TONY PAELEMAN – Camera Obscura

  • chez :  Shedmusic

par : Alain Flèche

 

Tony Paeleman : piano

Julien Pontvianne : sax t.

Nicolas Moreaux : bass

Karl Jannuska : drums

Quartet faussement discret. Démarre ce disque par des arpèges, une ambiance, promenade incertaine, puis quelques pas plus pressés, la voix de Sonia Cat Berro finit de préciser le caractère onirique de ce morceau. Le suivant, plus précis. Les doigts couvrent largement le clavier, rapides sans virtuosité superfétatoire, lents aux changements de rythmes, appuyés pour souligner la rentrée du sax. un touché délicat ou fort, selon les nuances proposées. Beaucoup de passages écrits où se mêlent variations, interprétations, improvisations…

Une reprise : Roxanne . A la façon de… difficile de rapprocher ce travail d’autre chose de déjà entendu. Parfois un son, une suite, un accord, pourraient faire penser à… mais non, c’est un vrai musicien qui organise un ensemble original, de musiciens ensembles, de titres assez différents avec une trame, un fil, ambiances imagées,  qui rendent le tout cohérent. La basse double souvent les thèmes exposés  sur le piano, elle reste très fidèle aux indications du leader. La batterie est sage, mais pas trop. Ses débordements empêchent de reconnaitre les lieux, l’oreille se perd à chercher des repères, des temps qui s’étendent, les mélodies s’étirent.

Et puis, plein d’invités ! Pierre Perchaud prête sa guitare à 2 titres. sur la 7ème plage, rien de moins que les anches et bois de Christophe Panzani, d’ Emile Parisien et de Antonin Tri Hoang. Écriture à caractère marqué, avec des décalages qui pourraient passer pour des incertitudes si ce n’était la savante maitrise qui ne laisse rien au hasard. Peut être peut on évoquer Frank Zappa et son travail sur le synclavier ? Tony Paeleman en peaufine de même ses compositions, sauf qu’ici, ensuite, l’interprétation en regarde chacun qui est prêt à prendre le risque de s’immiscer dans cette architecture tout de même un peu « obscure »! Sombre comme un bout de film en noir et blanc, sans tristesse ni souffrance. Juste un pincement au cœur, comme quand, en forêt, on ne reconnait plus le chemin habituel…

Et justement, pour clore cette écoute, séparation apparente tant imprègne, du sens de ce disque, les sens de l’auditeur, une autre reprise, de Charlie Haden : « Our spanish love song ». Profondeur. Pleurs sans larmes.  Nostalgie de chemins à découvrir. A écouter, et réécouter sans crainte de se lasser, dans ces richesses toutes en demi teintes.

www.tonypaeleman.com

ROSARIO BONACCORSO – A beautiful story

Jando Music

par Alain Flèche

Dès les 1ères notes de la 1ère plage, c’est le son du bugle de Dino Rubino qui capte l’oreille. Rond, régulier. De longues notes bien claires, sans trembler, ni vibrato, lancées dans le sens du vent, restent en équilibre comme un cerf-volant, s’évanouissent, poussées par d’autres perles qui composent ce collier sonore et lumineux. Le piano de Enrico Zanisi, présent, partout (trop ?) , reste au cordeau de la mélodie qui papillonne sur les harmonies. Grilles qui ne nous sont guère inconnues; on y croise des réminiscences de « Alone Together », relents de « Love for Sale », souvenir de « Sumertime »… Mais pas vraiment non plus. Cela reste très ouvert. Les structures sont souples sur un répertoire Médium, pas de grands risques, juste la beauté. Choix on ne peut plus honorable, légitime, justifié par un résultat à la mesure des prétentions. La contrebasse de Rosario Bonaccorso règle, rythme, départage et réunit les sons autour d’elle, comme une poule ses poussins, mais qui sont grands maintenant et ne l’attendent plus pour trouver les perles de ver, de vaire, de verre dont ils vont se nourrir et gaver généreusement leurs auditeurs. La Basse donc, gère son petit monde « à la Dom Camillo » et le diable de trublion, le « Pepone » de la farce, c’est peut être Alessandro Paternesi et sa batterie qui promène un brin de douce folie aux 4 coins des 4 temps qui seraient bien  trop carrés sans lui. Peu lui chaux le tempo, pas le temps à se perdre, aller plus loin, voir comment c’est « à cotè ». Du coup, le reste ne parait plus tout à fait aussi régulier, c’est heureux. la beauté pourrait devenir triste sans fantaisie ! C’est l’Italie, aussi !

Rien d’extraordinaire dans cet opus, si ce n’est un son brandit comme un étendard de lumière, à propager comme la Bonne Nouvelle, qui se laisse écouter de même sans déplaisir quand ce n’est franchement dans la  joie, fut-elle intérieure.

[CD] Medeljazz Quartet – Yesternow

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MEDELJAZZ QUARTET – YESTERNOW

 Par Ivan-Denis CORMIER pour Action Jazz

 E.P. enregistré en direct dans le studio de Zorojazz à Paris – octobre 2016

Vous aimez la guitare jazz et ses représentants les plus prestigieux? Alors, procurez-vous au plus vite cet « EP » (=4 titres) de Medeljazz, intitulé Yesternow. Pétri de références subtiles, il donne à l’auditeur la sensation de se retrouver en terrain familier. Ce sont pourtant des compositions originales, toutes remarquables d’équilibre et d’inventivité. Elles situent leur auteur à la croisée de chemins tracés par des guitaristes aussi divers que Kenny Burrell, Grant Green, Pat Martino, John Abercrombie, Mick Goodrick, Pat Metheny, et d’autres encore dont le point commun reste un discours mélodique parfaitement structuré et organisé, sur un groove solide.

 « New Yorkais d’âme et de corps durant presque vingt ans », le leader du groupe s’est produit dans des clubs tels que Birdland ou le Blue Note, dans des contextes musicaux extrêmement divers allant du free jazz de Daniel Carter au groove swinguant de Keith Carlock ou Ferenc Nemeth. Compositeur de talent et instrumentiste accompli, il a aussi, preuve de la précision et de la polyvalence de son jeu, pu tenir le rôle de guitariste soliste dans les plus grands « musicals » de Broadway. Les mieux informés auront deviné qui se cache derrière Medeljazz. C’est Laurent Medelgi, de son vrai nom, qui tel le caméléon, se fond dans son environnement.

 Autour de lui, Nicolas Fabre, au Fender Rhodes et à l’orgue, Elisabeth Keledjian à la batterie et Sergio Turetta à la contrebasse. Si les noms des musiciens n’apparaissent pas sur la pochette, c’est avant tout pour bien distinguer cette formation des autres projets musicaux du leader. Mais en gommant les individualités, sans doute le Medeljazz 4tet affirme-t-il aussi l’unicité de l’ensemble.

 Le son de la guitare, ferme, assez feutré, sans trop de graves ni d’aigus, est adapté aux styles ici explorés, un soupçon de chorus ou de réverb lui donne de l’épaisseur et de l’expression; en tout cas, Laurent Medelgi fait partie de ces guitaristes qui ne font quasiment jamais hurler l’instrument mais utilisent la mélodie de façon dynamique pour faire monter la pression.

 Les harmonies sont riches et belles, les impros assurées et pertinentes, laissant entrevoir une palette expressive extrêmement variée qui exclut le verbiage. L’ensemble est soigné, on se laisse prendre au jeu très concentré de ce trio guitare-orgue/Fender Rhodes-batterie auquel s’ajoute au besoin une contrebasse. Cette formule intimiste a fait ses preuves, elle fonctionne en tous lieux et permet de vite trouver l’équilibre sonore idéal, la proximité favorisant l’interaction directe entre les musiciens comme avec le public. Chacun peut alors se focaliser sur les notes et la cohésion.

 Quant au tempo de chaque morceau, il est me semble-t-il étudié pour rendre les improvisations à la fois plus authentiques, plus novatrices et plus lisibles, car une vélocité accrue nuit à la spontanéité comme à l’inventivité, elle incite à utiliser des clichés. Le dernier titre, Flanneries, est nettement plus méditatif : du coup il permet également à l’imagination de flâner et au phrasé de se libérer, l’ornementation devenant plus riche, les variations plus lyriques.

 Le résultat est ici très plaisant, car passé l’effet de surprise initial, on s’installe confortablement dans un cadre chaleureux, comme si l’on entrait dans une maison vieille d’un bon demi-siècle pour découvrir un intérieur entièrement rénové par un architecte-décorateur sérieux et compétent. D’où le titre de l’album, Yesternow, mot-valise bien trouvé qui réunit passé-présent en un concept unique.

 Ce n’est du reste qu’un avant-goût du CD complet, qui rassemblera 12 titres originaux, CD dont on souhaite la parution rapide, d’autant qu’une campagne Indiegogo de financement participatif, d’une durée de 30 jours, a débuté hier. Pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient soutenir ce projet, voici le lien à suivre :

https://igg.me/at/MedeljazzQuartetCD

 Par Ivan-Denis CORMIER pour Action Jazz

 

Anne QUILLIER / Pierre HORCKMANS – WATCHDOG

watchdog

Label Pince Oreilles

Par Alain Flèche

Mais que regarde donc ce chien en habits d’apparat  souhaitant la bienvenue à celui qui a les oreilles grandes ouvertes !? (Belle  illustration de la jaquette). Mais où sommes-nous donc ? Jazz, expérimentation, calculé, lâché, écrit, Joué ! Pas facile de trouver le fil d’Ariane.Son, ambiance, citations, références, déviations, promenades urgentes. Des gammes devenues classiques sur des trames résolument actuelles.Anne ne se gêne pas pour allier, mixer, mixter, mélanger les claviers – piano, Fender Rhodes et Moog –  pour une musique sans étiquette, juste le bonheur de partager des idées qui passent au bout des doigts posés sur les instruments qu’ils effleurent les uns après les autres, ou en même temps.Nombre des capacités des appareils sont exploitées, sans lourdeur ni effet catalogue, les choix s’inscrivent sur cette palette sonore de bon aloi, sans ostentation. Judicieux. Pierre, lui, nourrit et habite les espaces prévus (peut-être un peu trop …) dans des pièces, fussent-elles de sa plume, où il ne trouve pas toujours bien sa place; ce bon vieux dilemme/équivoque : trop ou pas assez !? Heureusement pour lui : suffisamment de présence pour rebondir sur de l’impromptu à défaut d’imprévu. De belles phrases qui pourraient faire oublier les facilités de remplissages si elles ne gâchaient, parfois, l’attente de quelque prise de risque qui tarde, trop souvent, à pointer le bout de sa anche. Les compositions sont élaborées, éclatées, agréables, insidieuses, faussement faciles, pas toujours simples à suivre, donc à accompagner; après plusieurs écoutes, l’intention de ce projet se précise, tout réside, bien entendu, dans la complicité quasi permanente entre les deux protagonistes, excellents. Musiciens, lauréats du 36ème concours de La Défense, distinction approuvée . Sans doute beaucoup de travail en amont, encore beaucoup à faire pour être définitivement convaincant. On pardonnera les faiblesses de cette  honnête tentative, souffrant sans doute des limites de la musique pratiquées dans des perspectives d’exploitation différés (en studio d’enregistrement) en gageant que ce duo doit être bien plus convaincant, dynamique, expressif, fin, furieux, fou enfin, dans un contexte de partage immédiat, avec public attentif, donc programmation à suivre …

Par Alain Flèche

http://www.collectifpinceoreilles.com

Michael FORMANEK Ensemble KOLOSSUS – The Distance

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Label ECM

Par Alain Flèche

Nouveau projet de Michael Formanek avec ensemble Kolossus! Aussi énorme que l’enregistrement de Sonny Rollins auquel ce titre fait (peut-être) référence !? Tant dans la quantité, pas moins de 18 musiciens convoqués pour l’aventure, que qualitativement, que la crème du new « Big Apple » ! Que du beau linge ! A  faire rêver toute boite d’édition. Et le chef qui s’y colle pour gouverner tout ça, le 19eme élément, pas des moindres : Mark Helias ! Si !« The distance », titre de l’album (et du 1er morceau, distance séparant ce que chacun comprendra à l’aune de sa propre intelligence!) pour introduire une suite en 8 mouvements, sujet : Exoskeleton (littéralement : partie extérieure « exotérique » du squelette). Dès l’ouverture, les 13 anches et cuivres installent une nappe sonore qui tient plus de l’élément aquatique que du bout de tissu recouvrant une table. Compositions et arrangements très pertinents qui donnent de l’espace et du temps pour comprendre l’intérêt du sujet sans lasser, l’oreille reste accrochée au discours jusqu’à la conclusion. Le piano de Kris Davis (omniprésente dans cet enregistrement, personne ne devrait s’en plaindre) va prendre le 1er chorus dans cette suite sans échelle. Et puis, par-dessus, presque du bruit, des parasites … non, ce n’est pas la chaine Hifi qui est en cause, seulement Tomas Fujiwara et ses peaux et métaux un peu sale (presque grunge?!) qui s’installe. Ce pauvre, mais beau, trop beau piano pensait traverser le Styx paisiblement ? Que nenni ! La batterie infernale ne va avoir de cesse que de le tirer  vers le fond. Le fond de son intention, couler ou se débattre, c’est le challenge ! Bien sûr, la belle dame va s’en tirer avec les honneurs, mais non sans avoir concédé quelques victoires à la « Bête » enragée. Une autre partie de cette suite, Chris Speed va s’y coller. Avec autant de risques, de hargne; les tentatives de sauvetage à l’arrache et pied-de-nez ne suffirons pas, la lutte est sévère, pourtant, le saxophoniste atteindra l’autre rive épuisé, rompu, mais sauf. C’est le tour de Mary Halvorson, tellement concentrée/concernée, qu’elle en oublie son pathos habituel, sur ce coup-là point de glissandi pour faire joli, du concret ! Elle ne devra cependant son salut qu’à force de beauté que nous lui connaissons et force d’accords voir de blockchords quasi tyneriens qui épaterons jusqu’à son adversaire batteur/battu qui la laissera passer sur l’autre rive saine et sauve. Dernière partie (après bien des péripéties). L’expérience aidant, l’orchestre resserre les rangs, tous groupés ! Digne du radeau de la méduse. Tous unis dans une diatribe concertante et free à qui mieux mieux mais dans le plus bel exemple d’harmo(lo)die du genre … Et c’est la trompette de Ralph Alessi qui monte au créneau, cerbère-drum n’en puis mais et, de guerre lasse, finit par laisser passer la troupe ! En fait, il ne l’a pas trop ramené sur ce coup-là ! Épuisé des combats précédents, submergé de l’intention du groupe au coude à coude à en découdre jusqu’à la victoire, ou la dissolution (alchimique), et la Métamorphose (écrit : Metamorphic) : dernière partie de cette suite) est consommée. Maintenant, la voie est libre. Libre à chacun de tenter à présent la traversée. Ne pas oublier biscuits et bouée ! Les réminiscences des exploits précédents devraient suffire à rendre le voyage presque  confortable. Tel le Grateful Dead nous ayant aidé à ce va et vient de réalité consensuelle à vision psychédélique (trip), Michael Formanek nous offre ici sa conception du « grand pas » à ne pas manquer et propose les outils idoines à rendre la traversée, peut-être pas si confortable, mais pour le moins possible. Bonne route !

Par Alain Flèche

 http://michaelformanek.com/

Jean-Claude OLEKSIAK Quartet – « A CIEL OUVERT »

JEAN CLAUDE OLEKSIAK 4TET A CIEL OUVERT

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Il y a dix ans, Jean-Claude Oleksiak a créé « JCO4 », nom du présent quartet avec le lequel il signe « A ciel ouvert », son premier disque, sur le label de Lafabrica’son, association versée dans la musique improvisée et qui défend les projets innovants de musiciens de cette mouvance. Il s’est entouré d’amis, dont le batteur Antoine Paganotti, ex de chez Magma. Toutes les compositions, signées du leader, révèlent une écriture brillante, elles sont ouvertes à des interactions, qui créent des territoires sonores neufs. Il n’y a pas de positions quiètes pour ces quatre musiciens, rien n’est jamais acquis, mais des surgissements de propositions de toutes parts, des relances et des remises en question ébouriffantes. Les intitulés des morceaux sont beaux et poétiques. On est frappé par cette capacité à créer des thèmes/tubes potentiels, où le jazz est tatoué au vif d’une encre rock omniprésente. C’est surtout Pierre Perchaud qui entraine le groupe dans cette direction, lui qu’on a connu plus calme (ONJ). Mais c’est un vrai plaisir, car ces vagues acides créent un chaud et froid avec un Émile Parisien dont les envolées au soprano sont d’un lyrisme éblouissant. Jean-Claude Oleksiak assure des lignes de basse profondes et ça pompe, ça pointille, mais ça se durcit parfois, surtout au contact d’Antoine Paganotti, qui drive sa batterie avec du muscle rock. Tout le disque nous a conquis, avec des coups de cœur appuyés pour « Les pieds dans la lune », « Lala Paris bounce », « La contrebasse grimace » et « Nous trois », avec sa magnifique intro de contrebasse, et ce somptueux solo de guitare. Ce quartet se livre à cœur ouvert !

Par Dom Imonk

www.fabrica-son.com

LAFABRICA’SON LABEL – 2014 – FA01

Diego IMBERT Quartet – « COLORS »

diego imbert

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Diego Imbert est un contrebassiste très demandé, et les divers projets auxquels il a participé lui ont permis de se forger une écriture riche, précise et stylée, que l’on retrouve dans tous ses albums. Pour « Colors », il est entouré de son groupe habituel. David El-Malek (sax ténor), Alex Tassel (bugle) et Franck Agulhon (batterie), participent à donner à ce disque une saveur que l’on croirait échappée de certaines formations des années soixante. Même s’il n’y a pas de piano, on pourrait presque penser à l’esthétique du quintet de Miles, ou même à certains disques de Wayne Shorter, dont l’inspiration est ressentie ici. A chaque instant, on se régale du jeu de Diego Imbert, magnifique par le son et cette façon ondulante et moderne de s’insinuer dans celui de ses camarades. Tous sont d’ailleurs visiblement en état de grâce et ravis de participer à cette vraie peinture sonore. Les deux souffleurs sont remarquables de complicité et, portés par les compositions de Diego Imbert, ils joignent à l’unisson leurs voix cuivrées, pour créer de vastes espaces visuels. Quant’ à Franck Agulhon, frère rythmique du leader, il fait partie de ces très grands batteurs qui étonnent et subjuguent, comme s’ils se réinventaient à chaque fois. Le disque s’écoule, comme la visite d’un musée d’art moderne. Chaque morceau est une toile, et l’intitulé des titres fait souvent référence aux couleurs et à la peinture. « Blue Azurin », « Purple Drive », « Aquarelle », « Outremer », « Red Alert ». Mention spéciale au superbe artwork de Pierre-Alain Goualch et Diego Imbert, ainsi qu’à une prise de son excellente. Ces couleurs nous ont captivés, vivement le plaisir de les voir en concert !

Par Dom Imonk

www.diegoimbert.com

TREBIM MUSIC/HARMONIA MUNDI– 2014 – SUCH 010

THE BRIDGE TRIO – « The Search : Departure »

THE BRIDGE TRIO

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

The Bridge Trio est formé de jeunes musiciens de la Nouvelle-Orléans (Là-bas, on dit « NOLA »). Ce disque est leur deuxième, nous avions chroniqué leur premier dans la gazette n°2 (janvier 2014). Conun Pappas (piano, Fender Rhodes, synths), Max Moran (basse et contrebasse) et Joe Dyson (batterie, percussions), sont tous issus du célèbre « NOCCA » (New Orleans Center for Creative Arts). Joe Dyson et Max Moran se sont aussi formés au Berklee College of Music de Boston et Conun Pappas a été diplômé de The New School for Jazz and Contemporary Music de New York City. Ils ont chacun déjà accompagné les plus grands, citons Alvin Batiste, Donald Harrison, Terence Blanchard, Christian Scott et bien d’autres. Ils font partie de cette nouvelle génération de jeunes musiciens surdoués, dons les talents fleurissent un peu partout à « Nola ». Le nouveau disque est toujours aussi riche en compositions, treize au total, dont neuf signées Conun Papas, deux de Max Moran et deux de Joe Dyson. Dès le premier morceau, « Acces approved », on est soufflé par un jazz groove rappelant un peu Herbie Hancock période Head hunters. C’est épais et sensuel, une pépite. D’autres morceaux restent dans la fraîche couleur acoustique des débuts (« The encourager »), mais l’ambiance est à plus de groove, grâce à la maîtrise du Fender Rhodes, alliée à une utilisation plus fréquente de la basse électrique, renforcée par la puissante batterie. On trouve aussi des accalmies comme « Wondering », une superbe balade. Ce disque est revigorant, pêchu en diable, et on est impressionné par le chemin parcouru. Belle réussite, NOLA n’a pas de souci à se faire !

Par Dom Imonk

www.thebridgetrio.com

Auto produit par The Bridge Trio – 2015 – 0002

HILDEGARD

HILDEGARD

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Hildegard est un groupe explosif et incroyablement doué, mêlant divers courants musicaux, rock, pop, expérimental, jazz. A la base, Sasha Masakowski (vocaux, synths) et Cliff Hines (guitare, basse VI, vocaux, synths, arrangts cordes), les leaders, sont issus de la scène jazz de NOLA, puisqu’ayant étudié à « NOCCA ». Ils ont d’ailleurs des albums à leur actif, citons entre autres « Old Green River » (avec les Sidewalk Strutters) et « Wishes » (avec Musical Playground) pour Sasha, et « Like Mystics of old » et « Wanderlust » pour Cliff. Ils ont beaucoup tourné et participé à des expériences solaires, comme Cliff Hines et le Mike Dillon Band. Pour Hildegard, ils se sont entourés de Max Zemanovic (batterie, percussions), de John Maestas (guitare, synths), de Max Moran (basse) et d’Andrew McGowan (piano, rhodes, orgue). C’est ce qui participe à donner ce son et cette richesse au disque. En toute simplicité, ils indiquent quelques influences comme Little Dragon, Knower, Tool, The Mars Volta et autres Tigran Hamasyan. On ne les citera pas toutes. Dix compositions aux ambiances très variées composent cet album, quatre de Sasha Masakowski et six de Cliff Hines. Parmi elles, il y a des atmosphères survoltées comme « A-Z » et « Sally Brown » qui ouvrent l’album, des mi-teintes comme « Siren Song » et « Witness » et des morceaux au feeling éthéré comme « Cabin 72 » et « Isolation ». La liste des invités révèle d’autres pointures de NOLA comme par exemple Oliver Bonie, Paul Thibodeaux et Martin Masakowski (bassiste, frère de Sasha). Signalons enfin le jeu de très haut niveau de tous ces musiciens, et le plaisir intense qu’on a pris à écouter ce disque.

Par Dom Imonk

http://hildegardband.com/

Auto produit par HILDEGARD – 2015

THE DOWNTOWN AVENGERS

THE DOWNTOWN AVENGERS

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

On ne s’ennuie jamais à New York, quand on aime les musiques tangentielles qui se jouent downtown. C’est ce qu’a dû se dire le violoniste Fung Chern Hwei. Natif de Kuala Lumpur, il est séduit par le violon dès l’âge de quatre ans, et trouvera un professeur à huit. Il a étudié, bercé des cultures chinoise, malaise, indienne et occidentale. Il arrive à New York pour y poursuivre ses études à la Aaron Copland School of Music, dont il sortira diplômé. Brillant musicien, il vogue du classique au hip hop, en passant par le jazz et le rock. Très demandé, il travaillera avec Uri Caine, Ryuichi Sakamoto, Stanley Clarke, Elliot Sharp et bien d’autres. Violoniste attitré du Sirius Quartet, il crée « The Downtown Avengers », qui est, selon lui, plus une « communion musicale » qu’un groupe. Ce disque, leur premier, sort fin 2014 sur le label Evolver que dirige Lola Danza, ici à la production et aux vocaux. Autour de Fung Chern Hwei sont réunis de sérieux aventuriers, allumés des sons : Vasko Dukovski (clarinettes), Ben Stapp (tuba), Sayun Chang (percussion), et l’on retrouve avec plaisir George Spanos (batterie et percussion). Les « avengers » sont les figurines de la pochette, sortes de « vengeurs » musicaux, libérateurs des sons. Ce disque est un régal d’échappées free. Dès « Testing Waters » et « Placing Dots », Sayun Chang et George Spanos, créent des merveilles qui évoquent la magie du « Magg Zelma » de l’Art Ensemble of Chicago (album « Full Force »), ou la bizarrerie du « Farmer’s reserve » de Mesdeski, Martin & Wood. Suit l’animé « Choosing the next leader » qui désigne Vasko Dukovski pour conduire le monstrueux » Alejandro muy muy grande ». Ça monte en puissance avec un « Cosmic Drift » qui porte bien son nom, on perd pied, on dérive, surtout que déboule un « Obey the chief » de folie, suivi des deux brûlots paroxystiques « Deep circle » et « Rotation II », où l’on croit presque entendre Linda Sharrock ! Cet album est fou, ces musiciens sont au-delà du terrestre ! La « bonus tracks » calme un peu le jeu, on a samplé les voix de ses vengeurs géniaux, de grands enfants hyperdoués. C’est le « New York downtown state of mind » quoi. Et on en redemande !

Par Dom Imonk

http://www.downtownavengers.com/
http://chernhwei.webs.com/
Evolver records (2014)