées pour certaines et certains rappelant l’époque des grosses voitures américaines aux couleurs acidulées et bardées de chromes, tout un petit monde bien gai.

DSC01466

Si on ne danse pas, pas de problème le spectacle est là avec un très bel éclairage et musicalement c’est du haut niveau ; avant de « s’affronter » les deux formations ont travaillé ensemble et l’osmose déguisée en rivalité est totale.

DSC01489

Il est plus de minuit trente et le résultat est proclamé par l’arbitre. Devinez, match nul ? Non, l’adjectif n’a ici aucun sens tant la qualité était présente, disons plutôt égalité. Le public en voudrait encore et il aura droit à un rappel avec un « Sing Sing Sing » bien enlevé mais pitié pour ces lutteurs qui depuis des heures sont sur la brèche ; en plus ils ont tout le matériel à ranger…

DSC01491

Respect les musiciens ! Et merci à la commune de Fargues Saint Hilaire d’avoir permis l’organisation de ce spectacle à priori unique en son genre.

The Rix’tet
Chant/Guitare : Eric Delsaux
Guitare : Joachim Montbord

Trompette : Jérôme Dubois
Contrebasse : Pascal Fallot
Percussions : Joris Seguin

Flora Estel Swingtet

Chant : Flora Estel
Piano / Chant : Hot Pepino
Guitare : Eddie Dhaini
Saxophone : Pierre Maury
Contrebasse : Aurélien Gody
Batterie : Thierry Oudin

Maîtresse de cérémonie et arbitre : Emmanuelle Cazal

Conception Lumière : Art’ty
Son : B. Michelina

Alma Caribe : Gatto/Rodz and friends

Le Caillou, vendredi 15 septembre 2017

Olivier Gatto a de la chance, il a épousé sa muse qui ainsi l’inspire pour ses créations musicales dont la dernière baptisée Alma Caribe. Shekinah Rodz puisque c’est d’elle qu’il s’agit, vient de Puerto Rico cette île des Caraïbes associée aux USA ; ce territoire est aussi appelé la isla del encanto (L’île de l’enchantement) Shekinah en est une preuve vivante et musicale éclatante. Et en plus il paraît qu’elle fait très bien la cuisine de son pays ; vraiment de la chance.

Qui dit cuisine dit salsa et c’est donc à cette sauce aux influences, latines, africaines et locales qu’Olivier Gatto a réarrangé des titres de jazz be bop ou hard bop ou encore de soul pour ce nouveau répertoire. Set list en fin d’article.

DSC01296

Pour le choix des musiciens, en plus de Shekinah, une première touche d’Antilles avec Francis Fontès le plus guadeloupéen des pianistes bordelais, ou l’inverse, une seconde avec Frantz Fléreau lui aussi de Guadeloupe et percussionniste installé à Bordeaux depuis près de vingt ans et qui pour des collaborations ou des stages de formation parcourt le monde entier. C’est d’ailleurs à New York il y a peu de temps que ce dernier a appris, grâce à un ami batteur commun, l’existence à Bordeaux d’Olivier Gatto ! Le monde est grand et petit à la fois. Philippe Valentine lui apporte son savoir multiple à la batterie comme va nous le confirmer le concert.

DSC01299

C’est le second concert de la semaine du groupe au Caillou où la configuration d’hiver a été reprise plus pour des affaires de voisinage grincheux que de météo ; encore que ce soir là, toujours en été sur le calendrier, la chaleur de la salle soit bien préférable à la tristesse grise de la terrasse.

A cinq et avec tout le matériel sur la petite scène il a fallu se tasser, je cite Olivier : « 4 congas,1 ka,1 barril,1 drumset,1 upright bass, 1 keyboard, 1 flûte,1 soprano sax,1 alto sax, 2 bells, chimes etc ». Lui a justement pris, une fois n’est pas coutume, sa Silent Bass Yamaha à la taille de guêpe beaucoup moins encombrante que son armoire normande habituelle.

Dès le premier titre, « Think on Me » de George Cables, le ton est donné, avec une telle sauce – une salsa pareille – nous sommes bien chez Shekinah. On ne peut que penser aux malheurs qui viennent de s’abattre dans ces contrées malgré la chaleur pleine de gaîté de la musique. Shekinah éblouit à la flûte ; de toutes les façons Shekinah éblouit toujours, même au piano… de la cuisine.

DSC01309

« What’s Going On » fait partie du répertoire « classique » d’Olivier Gatto et c’est toujours un bonheur de l’entendre. L’apport des percussions de Frantz est indéniable, il ajoute cette belle couleur afro-latino à ces titres de jazz et quel talent lui aussi ! Le hard bop s’interpose entre les passages « calientes », il est là en fond ne réduisant pas cette musique à du pur latino souvent lassant à la fin. Les qualités d’arrangeurs d’Olivier Gatto on les connaît, on les retrouve ici. Les chorus s’enchaînent et Francis Fontès n’est pas le dernier à prendre son tour ; avec du Herbie Hancock et du McCoy Tyner au programme il est la fête et lui aussi s’arrange avec eux y mettant sa signature antillaise ancrée dans les gênes.

DSC01306

Que cette musique est belle, chaleureuse, que ces musiciens donnent, partagent avec nous. Une confirmation, mais on le sait depuis si longtemps, Philippe Valentine sait tout faire ; il enseigne la batterie et ses élèves ont bien de la chance d’avoir un professeur qui certes connaît la théorie – c’est un peu le principe du métier – mais qui surtout en maîtrise parfaitement la pratique. Binaire, ternaire ou rythme de samba, il est là.

DSC01316

Olivier lui quand il joue on se demande toujours où il est, ce soir il ne quitte pas Shekinah des yeux, s’amuse de sa muse. Le son de cette contrebasse est vraiment bluffant même si lui ne l’aime guère le contact corporel et la résonance étant bien différents d’une vraie « doghouse ».

DSC01320

Shekinah non contente de nous jouer de la flûte, du sax alto, du soprano, chante aussi à la grande surprise de ceux qui ne la connaissent pas ; il y en a encore trop. Mais comme cela est insuffisant elle nous propose des duels/duos magiques aux percus avec Frantz ; et insatiable elle souffle dans ses sax en jouant de la cloche au pied, pas à cloche pied.

DSC01311

Le public aura du mal à les laisser partir tout comme mercredi pour le même concert au même endroit ou a surgi par surprise à la toute fin Terreon Gully, l’immense – par le gabarit et le talent – batteur de Dianne Reeves qui venait de terminer son concert au Rocher. Terreon fait partie d’une autre formation d’Olivier Gatto, le Spiritual Warrior Orchestra chroniqué dans ce blog en février dernier. Un peu timide Terreon a fini par prendre les baguettes pour étaler toute sa classe.

21743002_10214262431381401_1378717501664785845_n

Avec Terreon Gully (Photo Dom Imonk)

Si dehors il fait encore plus frais, dans nos têtes et dans nos cœurs la température a monté et pour de longues heures.

Set List :

1. Think on Me (George Cables)
2. What’s Going On ( Marvin Gaye)
3. Phantoms (Kenny Barron)
4. Man From Tanganyika (McCoy Tyner)

1. I Have a Dream (Herbie Hancock)
2. United (Wayne Shorter)
3. Obsesión (Pedro Flores)
4. La Havana Sol (McCoy Tyner)

Encore :
1. Why ( Victor Lewis)
2. Wise One (John Coltrane)

Roger Biwandu invite Camélia Ben Naceur à l’Apollo.

L’Apollo, Bordeaux le 13 septembre 2017.

Pas de jazz à Bordeaux ? Pas hier soir en tous cas ! Pensez donc Dianne Reeves remplissait la 650 au Rocher, Olivier Gatto présentait son nouveau projet « Alma Caribe » au Caillou et pour sa carte blanche à l’Apollo Roger Biwandu invitait la pianiste Camélia Ben Naceur. L’embarras du choix, embarrassant en effet. Par chance Olivier Gatto revient au Caillou ce vendredi, alors pour moi ce sera l’impasse pour la grande Dianne ; mais une équipe d’Action Jazz y était et vous en parlera.

DSC01273

Roger Biwandu entretenait le suspense depuis quelques semaines sur l’identité de son invitée baptisée pour la circonstance Caramelito. La dernière fois il l’avait appelée Victoria Principal ! Mais nous étions quelques uns à avoir compris de qui il s’agissait car il nous annonçait une pianiste exceptionnelle et des comme Camélia il n’y en a pas beaucoup.

DSC01250

Un certain Billy Cobham s’en est d’ailleurs aperçu et il en a fait sa pianiste titulaire depuis bientôt dix ans ; elle était avec lui lors de son dernier passage au Rocher. Camélia joue aussi avec les Jazz Paddlers autour de Jean-Marie Ecay et de musiciens de la région – en principe – tous surfeurs. Le batteur bordelais Joris Seguin en fait partie. Il est là ce soir et me parle du grand professionnalisme de son amie Camélia. Le talent certes, il est immense, la passion bien sûr, il suffit de la regarder jouer, mais surtout énormément de travail.

DSC01270

Perfectionniste aussi jusqu’au bout des doigts comme ces gants de manutention qu’elle met pour ranger son matériel et préserver ses petites mains qui sont un trésor. Et par dessus tout Camélia c’est une boule d’énergie qui donne beaucoup au public et à ses partenaires musiciens, elle est toujours à 200% me dit Joris, il y a longtemps que je m’en était aperçu. Camélia c’est un miracle au piano si on veut faire un mauvais jeu de mots car elle vit à Lourdes où entre deux tournées dans le monde avec Billy elle vient se ressourcer.

DSC01251

Et donc hier soir elle était la vedette de ce magnifique trio, Roger à la batterie bien sûr et Nolwenn Leizour à la contrebasse. Roger n’est certes pas misogyne mais surtout il aime à s’entourer d’excellents musiciens et d’ami(e)s ; le fait que ce soit des femmes ou des hommes est subalterne.

DSC01286

Le répertoire est très éclectique, alternant les titres punchy et des ballades profondes. Dans ces dernières l’explosive Camélia est capable de maîtriser sa fougue et de la transformer en délicatesse, de jouer en gouttelettes, de montrer sa sensibilité. Mais elle peut tout à coup en quelques mesures y introduire un groove surprenant. Et là l’entente parfaite avec Roger et Nolwenn est éclatante. Il faut les voir s’écouter, se comprendre, anticiper, marquer des breaks, se répondre.

DSC01257

Bientôt Roger Biwandu va venir jouer avec un tambourin – mon rêve me dit-il – il a en effet pris ce soir un jazz set minimal, caisse claire, grosse caisse, charley et une seule cymbale. Comment faire tant de choses avec si peu de choses ? Un pied de nez à Camélia et à son patron Billy Cobham qui lui joue avec un vrai show-room ? Les soirs de jazz Roger, je l’ai souvent dit, joue de la musique plus que de la batterie, un régal pour les oreilles et les yeux.

DSC01255

Nolwenn avec toute la discrétion qui la caractérise est à l’ouvrage, elle finit épuisée. Son rôle indispensable pour l’assise du trio est évident et elle a pris ce soir autant de chorus que certains dans une année. Ses dialogues avec Camélia sous les yeux admiratifs de Roger sont à souligner et leur accolade finale est révélatrice.

DSC01256

Camélia a elle tenu ses promesses, comme toujours, avec ce bonheur de jouer et d’écouter les autres. Elle aussi a fini épuisée, des crampes dans les poignets de ses quatre mains (!) tant elle a donné d’accords et de triples croches.

DSC01270

Une idée m’a traversé l’esprit pendant cette soirée, comment tous ces gens qui passent dans la rue entendant et voyant le concert à travers la vitrine de l’Apollo ne prennent-ils pas le temps de rentrer, comment peuvent-ils se priver de tels moments de bonheur…

DSC01293

Set List

Black Nile (W. Shorter)

Dolphin Dance (Chet Baker)

You the Night and the Music (Arthur Schwartz)

Dindi (A.C. Jobim)

Sing a Song of Song (Kenny Garrett)

 

Caravan( Juan Tizol- Duke Ellington)

There is no Greater Love (Isham Jones)

I Have a Dream (Herbie Hancock)

Anna Maria (Wayne Shorter)

Moment’s Notice (John Coltrane)

Jazz à la maison ; Sophisticated Ladies

Samedi 9 septembre 2017 quelque part près de Bordeaux

Les occasions d’écouter du jazz sont assez nombreuses même si certains pensent le contraire, festivals, concerts, bars… Mais quand on aime vraiment ça, cela ne suffit pas alors on se les invente et au lieu d’aller vers les musiciens on dit à ceux-ci de venir chez soi. C’est l’esprit de Jean-Gabriel Guichard amateur éclairé et trompettiste à ses heures qui pratique cette formule depuis quelques années. Une soirée à la maison avec un concert de qualité, de quoi se restaurer et désaltérer avec modération. Pas une mince affaire à organiser avec une cinquantaine de personnes tout de même à recevoir et entasser dans son séjour. Réseaux d’amis, de leurs amis, il y a même à chaque fois une liste d’attente.

DSC01160

Il faut dire que la programmation est ici toujours d’une grande qualité et choisie pour un public qui n’est pas forcément spécialiste. Pensez donc, la plupart des présents ne connaissaient pas Action Jazz ! Mais ça y est il connaissent !

Au programme ce soir les Sophisticated Ladies qui invitent Shekinah Rodz. A la tête du trio Rachael Magidson l’américaine de Bordeaux, trompette, batterie et chant, entourée de Laure Sanchez, contrebasse et chant et Paola Vera, anglaise d’origine vénézuélienne, piano et chant.

La portoricaine Shekinah a déjà fait partie des SL dans le passé, tout comme d’autres musiciennes notamment Valérie Chane-Tef ou Nolwenn Leizour, par contre elle n’a jamais joué avec ce trio là ; mais pas d’inquiétude… Elle est venue avec son sax alto, sa flûte et bien sûr sa voix. Vous trouverez des reportages sur Shekinah, Rachael et Laure dans la Gazette Bleue (liens en bas de page).

Pendant que l’apéritif d’accueil se déroule, la mise en place se fait sur la scène improvisée à côté de la bibliothèque ; réglage de la sono légère, accord des instruments, finalisation de la set list, ces dames travaillent.

DSC01168

Au fait quelle est la différence entre un groupe de jazz féminin et un groupe de jazz normal masculin (je provoque exprès) ? Musicalement aucune. Récemment j’ai eu la chance de voir le Rhoda Scott Lady quartet et je m’étais fait la même réflexion. Et pourtant quelle suprématie machiste dans ce monde du jazz où les femmes sont souvent cantonnées au rôle de chanteuses. Rachael raconte qu’un jour, arrivant avec les SL, on leur a demandé où étaient leurs musiciens…

Le concert va se dérouler en deux sets, et oui il faut bien se nourrir, dans la proximité – pas promiscuité – obligée et si agréable de ce séjour bondé. Cette proximité elle permet en effet de sentir et voir les choses se faire, d’entendre le son naturel des instruments, les cliquetis des clés du sax, le chuintement délicat des balais sur la peau de la caisse claire, le souffle des chanteuses.

DSC01162

Nous voilà partis dans le New York des années 20 pour le premier titre où Rachael jongle entre sa trompette et sa batterie légère, une prouesse, puis très vite Shekinah vient enflammer tout ça avec son sax alto ; quelle énergie possède t-elle !

DSC01174

Belle version d' »Afro Blue » chantée par Laure et sa voix veloutée, très légèrement et agréablement voilée.

DSC01202

Shekinah en profite pour épater tout le monde à la flûte. Au piano je découvre le talent de Paola que je n’avais vu qu’une fois dans l’ambiance bruyante du Molly Malone’s.

DSC01188

Plus tard après la pause on prendra le « Tea for Two » qui aura plus des airs de Mojito for Two vu le tempo latino qui lui est donné. Une concession à ma remarque sur le genre, quand elles chantent toutes ensemble on se rend bien compte qu’elles ne sont pas des hommes. En les regardant aussi bien sûr !

DSC01176

Ces quatre filles sont épatantes de talent, Rachael et son plaisir visible d’être sur scène affichant ce beau sourire permanent,

DSC01185

Paola avec cette classe anglaise et cette délicatesse au chant, Laure toute frêle derrière son gros instrument qu’elle apprivoise avec grâce, Shekinah éblouissante au sax et à la flûte et si passionnée au chant.

DSC01200

Mais d’où sont elles me demandent des gens ? Mais de Bordeaux, vous les avez là toute l’année, vous pouvez les voir, les entendre presque aussi souvent que vous le souhaitez ! Ne vous privez pas de ce plaisir !

Voilà « Besa Me Mucho » dont Shekinah va déchirer la langueur à grands coups d’alto, Paola et Laure nous offrant des chorus de haut niveau, Rachael cadrant tout cela avec délicatesse aux balais.

DSC01220

On est bien alors « C’est si bon » et en rappel « Route 66 » au grand dam de Rachael qui voulait ressortir sa trompette. Thank you Ladies, great job !

DSC01234

Ah oui on allait oublier le dessert ! C’est bien le jazz à la maison ; un seul regret, ce n’est pas la mienne alors il faut reprendre la route qui n’est pas 66…

Un grand merci à toi Jean-Gabriel et à ton épouse !

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n5/

« Round About Italy » à Sortie 13.

Par Philippe Desmond.

Sortie 13, Pessac le vendredi 1er septembre 2017

Dans le jazz on pratique beaucoup les standards qui, au sens strict du terme, sont avant tout des adaptations de chansons ou d’airs de comédies musicales de Broadway, le Real Book en est le support principal. En musique classique on pratique aussi d’une certaine façon les « standards » la différence étant qu’en jazz leur adaptation en est libre, sacrilège pour la « grande » musique.

Ces fameux standards de jazz ne sont ainsi quasiment que des titres américains ou des adaptations américaines comme pour « Autumn Leaves ». Alors, pour changer, quelle bonne idée a eu William Lecomte de proposer au guitariste italien Lorenzo Petrocca de jouer les titres phares et emblématiques de son pays d’origine ! Lorenzo est installé en Allemagne depuis très longtemps où avec William qui vivait à Stuttgart ils se sont connus. Jens Loh (contrebasse) est lui allemand et Antoine Fillon (batterie) originaire de la Gironde, qui a vécu aussi là-bas depuis vingt ans où il a fait carrière avant de revenir récemment à Lacanau.

DSC01037

William Lecomte est un pianiste hors pair – en plus de ses propres projets il travaille avec Jean-Luc Ponty depuis dix huit ans – et un très grand arrangeur. Action Jazz a fait sa connaissance lors de sa participation au disque de la chanteuse bordelaise Sophie Bourgeois (voir chroniques sur le blog) ; celle-ci le qualifie d’arrangeur-dérangeur pour parfois sa façon de réécrire les titres de façon inattendue. Cette réécriture est souvent un travers de certains musiciens qui exagèrent leurs arrangements ; j’ai entendu récemment une reprise trop déstructurée de « Fever » par une chanteuse parisienne qu’on aurait ainsi pu rebaptiser « Hypothermia », glaciale… William Lecomte ne fait pas partie de ces gens-là, le respect de l’œuvre originale est toujours là, même si de temps en temps les intros vous font jouer avec plaisir aux devinettes. Le projet « Round About Italy » en est une preuve parfaite.

DSC01060

Ce vendredi à Sortie 13 – le lendemain ils étaient au Baryton de Lanton – ce magnifique lieu culturel de Pessac où a lieu juste avant le vernissage de l’exposition Lumen , nous avons eu la chance d’assister à un magnifique concert avec des thèmes connus et réadaptés avec talent. Voilà « Parla Piu Piano » du Parrain où dès l’intro en solo on peut apprécier le doigté de Lorenzo Petrocca, le piano prenant le relais puis le géant allemand Jens Loh ajoutant un très bon groove avec un chorus de contrebasse chantonné en même temps.

DSC01038

« O Sole Mio » habilement traité en Bossa Nova, William faisant briller de mille feux le soleil sur les touches du piano, laissant traîner par ci par là quelques citations. La ballade sirupeuse « Ancora » de la chanteuse de variété italienne Mina est traitée façon groove-rock, Antoine Fillon assurant un tempo binaire décalé par rapport à la version originale ; très habile. « Estate » de Bruno Martino tout le monde la reconnaît, Claude Nougaro l’avait reprise sous le titre « Un été » délicatesse des instruments, un moment de grâce, piano et guitare se partagent le thème en totale complémentarité sous les glissements précis des balais et une douce rythmique de contrebasse. Lorenzo joue de la guitare sans le moindre effet ce qui lui donne ce son simple et chaud à la fois très adapté à ces arrangements. Sur un thème d’Henri Mancini tiré de Pink Panther – mais pas le célébrissime titre – William Lecomte nous joue du clavietta, ce clavier dans lequel on souffle restituant ainsi ce son si particulier à la fois nasillard et mélodieux.

DSC01059

« Come Prima » bien sûr, démarrée comme un concerto de piano, ce dernier soutenant ensuite le chorus de contrebasse toujours chantonné ; Jens Loh a le chic pour rendre les chorus de contrebasse très intéressants.

DSC01043

 

Piccola pause pour picoler nous propose avec humour William ; ce lieu culturel propose aussi un bar et une petite restauration de tapas au demeurant excellents. La salle n’est pas comble mais très bien remplie pour une date un peu spéciale avec la rentrée et le rideau qui se tire sur les vacances.

Pas de musique italienne sans crooner italien, Lorenzo Petrocca qui avoue ne pas être chanteur – avec modestie mais aussi réalisme – se sacrifie pour endosser ce rôle sur un titre de Pino Danièle ; beaucoup de douceur. Voilà le tube enjoué « Volare » au refrain repris par le public, puis l’inévitable « Caruso » ses vagues de piano, ses sanglots de guitare et ses plaintes de contrebasse à l’archet ; très émouvant. Tout cela est très beau, on redécouvre ou découvre ces œuvres légères pour certaines avec surprise et émotion. Ça s’emballe avec une mazurka débutée sur un solo de batterie d’Antoine Fillon au rythme martial, le tempo virant ensuite latino ; de sacrés musiciens, il savent tout faire et très bien !

DSC01039

Je vous conseille l’album « Round About Italy » sorti en 2017 chez HGBS Blue Records

Merci à ces quatre formidables musiciens, en plus des personnes d’une grande gentillesse, qui nous ont fait passer une très belle soirée en Italie.

 

http://www.roundaboutitaly.eu/

http://www.sortie-13.com/

affiche_269788.thumb53700.1502213948

RAI back

Le nouveau Tom Ibarra Group en studio.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Depuis maintenant plus de deux ans Action Jazz suit de très près la carrière du guitariste Tom Ibarra. Installé dans la région depuis quelques années, à Bergerac exactement, il fait partie de ces musiciens locaux et régionaux que notre association a pour but de mettre en avant. Mais il est vrai qu’avec lui et son entourage d’autres liens se sont tissés. C’est donc depuis pas mal de temps déjà que nous savions que sa carrière allait prendre un tournant. C’est déjà Alain Piarou le président et créateur d’Action Jazz qui avait mis en rapport Tom avec le batteur Pierre Lucbert devenu maillon essentiel du groupe. Ils étaient faits pour se rencontrer. Mais là le changement est plus profond, le quartet devenant quintet avec trois nouveaux membres. Jean-Marie Morin le bassiste historique et Christophe de Miras qui avait rejoint le groupe fin 2015 partent vers leurs propres projets, sans amertume, mais par choix de vie. Place aux jeunes, pensez donc ils sont à peine quadras ces deux derniers !

C’est au studio d’enregistrement Cryogène de Bègles que nous faisons connaissance avec le nouveau Tom Ibarra Group, le TIG. Ils sont là pour dix jours à enregistrer le deuxième album de Tom avec Guillaume Thévenin à la console. Neuf compositions originales du guitariste.

Faisons connaissance avec les petits nouveaux.

A la basse Antoine Vidal, 22 ans, un parisien rencontré là-bas par Tom lors des jams du Caveau des Oubliettes. Possédant son propre projet de jazz fusion, le groupe Ishkero, Antoine a de suite accroché avec Tom . Lors des sessions d’enregistrement, il est force de proposition quant aux arrangements et musicalement il possède déjà une belle expérience qui s’entend, maîtrisant aussi la technologie et les effets électros.

Aux claviers, natif de Tourcoing, Auxane Cartigny, 21 ans, une pépite selon certains. Piano classique à l’âge de 7 ans, puis percussions, le jazz spontanément vers 12 ou 13 ans en écoutant des disques puis des prix de jazz et classique ; il vient d’achever avec succès son cycle de trois ans au Centre des Musiques Didier Lockwood où il a rencontré Tom Ibarra qui lui vient de finir sa première année. Il compose aussi pour son propre trio de forme classique, piano, contrebasse, batterie.

Au sax ténor et ça c’est quand même une grosse nouveauté, Jeff Mercadié originaire de Nérac en Lot-et-Garonne où il a commencé la musique avant de poursuivre à Marmande puis en licence au Mirail et en DEM à Montauban. Lui aussi achève son cycle au CMDL. Déjà bien âgé, 27 ans (!) , il mène des projets, funk et salsa, et a monté un quintet de jazz moderne pour lequel il compose. Lui aussi apporte ses idées à Tom pour les compositions.

L’idée du sax est venue à Tom pour étoffer le son du groupe et, attitude pas égoïste du tout, pour créer un contrepoint, une complémentarité avec la guitare. De fait à l’écoute des premières maquettes la différence avec le précédent album et même ses évolutions est flagrante. Un son plus frais, plus jazz, vraiment un univers différent.

A la batterie bien sûr on retrouve Pierre Lucbert, 21 ans, qui vient d’achever ses études de musique et se lance dans le grand bain. Il est devenu un maillon essentiel du groupe de part sa technique, son apport rythmique et son groove.

Tom Ibarra bientôt 18 ans, et oui il va finir par vieillir lui aussi, a donc composé neuf titres, il y travaille dur depuis janvier en parallèle avec ses études au CMDL. L’école leur a d’ailleurs mis des locaux à disposition permettant au groupe de nombreuses sessions de répétition, gain de temps – et d’argent – inestimable pour le passage en studio.

Il faut voir travailler ces jeunes musiciens pour voir le soin qu’ils apportent à leur création ; pas un détail ne leur échappe et le moindre pain, voire la moindre imperfection, provoque aussitôt à la réécoute un chambrage en bonne et due forme.

Car ils s’entendent comme larrons en foire et si tout se passe très sérieusement il règne aussi une très bonne humeur dans le studio. Ils y habitent dans un joyeux capharnaüm pour la durée de l’enregistrement. Mais ils travaillent et aujourd’hui ils avaient même un jour d’avance sur le planning, 4 titres en 3 jours.. Ils commencent déjà à ressentir la fatigue car quand on est méticuleux comme eux il y a une tension et une attention permanentes qui finissent par ronger votre énergie. Mais ils sont jeunes et vu ce qu’ils avalent à table ils devraient tenir.

Le CD est prévu à la vente pour le mois de décembre et sa release officielle aura lieu en mars. En attendant deux concerts du nouveau TIG sont programmés le 6 octobre au Sunset à Paris et le 13 octobre au Comptoir Ephémère (ex CdJ)   à Bordeaux . Action Jazz vous tiendra bien sûr au courant mais le résultat vaudra le coup d’après les premières écoutes brutes avant mixage.

« Round About Italy » bientôt à Sortie 13

Par Philippe Desmond

Le vendredi 1er septembre aura lieu à Sortie 13 un concert de jazz original avec des musiciens d’exception. Le projet « Round About Italy » a été initié par le pianiste William Lecomte lors d’une discussion avec le grand guitariste Lorenzo Petrocca, italien d’origine mais installé en Allemagne depuis sa jeunesse. Pourquoi ne pas monter un projet autour des musiques et des chansons connues représentatives de l’Italie, il y a de quoi faire. Chansons traditionnelles, musique de films…Banco !

Jens Loh contrebassiste allemand et Antoine Fillon (rien à voir avec l’autre) batteur originaire de Bordeaux où il a appris l’instrument à l’école Agostini et installé en Allemagne, complètent ainsi le quartet.

Image 12-07-2017 at 21.50

William Lecomte en plus d’être un grand pianiste a des talents certains d’arrangeur. Nous le connaissons à Bordeaux pour son travail avec la chanteuse Sophie Bourgeois dont la Gazette Bleue et le Blog Bleu se sont fait l’écho. Son rayonnement va bien au delà, n’est il pas depuis 18 ans le pianiste attitré de Jean-Luc Ponty !

Titelcollage1-WEB

Et quelle nouveauté de changer un peu, même beaucoup, des standards habituels mais avec des airs que nous connaissons tous. « Caruso », « O Sole Mio », « Volare », « Come Prima », « Parla Piu Piano » du Parrain… Certains arrangements surprises vous donneront un doute un moment sur la nature du titre sans pour autant trahir les airs originaux.

Cette musique est faite pour tous les goûts, les amateurs et puristes de jazz et tous les autres. Du swing, de la bossa, plein de couleurs sur cette musique italienne déjà si particulièrement agréable. Italien ou pas, il ne faut vraiment pas rater ça.

http://roundaboutitaly.eu/index.html

https://www.facebook.com/round.about.italy

https://www.youtube.com/watch?v=W-0EBAuggSw

 

Un événementDruck

Août of Jazz 2017 à Capbreton

Texte et photos Philippe Desmond. 

Capbreton, du 16 au 20 août 2017.

Recentrage sur Capbreton.

Le festival en est déjà à sa 27ème édition. Créé à l’origine comme un événement autour de la contrebasse par Christian Nogaro, il a évolué au fil du temps vers un vrai festival de jazz. Un tournant a été pris par nécessité en 2014 avec la disparition de son créateur et chef d’orchestre.

C’est désormais François Lacharme président de l’Académie du Jazz, celle qui décerne chaque année le prix Django Reinhardt, qui a pris les commandes de la programmation du “in”, Bernard Labat, l’animateur de Côte Sud FM, se chargeant du “off” et cette année tout se passe à Capbreton grâce à la volonté municipale et à d’autres partenaires publics et privés.

Patrick Laclédère (Maire), François Lacharme et Bernard Labat

Préambule avec On Lee Way

Étalé sur trois jours le festival a été précédé d’un concert gratuit en guise de préambule, le mercredi 16, avec un groupe qu’ Action Jazz connaît bien, On Lee Way, primé au dernier tremplin (voir chronique du blog le 17/08). Ce prix leur a d’ailleurs ouvert les portes de pas mal d’événements cet été ce qui nous conforte dans notre démarche. Le prix certes, mais surtout la qualité du quintet. Leur jazz et ses compositions dans l’esprit de Lee Morgan est plein de chaleur et plaît à tous les publics. On attend un album avec impatience car leurs prestations en live sont de haute volée.

DSC00555

Nicolas Lancia, Jérôme Armandie, Jérôme Dubois, Paul Robert, Lionel Ducasse

Vendredi : une journée éclectique

Réel départ le vendredi matin place de l’Hôtel de Ville avec Les Gosses de la Rue, formation bordelaise de jazz, dans un répertoire allant du manouche, Django bien sûr,  à la chanson française revisitée – Brel, Gainsbourg – en passant par Gershwin. Deux guitares, un violon, une contrebasse et plus surprenant une flûte traversière qui donne une couleur originale et bienvenue à la formation. Réel succès auprès des estivants encore nombreux sous un ciel hésitant.

DSC00574

Nicolas Frossard, Nicolas Bombard, Franck Richard, Robin Dietrich, Arno Berthelin

Le soir le off donne rendez-vous sur l’esplanade de l’Estacade, cette jetée en bois signature Second Empire de Capbreton.

DSC00607

Un concert grand public offert aux baigneurs et aux touristes avec le Swingin’ Bayonne. Le trio des voisins basques à invité le saxophoniste Claude Braud pour un répertoire de standards, idéal à écouter sans modération à l’heure de l’apéritif.

Claude Braud (sax) et le Swingin’Bayonne

Juste à côté le public du concert in du soir commence à arriver ; c’est complet depuis longtemps comme le samedi soir d’ailleurs. En effet l’organisation de la cité marine a réduit la voilure cette année recentrant le festival sur la ville même et les concerts ont lieu au PH’ART la salle du casino. Des plus de mille places des Bourdaines à Seignosse, la jauge passe à moins de trois cents. Tant mieux pour nous, pour la qualité musicale ce n’est que meilleur.

La première partie accueille le Watt’s Quartet du pianiste Fred Nardin, prix Django Reinhardt 2016 et du saxophoniste Jon Boutellier. Avec Patrick Maradan à  la contrebasse et Romain Sarron à la batterie le quartet propose des compositions modernes, mélodiques et inspirées qui ne renient pas pour autant les glorieux aînés.

Fred Nardin

La magnifique ouverture du concert avec “Walk Spirit Talk Spirit” de McCoy Tyner est là pour le prouver. Réelle osmose des musiciens pour un jazz alerte alliant virtuosité et nuances.

Patrick Maradan et Jon Boutellier

Reflet de l’album sorti il y a déjà quelque temps et chroniqué dans la Gazette Bleue #15 de mars 2016 ce concert révèle au public quatre excellents musiciens déjà bien installés dans la scène française.

Place nette sur la scène où le beau piano se retrouve au centre, seul, pour accueillir Chano Dominguez. Cet Espagnol, compagnon notamment de Paco de Lucia ou Jorge Pardo, fait partie de ces musiciens sans frontières passant du flamenco au jazz avec bonheur. Du flamenco ou de la tradition espagnole il en est de suite question  avec une composition originale puis une pièce d’Albeniz en version “muy libre”.

Chano Dominguez

On passe à Monk avec “Monk’s Dream” et “Evidence” et les qualités du pianiste scintillement alors de façon manifeste. Quelle main gauche, un ostinato éblouissant au service d’une main droite volubile et sensible à la fois. Le public ne s’y trompe pas, la salle réagit  Chano le sent. Il dira après le concert que le piano était un peu dur pour lui mais qu’il a senti très vite le courant passer avec l’assistance “ alors j’ai tout donné “. Merveilleux moment plein d’émotion aussi avec ce “Searching for Peace” de McCoy Tyner  en hommage aux victimes de la Rambla de Barcelone où il se trouvait le jour tragique. Et toujours dans son jeu cette Espagne qui pousse un peu sa corne comme disait le grand Claude.

Chano Dominguez

Un concert extraordinaire d’un artiste éminemment sympathique bouclé par deux rappels dont le dernier avec une version bien personnelle de “Black or White” de Michael Jackson illustrant encore plus l’éclectisme de l’artiste.

Samedi : des hommes et des ladies

Le samedi le off de 11 heures accueille le Gaëtan Diaz Quintet révélation 2016 du tremplin Action Jazz.

Gaëtan Diaz quintet

Répertoire original en grande partie pour ce groupe au son très marqué par les percussions, Gaëtan Diaz à la batterie et Jean Marc Pierna aux congas alimentant la rythmique par une pulsation cyclique et continue très caractéristique.

Gaëtan Diaz et Jean-Marc Pierna

Influences latinos de samba et autres sur lesquelles Simon Chivallon au clavier et Illyes Ferfera au sax alto peuvent broder à l’envi, bien épaulés par Samuel F’Hima. Un projet qu’on aimerait entendre plus souvent amis programmateurs.

Simon Chivallon, Illyes Ferfera et Samuel F’Hima

Le soir nous revoilà à l’Estacade avec le Slam Bam trio un peu modifié, le guitariste blessé étant remplacé par le pianiste Didier Datcharry que nous sommes tous ravis de voir revenir sur scène. Public dans la poche pour ces trois musiciens de la région.

Gérard Siffert (tr), Laurent Astanian (cb) et Didier Datcharry (piano)

Seconde soirée du in avec une surprise que nous a concoctée François Lacharme,  la venue de Ian Shaw, pianiste et chanteur anglais que nous sommes nombreux à  ne pas connaître. Pas de balance pour lui, pas la peine a t-il dit.  Il arrive en effet trois quart d’heure avant le concert et en dix minutes tout est réglé ; pas sérieux tout ça ? Et bien si ! Quelle découverte,  un chanteur inclassable, un crooner créatif selon l’expression de François Lacharme fier de son coup.

L’étonnant Ian Shaw

Issu du théâtre et du cabaret Ian Shaw en plus de sa voix à la tessiture très large et qu’il module instantanément d’un extrême à l’autre, possède une fantaisie et une truculence étonnante. “Not for Me” est plus que chantée, jouée,  il s’amuse sur du Nat King Cole, raille Teresa May, “May not”, assassine le Brexit, imite Johnny Mathis.  Un clown ? Pas du tout, un pianiste chanteur remarquable, une personnalité atypique, une originalité artistique rare. Et soudain au milieu de cette fantaisie l’émotion absolue qui surgit, un déchirant “If You Go Away /Ne me quitte pas” qui embarque tout le monde ; des larmes coulent, quel personnage ! Medley Lou Reed (Perfect Day) / Al Jarreau (Spain) en rappel ! Étonnant « Shaw » man.

On enlève le piano car il faut faire de la place pour un autre très gros meuble, un orgue Hammond B3 et sa cabine Leslie, les deux habillés de bois. Et encore la deuxième Leslie branchée n’est pas sur scène,  mais juste à  côté !

Orgue Hammond B3 Cabinet

 Ce mobilier c’est pour Rhoda Scott venue avec son Lady Quartet : Sophie Alour (sax ténor), Géraldine Laurent (sax alto) et Julie Saury (batterie). Des femmes et du jazz, quelle belle idée pour faire la preuve par quatre que finalement cette musique n’a pas de genre, ni masculin ni féminin. Faites écouter l’album, qui est capable de deviner que le quartet est entièrement féminin ? Les filles écoutez ça, c’est pour vous aussi le jazz, vous pouvez y faire autre chose que chanter entourées d’hommes.

Rhoda Scott Lady quartet

Ceci étant dit et constatation faite que nous avons quatre ladies devant nous il est ensuite question de musique et de musique uniquement. Je vous épargnerai donc les remarques machistes voire sexistes, les vannes lourdingues, pas de ça ici.

Ce son d’orgue,  cette onctuosité mais que c’est beau ! Avec ses pieds nus bien sûr, et le gauche notamment, Rhoda Scott nous envoie à travers le corps ces ondes de basse qui vont nous faire vibrer tout le concert.

Rhoda Scott bien sûr

Dès le premier titre le ton est donné, ça va groover ! Très vite deux chorus de sax,  puis Rhoda l’éternelle avec son swing légendaire et pour moi une découverte à la batterie, l’excellente – et amusante – Julie Saury.   

Julie Saury

Les regards bienveillants de Rhoda Scott envers ses ladies sont éloquents, elle prend un plaisir énorme,  elle est aux premières loges. C’est le dernier album “We Free Queen” qui est joué alternant reprises ( Wayne Shorter, Trenet, Ray Charles) et compos originales dont celles très groovies de Sophie Alour où Julie régale.  

Géraldine Laurent et Sophie Alour

Unissons des sax ou harmonies avec la verve de l’alto de Géraldine, le velouté parfois piquant du ténor de Sophie, qui font le contrepoint à l’onctuosité de l’orgue que Rhoda pilote si bien. Belle énergie, gaîté,  une distribution de bonheur bienfaisante. Merci les Ladies.

Dimanche : Post Image puis la fête

Post Image

Dimanche déjà et à partir de 19 heures la clôture  sur la place de l’Hôtel de Ville.  Pas n’importe qui pour finir en beauté, voilà  Post Image ce groupe de fusion qui existe depuis plus de trente ans, creuset de tant de talents et toujours avec l’historique bassiste Dany Marcombe.

Dany Marcombe

Lieu, heure et public un peu inhabituels pour ce groupe, de quoi s’interroger sur l’accueil reçu. Dès les premières mesures on sent pourtant que c’est gagné, l’auditoire accroche et l’écoute va être magnifique.

Laurent Agnès (tr), Jean-Christophe Jacques (ss), Frédéric Feugas (kb) et Alain Debiossat (sa)

L’énergie dégagée par le groupe, ce foisonnement rythmique, cette pulsation au service des solistes ne peut laisser insensible d’autant qu’un invité de marque est là, le saxophoniste Alain Debiossat plein de verve et de fantaisie.

DSC00804

Patricio Lameira

Très beau succès et excellent choix au final que cette programmation dans ces circonstances.

Eric Pérez et Dany Marcombe

Le final est confié au groupe de musique cubaine Fruta Bomba dans une ambiance salsa de fête avec un public très nombreux.

Fruta Bomba

Un festival très réussi grâce à une toute petite équipe de bénévoles, évidemment aidés par les services municipaux, avec une réelle qualité d’accueil.

Bravo !


Août of Jazz à Capbreton, c’est ce week-end ! On Lee Way en préambule.

Le 15 août est passé,  mauvaise nouvelle pour certains, bonne pour d’autres : c’est le temps de Août of Jazz le festival de Capbreton, dans les Landes, comme son nom ne l’indique pas.

FB_IMG_1502920478269

Le festival donne toujours lieu à quelques concerts de teasing comme celui de ce soir qui intéresse au plus haut lieu Action Jazz car c’est lors du tremplin 2017 où le groupe s’est révélé que Bernard Labat le chef d’orchestre du off les a débusqués.

DSC00537

Il s’agit de On Lee Way je dois dire un de mes favoris.  Lee en référence non pas à Bruce Lee mais à Lee Morgan, le trompettiste assassiné au revolver sur scène  par sa femme jalouse ; il faut dire qu’il avait du tempérament.

DSC00547

Si la référence est forte ce n’est ou autant pas un Tribute,  même si certains thèmes de Morgan sont repris, mais très peu finalement. Le groupe a composé dans l’esprit du trompettiste, comme cet hommage à  “The Sidewinder” LE tube.

DSC00542

Pas trompette mais bugle pour l’excellent Jérôme Dubois bien épaulé par Paul Robert remarquable au sax ténor. Derrière, même si ce mot me gêne, une rythmique hyper solide avec Nicolas Lancia au clavier (électrique ici),

DSC00538

Jérôme Armandie un costaud avec curieusement une contrebasse ¾

DSC00540

et Lionel Ducasse qui fait sonner sa batterie à force cymbales comme Jack deJohnette.

DSC00543

Ce style de jazz, chaud, mélodieux plaît beaucoup notamment aux néophytes parfois désarçonnés par des choses plus complexes ou totalement déconnectés de la chose.

DSC00555

A quand un album pour figer – et encore ce n’est pas le mot – tout ça ? On y pense m’a confié Jérôme Dubois. Un set de plus d’une heure trente très réussi et apprécié.

DSC00565

Vendredi commence donc le festival : à noter la présence des groupes bordelais “Les Gosses de la Rue”,  “Post Image” intemporel et d’un des lauréats du tremplin Action Jazz 2016, le quintet de Gaëtan Diaz. 


VENDREDI 18 AOÛT

>>>>>> 11H-13H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

APÉRO-SWING / Les Gosses de la Rue
Swing Manouche
Gratuit / Tout public

>>>>>> 19H-21H / ESPLANADE DE LA LIBERTÉ

APÉRO-SWING / Swingin’ Bayonne invite Claude Braud
Swing
Gratuit / Tout public

>>>>>> 21H / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Fred Nardin & Jon Boutellier Watt’s Quartet
La révélation de l’année !
Tout public

>>>>>> 22H30 / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Chano Dominguez
Le grand pianiste Jazz et Flamenco
Tout public

Tarifs pour la soirée : 30€ (plein) 20€ (réduit)



SAMEDI 19 AOÛT

>>>>>> 11H-13H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

APÉRO-SWING / Gaëtan Diaz Quintet
Latin Jazz
Gratuit / Tout public

>>>>>> 19H-21H / ESPLANADE DE LA LIBERTÉ

APÉRO-SWING / Slam Bam Trio
Swing
Gratuit / Tout public

>>>>>> 21H / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Ian Shaw
En exclusivité !
Tout public

>>>>>> 22H30 / CASINO MUNICIPAL (SALLE PH’ART)

CONCERT / Rhoda Scott Lady Quartet
Une légende de l’orgue !
Tout public

Tarifs pour la soirée : 30€ (plein) 20€ (réduit)



DIMANCHE 20 AOÛT

SOIRÉE DE CLÔTURE

>>>>>> 19H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

Post Image
Jazz Fusion
Gratuit / Tout public

>>>>>> 21H / PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE

Fruta Bomba
World Jazz

Jazz et Vin en Double : Alain Jean-Marie, Philippe Parant …

La Roche-Chalais, samedi 12 août 2017.

Il y a les gros festivals et il y a les autres, pas les petits, les autres comme celui de la Roche-Chalais en Dordogne malicieusement nommé « Jazz et Vin en Double ». La Double est une grande forêt qui a donné son nom à cette région limitrophe des deux Charentes. Ici nous sommes dans le Greenwich Village du coin, le méridien du même nom le traversant – comme tant d’autres – mais qu’un fier panneau ne manque pas de préciser.

Pourquoi du jazz ici ? Par la volonté d’un élu qui en a confié l’organisation à une bande de bénévoles avec à leur tête le jeune président Alain Trotet. Combien de festivals en France naissent-ils ainsi, certains devenant énormes, en jazz notamment, suivez mon regard…

DSC00448

Alain Trotet , Marcel Vignaud (festival de jazz de Saint Saturnin en Charente) et Alain Piarou (pdt d’Action Jazz)

Ici l’air de rien ça dure 6 jours ! Un conte musical le mardi, Chet Baker au ciné le mercredi, un apéro-concert (toujours important l’apéro pour attirer les mélomanes) le jeudi avec le trio de Jean Bardy, deux autres concerts le vendredi avec les Romanoe Dandies et le Jean-Philippe Bordier Quartet, une journée jazz – foire aux vins (toujours important le vin pour attiser la curiosité musicale) le samedi. Clôture le dimanche avec du Gospel et le concert en matinée – l’après-midi quoi – de Latin Spirit.

Action Jazz ne peut pas être partout et avait donc choisi le samedi, pas pour la foire aux vins mais pour le jazz, sans modération.

Le lieu est très agréable avec un magnifique point de vue sur la vallée de la Dronne et le fameux méridien de Greenwich ; enfin lui il faut se l’imaginer, la ligne tracée sur le globe terrestre ayant depuis longtemps disparu sous la végétation. Vérification faite le GPS indique bien 0° de longitude.

DSC00436

La Dronne et à sa gauche le méridien

Parlons musique. C’est le Interplay Quartet qui nous accueille, un groupe de briscards périgourdins dont le trompettiste Laurent Agnès ne nous est pas inconnu (Post Image, Roger Biwandu All Stars…). Aux baguettes Emilio Fabrice Leroy, à la contrebasse Jacques Boireau, à la guitare Jim Nastick (Philippe Pouchard).

DSC00441

Une set list idéale pour le public où amateurs et badauds se mélangent. On y retrouve pèle-mêle « Afro Blue », « Blue in green » de Miles, « Blues Connotation » d’Ornette – ça fait beaucoup de bleu tout ça – « The Sidewinder », « Caravan » … et « One Day My Prince Will Come » dédié au mariage se déroulant à l’église toute proche, dont la volée de cloches a provoqué une pause imprévue dans le concert.

DSC00447

Entrée en matière très agréable pour le public un peu trop clairsemé en cette enfin douce après-midi d’été.

DSC00443

Jacques Boireau (cb) et Jim Nastick (gui, Philippe Poucrd)

Place au duo Patou BernardVincent Lamoure et son installation aussi minimaliste que saugrenue. Vincent à la guitare et Patou à la contrebassine mono-corde.

DSC00451

Un set plein de fantaisie et de trouvailles amusantes, s’appuyant sur l’histoire du jazz, nous faisant même remonter jusqu’en 1910, effet sonore de disque qui gratte garanti.

DSC00453

Nat King Cole pas mal à l’honneur mais avec la verve chantée de Patou Bernard qui nous montre aussi ce qu’il sait bien faire à la flûte et au soprano, Vincent Lamoure jouant lui le rôle sérieux du clown blanc à côté de ce drôle d’auguste.

DSC00459

Très sympa ce moment et musicalement bien au point.

Mais déjà les effluves de grillades nous attirent à table dans ce cadre champêtre bien adapté. Et à 21 heures il y a le concert dans la salle de spectacle et il faudra traverser la ville de part en part, environ 300 mètres, pour l’atteindre.

DSC00463

Le trio de Philippe Parant assure la première partie. Assurer est bien le mot car il vont drôlement le faire, une découverte pour moi que ce guitariste compositeur – que des œuvres personnelles – bien épaulé par Guillaume Souriau à la contrebasse et Emile Bayienda à la batterie. Le flow de Philippe Parant est presque un chorus permanent, mélodieux, inspiré et remarquablement suivi presque à la note près par le jeu musical de la batterie, la contrebasse cadrant le tout.

DSC00465

Son jeu et son registre me font penser à ceux de Philip Catherine. C’est un jazz à la fois moderne et accessible – oui parfois c’est un peu incompatible – qui nous est offert avec une sérénité sur scène qui fait plaisir à voir, les regards mutuels des musiciens ne trompent pas.

DSC00467

Des fantaisies dans les titres, « Marché Opus », « les Aventures de Bob l’héros » un boléro bien sûr, un très bel hommage au fameux label ECM, un titre funky en final et une valse en rappel qui finissent de conquérir le public. Excellent.

DSC00470

Après la pause – il reste des bouteilles de la foire aux vins – Jean Bardy nous présente brièvement le CV de l’artiste vedette suivant : Prix Django Reinhardt 1979, Djangodor en 2000, chevalier des Arts et Lettres et du Mérite, le grand pianiste guadeloupéen Alain Jean-Marie, une carrière bien remplie qui lui a permis de jouer avec les plus grands ; on va vite comprendre pourquoi.

DSC00483

Avec lui à la contrebasse dont il fabrique lui même les cordes en boyau et qu’il sonorise à l’ancienne, micro devant, Gilles Naturel. Lui c’est un esthète de l’instrument dont il tire une profondeur de son remarquable. A la batterie le Cajun de Bâton Rouge, mais installé en France, Jeff Boudreaux un incroyable mélodiste de cet instrument.

DSC00506

Alain Jean-Marie nous annonce un set de standards qu’il définit comme l’Esperanto des jazzmen qui leur permet de se retrouver sur un terrain commun pour laisser libre cours à leurs improvisations. Standards me direz vous, encore ! Sauf qu’à ce niveau on peut parler de stand’Art. Avec une main droite aussi baladeuse sur le clavier du Steinway de concert, une main gauche aussi catégorique, avec la chaleur et la précision des cordes « Naturelles » et un tel drumming de dentelle on est dans le grand art.

DSC00490

La forme du trio piano, contrebasse, batterie peut paraître trop classique et bien je peux vous dire qu’ici dans la jolie salle de cette petite ville du fin fond de la campagne il n’y a pas une seconde d’ennui mais un émerveillement permanent. Prenons « In a Sentimental Mood » où Alain Jean-Marie noie le chagrin dans une cascade de notes, « Night and Day » et le chorus de Jeff Boudreaux qui nous en joue la mélodie aux baguettes, le décalage au piano des harmonies de « Round Midnight » dont Gilles Naturel reprend le thème comme un guitariste, on redécouvre ces si belles compositions.

Philippe Parant rejoindra le trio pour le final et jouer un blues en sol improvisé. Coltrane en rappel d’un mémorable concert en récompense aux organisateurs qui sont à féliciter et voilà une belle journée de jazz qui s’achève.

DSC00507

Retour à Bordeaux finalement tout proche, pensez-y l’année prochaine, ce n’est rien à faire et ça en vaut la peine.