Eric Legnini « Waxx up » invite China Moses

Samedi 7 octobre 2017, La Sirène – Jazz entre les 2 tours – La Rochelle

China Moses : chant
Anaëlle Potdevin : chant
Eric Legnini : claviers
Daniel Romeo : basse
Franck Agulhon : batterie
Boris Pokora : Flute et saxophone

21h50 précises, comme indiqué, le trio Legnini, Romeo, Agulhon entre sur scène.
Les premières notes claquent. La rythmique implacable emballe la salle en moins de trois mesures. Le groove s’empare du public. Les deux compères de Monsieur Legnini font le job. Le gaucher Franck Agulhon dont le beat est aussi précis que subtil donne une véritable leçon de rythmique funk. Le déchainé et déhanché Daniel Romeo rivalise de technique et de dextérité sur sa basse, alternant le slap et le jeu mélodique, usant et abusant d’effets grondants. Un gros gros boulot !

_G9A0076-b  Un gros gr   os boulot !
Placide, comme à son habitude Monsieur Eric, montre rouge au poignet assortie aux baskets, s’il vous plait… ne fait pas que soigner son look. Il agite ses doigts sur le Fender Rhodes avec sa finesse et le goût certain qu’on lui connait. Here Comes the Beat Man* ! Oui, voilà le gars qui fait le rythme ! C’est lui. Tombé, tout jeune dans la potion magique de l’afrobeat, il a profité de ses années de collaborations diverses, s’est nourri de ses riches rencontres (notamment avec des vocalistes) et de cette trilogie d’albums consacrés à la musique chantée (The Vox 2011, Sing twice 2013 et Waxx up 2017) pour peaufiner son propre style afrojazz beat, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il le fait extrêmement bien.

En véritable gentleman Monsieur Eric invite la pétillante China Moses dès le début du set. Ravie de jouer avec Eric Legnini, en première mondiale à La Sirène, elle entonne un des titres (Breaking point) de son dernier album, le très remarquable ‘‘Nightintales’’.
Le feeling de Boris Pokora à la flûte et le charme de China opèrent un changement d’ambiance immédiat. A la fois féline et très naturelle dans son grand pull rose, la chanteuse américaine est à son aise avec ce quartet grand luxe. La formation enchaîne trois titres dont ‘‘Run with it’’, permettant à China de vivre le rêve qu’elle caresse depuis ses 14 ans, chanter du rap (titre interprété sur l’album Waxx up par le bordelais d’adoption Charles X).

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Généreux comme toujours, Eric Legnini n’est pas venu les mains vides de sa Belgique natale ; il a apporté dans ses bagages la délicieuse chanteuse Anaëlle Potdevin, compatriote belge présente sur l’album. Sa voix plus frêle, presque juvénile contraste avec le coffre de China, mais se marie très bien aux morceaux comme, ‘‘The sun will dance’’ et ‘‘The Parkway’’, ou encore ‘‘Near the house on the hill’’ (album ‘The Vox’’).
N’oubliant pas d’aller piocher dans son riche répertoire (7 albums sous son nom à son actif), Monsieur Eric reprend le très africain ‘‘Casa Bamako’’ extrait de l’album Trippin (2009), bouclant ainsi la boucle d’une quête musicale métissée, entamée depuis presque 10 ans.
Anaëlle et China reviennent sur scène pour le bouquet final ‘‘I want you back’’. Non, pas celui de Michael Jackson, mais un des titres phares (on est à La Rochelle. 🙂 ! ) du LP Waxx up.

Waxx Up 7 octobre 2017
La Sirène est debout (sur ses nageoires. re 🙂 !) et en redemande. Le groupe ne se fait pas prier et interprète ‘‘Joy’’ en rappel. C’est bien le mot qui convient à l’ambiance du lieu. Avec ce titre Monsieur Eric, met un point final à la soirée, non sans avoir fait auparavant une petite blague (belge) à China et Anaëlle. Au lieu de faire tourner ad libitum, il digresse sur un tempo slow soul bien épais, suivi en un clin d’œil par les deux compères du groove Franck et Daniel, invitant alors les deux voix féminines à scatter sur cette coda improvisée. D’abord surprises, puis prises au jeu de ce bizutage bienveillant, elles se lancent sans retenue dans des improvisations vocales de haute volée, envolées. Rires, voix et instruments se mêlent pour le plus grand plaisir du public qui semble unanimement partager cette même ‘‘Joy’’ avec les musiciens.
Merci à tous pour cette belle balade au pays de la bonne musique.

Et à ce titre, je voudrais personnellement profiter de cette tribune pour remercier l’équipe de la Sirène de son excellent accueil et tout particulièrement Lucie. Non seulement le lieu est incroyable, très bien conçu pour le spectacle vivant, étonnant d’un point de vue architectural, mais il y a un truc en plus ! Un truc rare, celui qui fait que, de suite on s’y sent bien, qu’on y fait de belles rencontres. Génial !
Merci aussi à China Moses qui, à la sortie de la scène à bien voulu répondre à quelques questions pour votre gazette bleue préférée. (à retrouver dans nos prochaines publications)

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Et un GRAND MERCI à Eric Legnini d’avoir accepté au pied levé une interview en exclusivité pour Action Jazz. Un sms, deux coups de fils (sans fil) et nous voilà, Pierre Murcia (photographe et vidéaste Action Jazz) et moi en mesure de réaliser la première interview vidéo de l’association Action Jazz, entre les balances et le concert. Plus de 20 minutes exclusives d’entretien seront donc à votre disposition dans les prochains jours (fin octobre 2017) sur le site Action Jazz.
C’est aussi à ce titre que l’on peut dire  »Monsieur » en parlant d’Eric Legnini, un Monsieur du jazz et de la musique, nous en étions déjà convaincus. Un grand Monsieur par sa générosité, sa disponibilité, sa simplicité et sa passion communicative du rythme, de la mélodie et du son. Une fois encore, il nous ‘‘proove’’** qu’il est un artiste majeur de la scène européenne et une belle personne.
Merci Eric.

Signé Vince.

* ‘‘Here Comes the Beat Man’’ est un des titres de l’album Waxx up sorti au printemps 2017.
** ‘‘proove’’ est un néologisme signifiant, preuve par le groove !

Set list :
Breaking Point, de China Moses
Living for tomorrow (feat. China Moses)
Run with it
The Sun Will Dance
Ridin’ the Wave (feat. Anaëlle Potdevin)
Snow Falls
The Parkway
Casa Bamako Quartet (feat. Boris Pokora)
Near The House On The Hill
Despair
I Want You Back (feat. Anaëlle Potdevin et China Moses)
Rappel : Joy (feat. Anaëlle Potdevin et China Moses)

Thomas Bercy trio invite « Doc » Tomachot et Wayne Shorter.

texte et photos Philippe Desmond

Café du Sport, Uzeste le dimanche 15 octobre 2017.

En ce dimanche après-midi d’octobre c’est l’été en Gironde, beaucoup se sont rués à la plage d’autres à la campagne ou même en ville, Bordeaux grouille de monde paraît-il. Alors pour moi direction le Sud Gironde, le Bazadais au bord des Landes girondines. Chemin des écoliers avec l’agréable traversée à moto des vignes du Sauternais et me voilà arrivé à Uzeste. C’est en effet le redémarrage de la saison musicale au Café du Sport chez Marie-Jo et Betty.

Toujours impressionnante l’arrivée dans ce petit village avec cette Collégiale démesurée qui le domine voire l’écrase. Uzeste est le berceau de la famille de Got dont un des membres, Bertrand, devint Pape en 1305 ; charité bien ordonnée commençant par soi-même, il s’est fait ériger une Collégiale en son honneur. Ça ne bronchait pas à l’époque. Elle abrite d’ailleurs son tombeau. Un petit tour à l’intérieur pour se rafraîchir car dehors ça cogne.

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Le Café du Sport est juste en face ; tout ici est en face de tout car ce n’est pas très grand. Un panneau peint sur un mur invite au voyage.

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Dans le bar qui grouille de monde habituellement personne ou presque même pas les musiciens. Ils sont dehors installés sous la tonnelle aux couleurs d’automne mais pour autant pas de « Autumn Leaves » au programme, on va le voir.

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Sympa cette cour qui donne sur un grand jardin un peu sauvage ; fontaine, ruisseau et son petit pont de bois pour arriver vers des jardins partagés. Uzeste c’est cette culture du partage, de la solidarité, de l’écologie, de l’art libre. C’est aussi le foot car au stade voisin ça joue dur devant pas mal de monde. Il en faut pour tous les goûts.

Nous on est là pour le jazz à l’initiative du Collectif Caravan, animé par Cécile Royer, qui a programmé le trio de Thomas Bercy avec comme invité le saxophoniste Guillaume « doc » Tomachot. Membre de l’Occidentale de Fanfare, entre autres, je l’ai toujours raté et le découvre donc ce soir ; avec son look très roots je n’aurais pas pu l’oublier. Avec son jeu à l’alto non plus !

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Au programme une création autour du répertoire de Wayne Shorter ; une création me direz-vous et bien à ce niveau oui car il faut s’y frotter à cette musique riche et complexe, il faut du travail pour s’en approprier les nuances et les fulgurances. Wayne Shorter à qui Miles aurait dit avant de mourir « It’s your turn » est un musicien majeur du jazz moderne. Du quintet de Miles Davis à sa propre formation en passant par le mythique Weather Report il a créé nombre de titres qui font partie de la grande histoire du jazz, pas des standards stricto sensu – les puristes les définissent comme étant des airs des comédies musicales de Broadway – mais des références pour tous les musiciens de jazz.

Thomas Bercy a troqué son e-piano contre un vieux Yamaha droit complètement décapoté et équipé de micros dynamiques,

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Jonathan Hédeline a bien sûr sa contrebasse à 5 cordes couleur miel

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et Gaëtan Diaz est installé derrière une simple jazette.

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Ça commence fort avec « Black Nile » dans lequel le Doc se jette à l’eau ; un phrasé inspiré très fluide et volubile, un timbre d’alto très chantant il est presque inquiétant à voir jouer tant il est sous tension, le visage écarlate, les veines gonflées prêtes à exploser. Il donne vraiment beaucoup notre Wayne Shorter du soir. Tomachaud, Tomashow. Il enfile les chorus avec une énergie hallucinante et derrière lui ça galope.

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Jonathan Hédeline ne se ménage pas prenant quelques chorus délicats pour faire retomber la fièvre ; il me dira que lors de ces deux heures de musique engagée il n’a même pas eu le temps de sentir la fatigue tant la concentration était nécessaire.

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Gaëtan Diaz en plus du beat à tenir nous a aussi tissé de la dentelle, utilisant tous les éléments de sa jazette, des peaux aux cymbales en passant par les bords, les supports, osant même des chabadas sur la vis papillon de sa ride. Deux solos – des soli pour les italophones – magnifiques dont le second particulièrement inspiré. Pourtant il est malade ; je n’imagine pas en bonne santé ce que ça aurait pu donner…

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Thomas Bercy égal à lui-même a lui aussi tout éclaboussé ; cette main droite si alerte, si précise, si musicale, cette main gauche percutante, violente parfois, dans le rôle d’Herbie ou de McCoy avec sa propre patte bien sûr il est un plaisir à voir et entendre. Il n’a pas choisi systématiquement les titres les plus célèbres, il est un vrai artiste, un créateur pas un répétiteur ; toujours à proposer des nouveautés pour ne pas lasser son public et le surprendre me confie-t-il. Mission accomplie Thomas, c’est pour ça qu’on revient toujours.

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Depuis le milieu du concert le voisin est là à écouter et apprécier visiblement. D’ailleurs, pour le rappel, Gaëtan lui laisse son tabouret et ses baguettes. A notre connaissance américaine installée à notre table, un peu intriguée, mon ami Alain explique, pour faire court, que ce batteur a joué à l’époque avec Stan Getz – les ricains il faut les impressionner – ce qui la laisse coite ; en l’entendant elle a de suite compris pourquoi. Vous l’avez reconnu ce batteur c’est bien entendu Bernard Lubat, toujours au top.

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Mon dieu qu’on est bien sous cette tonnelle, les enfants au fond du jardin jouent et crient, l’après-midi s’étire doucement hors du temps ; profitons-en, les prochains concerts ici seront à l’intérieur mais tout aussi chaleureux.

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Set list :

Set 1 : Black Nile – Oriental Folk Song – Ana Maria – Go – Orbits – Juju

Set 2 : Children of The Night – Nefertiti – United – Infant Eyes – Yes or No.

Rappel : Witch Hunt avec Bernard Lubat

NB : Ils seront avec le même répertoire à la Belle Lurette de Saint Macaire samedi 21 octobre à 21h30 mais avec cette fois Pierre Maury au saxophone.

Encore un cran au dessus pour le Tom Ibarra group

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Comptoir Ephémère, Bordeaux le vendredi 13 octobre 2017.

Il y a quelques semaines dans ce blog nous vous avions présenté le nouveau Tom Ibarra Group à l’occasion de l’enregistrement de son album au studio Cryogène de Bègles. L’album annoncé pour janvier a désormais un nom « Sparkling » et au vu du concert ça va faire des étincelles !

Le premier concert du groupe a eu lieu la semaine dernière au Sunset à Paris où la jauge du lieu a été dépassée avec un grand succès à la clef. Et oui, les cinq musiciens sont désormais basés à la capitale et nous étions heureux de les retrouver chez nous ; les anciens (!) Tom Ibarra (g) et Pierre Lucbert (dr) et les nouveaux Jeff Mercadié (st), Antoine Vidal (b) et Auxane Cartigny (kb).

A Action Jazz on connaît par cœur Tom Ibarra du moins le croyait-on car ce soir au Comptoir Ephémère c’est une découverte que nous allons faire ; découverte d’un son nouveau du groupe, d’un répertoire original et de merveilleux musiciens.

Les fidèles sont là ainsi que Jean-Marie Morin et Christophe de Miras les précédents musiciens du groupe et ça ça fait très plaisir.

Le changement le plus visible c’est la présence d’un sax ténor aux mains et aux lèvres du formidable Jeff Mercadié ;

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avec son look d’enfer chemise à fleurs et casquette il va nous éclabousser de son talent dès le début du set. Un son et un timbre très propres, une belle volubilité, de la puissance, c’est un vrai sax hero. Tom Ibarra tenait à cela, il souhaitait être moins présent, partager le devant de la scène avec un autre instrument, démarche peu égoïste, la preuve qu’il a bien la tête sur les épaules. Toujours aussi surprenant à la guitare mais sans démonstration démesurée, il a encore progressé ; où s’arrêtera t-il ?

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Ainsi les titres laissent souvent place à un dialogue où la complémentarité des instruments donne de l’épaisseur à la musique déjà bourrée d’énergie. Ces titres nouveaux ils vont sur scène les faire vivre encore davantage laissant aller les développements beaucoup plus loin ; sur des mélodies bien ficelées les montées en tension fiévreuses sont caractéristiques et vous embarquent très loin.

Dialogue certes mais aussi une présence très forte des claviers avec un Auxane Cartigny incroyable ; synthé, piano, machines électros ajoutent encore une autre dimension aux créations originales de Tom. Le son est ainsi très dense comme dans cette montée en puissance lors de l’avant dernier titre.

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Guillaume Thévenin du studio Cryogène qui a été leur ingénieur du son lors de l’enregistrement me confiait récemment qu’il n’avait jamais vu de jeunes musiciens aussi déterminés, aussi exigeants avec eux-même et aussi riches d’idées. Un plaisir de travailler avec des pros de cette trempe.

Et la rythmique ? On connaît Pierre Lucbert et son drumming implacable, c’est notre Billy Cobham avec presque autant de fûts et de cymbales que lui mais surtout avec sa polyrythmie, son groove et sa pulsation. Il est drôlement à son aise dans cette nouvelle formule.

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Avec lui Antoine Vidal avec seulement ses quatre cordes consolide la charpente rythmique d’une façon plus qu’efficace ; il faut de temps en temps se concentrer sur son jeu pour entendre qu’il n’est pas là seulement en soutien mais que sa présence est fondamentale ; chorus magnifiquement enflammé à la clé en plus !

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Mais il y a vraiment une chose à signaler, c’est la bonne entente et la bonne humeur des musiciens, il faut les voir, excusez moi mais c’est la seule expression qui me vient, se fendre la gueule sur scène ! Un plaisir que partage le public dont les acclamations n’attendent pas la fin des titres ou des chorus mais se manifestent spontanément lors des moments de grande intensité musicale et il y en a beaucoup !

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Dans le final avec le titre « Sparkling » ce sont effectivement des étincelles qui vont jaillir et enflammer la mèche de kilos de TNT. La structure du Comptoir a résisté mais de justesse !

Le Tom Ibarra group c’était déjà quelque chose mais là plusieurs marches ont été franchies. Pour ceux qui les ont ratés et ceux qui veulent les revoir ils seront au festival Jazz à Caudéran, dont Action Jazz va bientôt vous parler en détail, le jeudi 9 novembre prochain avec le New Affinity Quartet en première partie où officie Philippe Valentine le prof de batterie de Pierre Lucbert !

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Le nouveau Tom Ibarra Group en studio.

https://www.tomibarra.com/

 

Poussez-vous, voilà l’Apollo All Star Band !

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

 L’Apollo Bar, Bordeaux le 11 octobre 2017.

Les rendez-vous mensuels de l’Apollo pour les cartes blanches à Roger Biwandu font partie des passages obligés. Variés, du trio aux presque big bands, du rock au jazz en passant par la soul ou le hip hop, avec les musiciens du coin ou des surprises comme Camélia Ben Naceur, Christophe Cravero, John Beasley, Patrick Bebey et d’autres, ils sont une source de plaisir sans arrêt renouvelée. On y retrouve les habitués du lieu, concert ou pas, les fidèles des cartes blanches, les amis, les potes, des musiciens beaucoup de monde toujours.

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Pour les rater il faut vraiment vivre en ermite car Roger Biwandu inonde les réseaux sociaux des semaines avant avec un teasing toujours alléchant. Autre avantage les couche tôt peuvent venir car à 22 heures pétantes la musique s’arrête, pas les tireuses de bière par contre. Bon d’accord c’est un peu frustrant mais deux heures de musique surtout avec l’engagement des musiciens c’est très correct, surtout pour le prix du billet d’entrée ; il n’y en a pas, c’est gratuit mais il est de bon ton de – bien – consommer. Derrière le bar Caro et son équipe turbinent dans un mouvement brownien – Robert pas James – permanent. Alors on s’accommode de l’étroitesse du lieu, du côté boîte de sardines – non ils ne la chantent jamais – du boucan ambiant car l’ambiance est toujours festive et cool même si parfois, souvent, toujours, c’est hot.

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D’ailleurs ça fait vingt ans que ça dure cette histoire ce n’est donc pas par hasard. Vingt ans que Roger le chef spirituel de l’endroit y use ses peaux et ses baguettes au seul motif de nous régaler et de se régaler lui aussi. Depuis six ans que je fréquente l’endroit je n’ai pas raté beaucoup de mercredis soir mais je regrette les quatorze années précédentes passées souvent devant la télé…

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Hier soir le programme était le suivant : de la soul, du funk, du jazz, du R & B (Rythm’n Blues c’est trop compliqué à écrire) avec l’Apollo All Star Band. Avant de déclencher une polémique du genre : All Star Band  mais pour qui ils se prennent… précisons que c’est du second degré appelé aussi humour, celui d’une bande de potes qui jouent ensemble pour la grande majorité depuis des années et ne s’en lasse pas ; ça s’entend. Mais attention ça rigole pas pour autant question qualité musicale, le boss veille. Le tromboniste du soir, un Basque, dont je garderai l’anonymat car il craint son patron, me dit que quand on joue avec Roger il faut s’y jeter à fond, pas le choix il faut y aller. Ah bon c’est pour ça que tu as tout explosé ce soir ! Mais il n’a pas été le seul, nous avions devant nous une bande de fous furieux échappés de l’asile, Attila et sa bande qui brûlent tout sur leur passage.

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Le premier à en faire les frais a été le « Chicken » – rendu célèbre par Jaco Pastorius – qu’ils ont saigné, plumé et vidé pendant dix minutes. Ils ont ensuite envoyé du bois sur « Knock on Wood » de Floyd, pas Pink trop soft mais Eddie, avec des cuivres flamboyants.

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Avec eux pas besoin d’aller chez le docteur comme ils vont nous le rappeler avec « I Don’t Need no Doctor » de Ray Charles ; sacrée version chantée et guitarisée par Dave Blenkhorn. Suivront des titres de Stevie Wonder – non, la série s’arrête là,  pas de Gilbert Montagné au programme – des Brecker Brothers avec « Inside Out » vous savez l’ancien générique de Jazz à Fip. Au fait avez-vous signé la pétition pour la sauvegarde des locales de FIP notamment  celle de Bordeaux/Arcachon. FIP c’est la musique qu’on aime mais presque surtout les annonces des concerts et événements locaux que l’on fréquente ; plus de locales plus d’annonces ! Plus d’annonces plus événements… (lien en bas de page).

Il y aura même le légendaire « Moanin’ » d’Art Blakey, dont c’est l’anniversaire – mais depuis le 16 octobre 1990 il ne peut plus venir – introduit magnifiquement à l’harmonium, pardon à l’orgue par Hervé Saint-Guirons ; et oui à force que Roger l’appelle le Révérend on finit par se tromper.

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On rencontrera « Mustang Sally » qui ne raconte pas l’histoire d’une Ford pas très propre comme certains le croient encore, plein d’autres choses et un final participatif – oui c’est la grande mode en ce moment – avec « What’d I Say ». Éclectique, magnifique.

Citons la section de cuivre exceptionnelle avec de gauche à droite Laurent Agnès (tr) déchaîné,

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Régis Lahontâa (tr) en mode suraigu,

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Sébastien Iep Arruti (tb) tonitruant,

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la section de bois avec Loïc Demeersseman explosif au sax ténor

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et Guillaume Schmidt volubile aux sax alto et baryton ;  raaahh le sax baryton !

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Et oui vous pouvez vérifier, les sax sont des bois, les quelques grammes de roseau de l’anche l’emportent sur plusieurs kilos de cuivre. En bref tout ça c’est des vents, attention je n’ai pas dit du vent ! Super arrangements de la section complète, c’était gigantesque notamment ce passage un peu libre, sinon free.

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Dave Blenkhorn a été nickel au chant et plusieurs fois nous a joué le guitar hero, registre dans lequel on le connaît moins.

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La Leslie d’Hervé Saint-Guirons n’a pas été ménagée mais il lui aurait préféré un vrai ventilateur tant il a donné de sa personne. Il a lui aussi régalé l’Apollo.

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A l’arrière mais comme au rugby, en attaque permanente à l’aile droite un gigantesque Shob à la basse – quel chorus il nous a fait exploser à la figure ! – qui avec, à l’aile gauche, tapi dans l’ombre prêt à bondir, le grand Roger Biwandu à la batterie, je précise pour celui qui ne le saurait pas, ont assuré un – soul – train d’enfer, le boss dirigeant tout le monde de la voix ou par son jeu sans avoir l’air d’y toucher. Un vrai capitaine d’équipe.

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Vous avez peut-être deviné qu’on ne s’est pas ennuyé une seconde hier soir, on a surtout passé un moment extra même si l’acoustique du lieu n’est pas idéale mais on passe là dessus, c’est tellement sympa à l’Apollo de nous accueillir ainsi !

Bon je me calme.

 

PS : Prochaine carte blanche à l’Apollo le mercredi 8 novembre avec Nolwenn Leizour (cb), Mickaël Chevalier (tr), Jean-Christophe Jacques (sax), Hervé Saint-Guirons (e-piano) et bien sûr le boss Roger Biwandu (dr). Et ceux qui croient ne pas aimer le jazz, venez,vous changerez d’avis !

Pétition FIP : https://www.change.org/p/pr%C3%A9servez-et-d%C3%A9veloppez-fip-la-p%C3%A9pite-%C3%A9clectique-de-radio-france

 

Capucine au festival « Jazz et Garonne » de Marmande

Le 6 octobre 2017 au 180 à Sainte-Bazeille, chronique de Fatiha Berrak, Photos de Thierry Dubuc

Thomas Gaucher – guitare,

Félix Robin – vibraphone,

Louis Laville – contrebasse,

Thomas Galvan – batterie

 

Ah ! Quel plaisir de nous retrouver de nouveau pour le festival « Jazz et Garonne » et quelle chance d’avoir près de Bordeaux des voisins amoureux fous de musique pour nous ouvrir leurs portes en cette saison. C’est bon cette lueur flamboyante qui danse dans les yeux de nos hôtes et toute l’harmonie qui va avec, pour faire en sorte que chacun se sente parfaitement bien, j’allais dire, « simplement » malgré le travail d’organisation que cela représente, pour les maîtres de cérémonies.

Eric Séva, magnifique musicien et Myriam Esparcia, sa charmante manager, nous accueillent ce soir à la médiathèque de Marmande, pour l’inauguration de l’exposition de photos du collectif « Blue Box » créé par Alain Pelletier, Thierry Dubuc et Philippe Marzat, qui se tiendra jusqu’au 15 Octobre prochain, date de la fin de la 7eme édition du festival.

À noter également, la sortie du nouvel album d’Eric Séva « BODY AND BLUES » à écouter absolument!.

Après quoi nous nous sommes tous rendus au  « 180 » à Sainte-Bazeille, c’est une vieille bâtisse rénovée vaste et cosy à la fois. Sandrine et Eric, le jeune et sympathique couple de créateurs de ce lieu, nous reçoivent à l’heure du dîner, d’ailleurs bon nombre de spectateurs se régalent déjà … Avant d’apprécier le décor original,  nous sommes immédiatement attirés par la grande et belle scène placée au fond de la salle. Il y a aussi les habitués de ces rendez-vous musicaux et des découvreurs heureux et pour cause, ce soir est consacré au talent incontestable du groupe bordelais « Capucine » lauréat du dernier tremplin Action Jazz.

Et bien justement, les voilà installés prêts à entamer avec enthousiasme et sérénité les belles compositions de Thomas Gaucher, entrecroisées de quelques standards. Tissés avec finesse et soin, sur un sillage particulier de crescendo bien dosé, l’accent musical épuré de Capucine s’exprime avec diverses influences mais tend vers le modern jazz.

D’abord, il y a « Eva » de Tim Green qui vous emporte sans vous le demander, dans le mouvement d’une vie trépidante et puis il y a « le chemin des barres » en hommage au grand-père de Thomas, qui débute en rythme lent de l’enfance, puis s’éclaire et s’anime, les notes dorées de guitare s’envolent avec vigueur et se voient cernées par celles du vibraphone, jongleur cristallin et pétillant, soutenus avec élégance par la contrebasse et la batterie en charpente fine et élancée.

Évidemment, tout le monde ici y trouve son compte en bonheur ! Il y a aussi et entre autres jolis moments, « Rosetta » Ah! Lorsque la muse est là tout va! Qu’elle soit vêtue de jean ou de taffetas, de velours ou de soie, tout ce qui compte, c’est qu’elle soit là, sous le lamé, le satin ou le lin, tant mieux parce que ce qu’elle préfère, ce sont les rivières de notes qui l’enveloppent à sa manière. Il y a encore « Casa Pino », l’instant gourmand, souvenir d’un resto sympa désormais fermé.

Sur un air quelque peu nostalgique du bon temps passé, presque plongé dans un film en noir et blanc, voici les bons jours retrouvés, où la joie danse entre plats et les couverts. Le goût des notes papillaires est sucré et léger, lorsque vient le café chaud qui s’excite dans sa tasse aux couleurs d’une Afrique rayonnante sans bracelets ! Une chose est certaine, c’est que ce soir Capucine nous a régalés !

La grande classe de Monique Thomas.

A noter une écoute remarquable du publicPar Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Chez Thierry Valette, samedi 7 octobre 2017.

Le chant ne s’improvise pas, il s’apprend et l’idée qu’il est plus simple d’apprendre à maîtriser sa voix qu’un instrument est fausse. Bien chanter demande beaucoup de travail, et chanter devant du public réclame du courage.

Ce samedi nous sommes une bonne cinquantaine à assister à la restitution en public du travail effectué lors du « Jazz Lab », un stage en début d’été animé par Monique Thomas. Thierry Valette, chanteur amateur au sens beau et noble du terme et lui aussi élève de Monique, nous accueille dans sa belle demeure viticole au milieu des vignes. Le public ? Ses amis, ceux des musiciens, des stagiaires, des amis d’amis…

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Six stagiaires vont se succéder servis à merveille par un trio référence, Hervé Saint-Guirons au piano, Timo Metzemakers à la contrebasse et Didier Ottaviani à la batterie.

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Hervé est aux anges, il inaugure le piano Yamaha C3X, celui avec les oreilles arrondies – pas Hervé, le piano – les connaisseurs apprécieront. « Il faut qu’il se libère un peu, se détende mais il est déjà remarquable » me confie t-il. Il va d’ailleurs ce soir procéder à un rodage accéléré.

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Quelques gourmandises salées, quelques verres de l’excellent vin du cru, le Clos Puy-Arnaud et c’est parti pour une soirée de jazz vocal.

Monique Thomas est une personne sensationnelle, en plus de ses qualités musicales et de son grand professionnalisme elle est pleine de fraîcheur et d’humour. Sa présentation du concert en Franglais suite à l’impossibilité de départager ceux qui la souhaitaient en Anglais ou en Français est drôlissime. De quoi détendre moins le public, lui pas inquiet, que les chanteurs et chanteuses qui attendent leur tour.

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Elle explique le travail effectué avec les stagiaires. Recherche des arrangements, répétitions, et enregistrement d’un CD en studio ainsi que le travail de traduction en Français des standards pour en comprendre le sens et les nuances, pas toujours facile même si on maîtrise l’Anglais, la compréhension étant indispensable pour faire passe de l’émotion.

C’est Monique qui place le curseur très haut en chantant les deux premiers standards dont une superbe version de « Love for Sale » scattée en duo avec Timo. Le répertoire tourne autour de standards. Meriem Lacour, chanteuse professionnelle plutôt folk mais qui a suivi ce stage de jazz vocal me précise qu’un des objectifs était en effet la maîtrise de ce langage universel, celui qui permet de se glisser instantanément parmi des musiciens inconnus.

Monique chante avec une facilité apparente, fruit d’un travail intense et constant. Ne prend-elle pas elle-même régulièrement des cours de chants ! Expressivité, nuances, large tessiture elle a vraiment la grande classe. Et ce soir elle a donc aussi une autre classe, celle de ses élèves.

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C’est Caroline Leyrit qui passe au tableau la première avec « Lullaby of Birdland » ; elle a seulement six mois de chant derrière elle et en deux minutes son trac se transforme en une certaine aisance, son corps se libère, devient expressif, prestation étonnante pour une quasi débutante. Monique est ravie, il faut la voir dans son coin le regard plein de bienveillance, murmurant les paroles comme pour aider l’autre.

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Au tour du maître des lieux, Thierry Valette. Lui il a des années de chant derrière lui mais il travaille encore sa voix caractéristique assez haute et un peu voilée. On sent le métier, il commande le trio – impeccable – sur « I Concentrate on You » de Cole Porter.

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Bénédicte Brachet enchaîne ; elle a été une des premières connaissances de Monique Thomas quand l’Américaine est arrivée en France et à Bordeaux, parlant quatre mots de Français. Elle s’est remise au chant récemment et s’est déjà jetée à l’eau plusieurs fois lors des jams vocales au Caillou.

Une autre chanteuse qui avec Thierry Valette tenait un peu la scène dans les années 90 revient au chant, Dominique Mianne-Evrard. On sent en effet le métier qui revient sur « Time after Time » ; elle a choisi un titre pas facile, le second le sera encore moins, pour se mettre en danger et se forcer à progresser !

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Autre habitué des jams vocales , l’anglais Bill Walters qui reprend avec élégance « Hey Laura » de Gregory Porter. Évidemment pour lui pas de problème de langue, un obstacle de moins que les autres pour ce crooner.

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Meriem Lacour seulement accompagnée par Hervé Saint-Guirons nous livre quasi a cappella un « I fall in love too easily » de toute beauté, une prise de risque maximum avec un arrangement on ne peut plus dépouillé.

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Un premier set remarquable ponctué par Monique Thomas avec « Teach me Tonight » ; vraiment la grande classe. Quant au trio de l’avis des musiciens c’est pour eux une autoroute sur laquelle ils avancent en toute confiance. A noter en plus une écoute remarquable du public.

Autour d’un verre et de quelques parts de tartes on reprend ses esprits. Pas facile l’exercice auquel on vient d’assister pour chaque chanteur, pas le temps de se chauffer la voix, de déstresser, un moment vraiment pas aisé pour eux.

Au second set chacun refera un titre dont un seul en Français chanté par Bénédicte, le très émouvant « Petite Fleur » sur la musique de Sidney Bechet , « The Best is Yet to Come » comme une promesse de Bill Walters, « I didn’t know what time it was » avec Meriem, et « The Second Time Around » titre bien nommé, Caroline devant s’y reprendre à deux fois dans la bonne humeur générale…

Final avec Monique et Thierry sous forme assez rapidement de questions réponses, la première amenant malicieusement le second vers des sphères haut perchées impossibles dans un éclat de rire général.

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Alors si vous voulez vous aussi connaître le bonheur de chanter, le trac qui émoustille, la joie d’être avec d’excellents musiciens contactez Monique Thomas dans son école de Bègles « Vocal Arts Studio ».

Merci Thierry pour l’accueil de grande qualité !

www.vocalarts-studio.com

C’est la rentrée à la Belle Lurette : Bercy/Dubois/Lubat et du slam !

Texte et photos Philippe Desmond.

La Belle Lurette, Saint Macaire le 8 octobre 2017.

C’est la rentrée du Collectif Caravan à la Belle Lurette de Saint-Macaire. Toujours plein d’idées il a concocté un programme révolutionnaire pour ce dimanche avec la célébration des 100 ans d’octobre 1917, la révolution russe. Quelqu’un arbore même un magnifique sweat CCCP. Autour de Thomas Bercy (p) et Jonathan Hédeline (cb) et puisqu’on évoque la révolution on ne pouvait pas se passer de Bernard Lubat, cette fois à la batterie. Au sax Julien Dubois pour son esprit d’avant-garde et originalité du jour, le slameur Marco Codjia qui anime les sessions slam du Quartier Libre à Bordeaux.

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Avant le concert octobre 1917 ce dernier nous explique un peu l’origine du slam, cette poésie libre, ouverte à tous, que l’on scande -ou pas – qui fait l’objet de tournois, de compétitions si l’on peut dire sur toute la planète. Ne pas confondre avec le rap ou le hip-hop. Marco est slameur et surtout auteur. Il va nous slamer avec un flow impressionnant un poème de sa composition « L’homme crocodile » une allitération de mots en « cr » pleine de rythme mais aussi de sens. De la haute voltige.

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Après l’intervention d’une slameuse avec un texte très noir sur Bordeaux qui donnerait presque envie de quitter la ville place au musiciens que Marco va accompagner pour ce qu’on appelle une performance.

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Sur deux longues suites dont un hommage à Coltrane, l’apport du slam sur la musique, un jazz très libre pour ne pas dire free, va apporter une touche inattendue et vraiment intéressante.

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Textes engagés, musique d’avant-garde, c’est ça le jazz, on l’a déjà dit, le renouveau permanent.

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Développements libres de Julien Dubois au sax alto, rythmique nerveuse de Bernard Lubat à la batterie assouplis par la rondeur de la contrebasse et les nappes aux claviers.

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Sur la terrasse comble, les gens ayant annexé une partie du parking, une fois la surprise passée on apprécie. Il faut dire que le public fidèle à ces après-midis de jazz est ici friand de découvertes. Ce lieu pour ça est admirable et insolite.

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A l’intérieur de la Belle Lurette une expo photos de Kami intitulée « About men and politics » accrochée jusqu’au 30 décembre et consacrée aux manifs souligne l’esprit engagé et citoyen du Collectif Caravan. Une remarque qui n’engage que moi, le tarif des photos paraît décalé par rapport au sujet qui relate souvent des revendications liées au pouvoir d’achat.

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La deuxième partie de l’après-midi est consacrée à la jam habituelle et là les instruments sortent de partout pour enfiler les standards avec des musiciens de tous âges et de tous niveaux ; une vraie jam ouverte, le blog en a souvent parlé. Celui qui souffle dans son bugle est le même que celui qui a fait le Sainte Croix du Mont que je suis en train de siroter, il n’y a qu’ici qu’on peut voir une chose pareille ! Première jam de la saison et certainement dernière en plein air avant de s’entasser dans la chaude ambiance de la Belle Lurette chaque premier dimanche du mois.

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Alors souhaitons une belle saison au Collectif Caravan qui organise le 28 octobre à Monsaguel (24), en association avec le Maquizart, un concert du Coltrane Jubilé intitulé « Orphée »

Coltrane Jubilé Quartet
Thomas Bercy – piano, compositions, arrangements et direction artistique
Maxime Berton saxophones ténor et soprano
Jonathan Hedeline  contrebasse
Gaétan Diaz  batterie

Avec la participation de
Bernard Lubat causerie & batterie
Claude Magne danse contemporaine
Marco Codjia slam
Sébastien Arruti – trombone

Christophe Dal Sasso/Sylvain Ghio : DaoElectro

Texte et photos Philippe Desmond.

Le Comptoir Ephémère, Bordeaux, jeudi 5 octobre 2017. 

Ce qui est intéressant dans la musique et notamment dans le jazz c’est que rien n’est jamais figé, il reste toujours des pistes à explorer ce dont certains ne se privent pas. Christophe Dal Sasso en fait partie, toujours une idée nouvelle en tête. Après son adaptation en big band de « A Love Supreme » de John Coltrane vue au Rocher de Palmer (voir Blog Bleu du 29 mars 2015, lien en fin d’article) il a créé et composé le projet « Les Nébuleuses » en associant un trio à cordes à un quintet de jazz. Pourquoi pas.

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Ce soir, avec son compère lui aussi varois, le batteur, au physique de 2ème ligne, Sylvain Ghio (prononcer Guio), il va nous faire voyager dans le cosmos avec son tout nouveau projet « DaoElectro ». Dans le Comptoir Ephémère pas beaucoup de voyageurs courageux pour embarquer dans le vaisseau alors qu’ils étaient si nombreux la veille pour parcourir le monde avec Ceïba… Les absents, comme souvent, ont eu tort. Il est vrai que le jeudi soir ça joue partout.

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Pour cette soirée le duo a invité Laurent Agnès – Julien Alour normalement – bien connu dans nos contrées et désormais trompettiste de Post Image ; entre autres. Laurent découvre la musique et joue en lisant quasiment sans répétition, une prouesse.

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Comme son nom l’indique le projet repose beaucoup sur des machines électroniques, claviers, pads, pédales d’effets, tout ce que la technique offre maintenant ; sacrilège ? Non, Bach et Mozart ou Jelly Roll Morton joueraient probablement du synthé maintenant et ajouteraient des loops à leur musique.

Pour autant ce que j’ai trouvé central dans cette musique c’est le rôle du batteur, lui seul jouant avec un son naturel. Tout tourne autour d’une rythmique nerveuse, répétitive, allant jusqu’à la transe. Les nappes électros proposées par Christophe Dal Sasso contrebalancent une énergie de percussion inouïe, la trompette de Laurent et les flûtes venant poser des mélodies ou des diversions sur cet ensemble. Parfois à la limite du free, souvent dans des développements mélodieux et toujours cette rythmique enivrante. Musique electro mais sans cette froideur souvent présente.

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Le drumming à la fois lourd et fin de Sylvain Ghio rappelle celui d’Elvin Jones – tiens revoilà Coltrane – il joue du tambour, très souvent avec les mailloches qu’il utilise un peu à contre-emploi percutant ses peaux et les cymbales sauvagement avec ;  il faut voir dans quel état elles finissent, totalement échevelées.

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Le premier morceau à ce titre a été édifiant, il relatait le décollage de la fusée vers le cosmos, une explosion d’énergie, un orage de percussions.

Trompette souvent en sourdine aiguë, parfois avec des effets surprenants, les flûtes variées, traversière, de Chine, de Lettonie, gardant elles leurs sons naturels Christophe, très affairé, en jouant avec toujours un œil et un doigt sur ses machines pour en gérer les effets insolites, tantôt planants, tantôt violents.

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Belle interaction entre les musiciens, Sylvain Ghio quand il n’a pas décollé pris par sa musique, fixant Christophe pour capter les infos. Bravo encore à Laurent Agnès qui a su entrer si vite dans ces compositions d’avant-garde.

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« Light Star », « New Star », « Planète Rouge »… nous sommes bien dans un autre univers. Vers la fin on vient se poser du côté de la Bretagne paraît-il avec un titre en forme de ronde dont la mélodie vous reste en tête ; c’est cela que j’ai aimé, ces audaces qui n’oublient pas la musique, ces expérimentations qui restent accessibles.

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Rien d’étonnant, Christophe Dal Sasso est un excellent arrangeur il a d’ailleurs électronisé le « Juba Juba » de Yusef Lateef – avec qui il a eu le bonheur de  jouer nous précise-t-il – Sylvain y martyrisant ses mailloches et le tom basse de la batterie prêtée par  Philippe Gaubert ; elle a tenu. Elle a tenu même après un extraordinaire solo hors sol – normal on est dans l’espace – où un Sylvain totalement habité a confirmé son talent reconnu pas les nombreux grands jazzmen avec qui il a collaboré. Epoustouflant.

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Une belle découverte que ce DaoElectro qui nous fait sortir des sentiers battus sans pour autant la crainte de se perdre.

https://www.facebook.com/DaoElectro-1693934134238155/

http://blog.actionjazz.fr/le-big-bang-du-dal-sasso-belmondo-big-band/

 

 

THE SOUL JAZZ REBELS IN BORDEAUX – 30/09/2017

Par Dom Imonk

 

The Soul Jazz Rebels

Une chose est sure c’est que, quoiqu’on en dise, le jazz est furieusement vivant et a envie qu’on l’aime. Il y a pour cela des musiciens qui s’y entendent à merveille pour faire découvrir, ou rappeler toute la diversité de cette musique multiple, des rivages mainstream aux sentiers escarpés du free. The Soul Jazz Rebels font partie de ces passeurs. Ils ont choisi une filière carrément jazz-blues-funk « roots », d’abord pour le plaisir, c’est évident en les écoutant, mais aussi pour séduire un public qui ne demande qu’à se trémousser sur des rythmes qu’il avait déjà connus dans les années soixante, ou même un peu plus tard. Le terrain de jeu de nos musiciens est bien plus qu’une simple chapelle « revival », où ils ne se contenteraient que de jouer des covers d’artistes que pourtant ils vénèrent. Non, leur musique, ils la composent, avec beaucoup de soin et de fraîcheur, et cette précision qui est l’un des ingrédients indispensable pour toucher le public en plein cœur et déclencher instantanément ce fourmillement irrésistible dans les gambettes, qui pousse au dancefloor. On a tous connu ça ! Savoir écrire et sonner comme dans les sixties, ce n’est pas si simple, il faut que le groove soit puissant, nourri d’un soupçon de blues un peu gras, avec l’épice funk à la suave moiteur des soirs d’été, mais pas trop quand même, pour rester actuel, fresh et sans détour. Tout est question de finesse et de tact. Pour se faire une idée, on écoutera leur remarquable « Chittlin Circuit », album sorti en début d’année chez Black Stamp Music, qui est un vibrant hommage au circuit des clubs US comme l’Apollo de Harlem ou le Cotton Club, où se jouait cette musique, prétexte à des jam mémorables. On rappelle que The Soul Jazz Rebels, ce sont Jean Vernhères (saxophone ténor), Christian Ton Ton-Salut (batterie), Hervé Saint-Guirons (Hammond) et Cyril Amourette (guitare). Quatre garçons dans le vent fort de la Great Black Music, c’est dit ! Excellents musiciens, présents sur bien des fronts, on les a vus en juin dernier groover en diable au Festival Jazz 360, faisant ainsi trembler les feuilles et fleurs odorantes des tilleuls de la place de Camblanes. Puis un peu plus tard, c’est Jazz in Marciac qui les accueillait et nos rebelles ont mis le feu au Bis, public soufflé par l’énergie de ce groupe. Immédiateté, simplicité, impact, mais aussi un contact à la chaleur sincère et surtout une âme collective souriante, dont l’ardeur est communicative. Ils ont la pêche et ils vous la donne !

Le concert de samedi dernier au Caillou du Jardin Botanique a en tous points confirmé ces impressions estivales. Jean Vernhères est le front man, il sait mettre l’audience dans sa poche : sourire charmeur, anecdotes et humour, et quand il part au sax, les phrases sont généreuses, savantes et d’un lyrisme qui rend honneur à ces Sonny Stitt et autres Gene Ammons qu’il cite et dont il ne cache pas l’inspiration qu’il en tire. Même chose pour Cyril Amourette. Lui c’est du côté de George Benson période Jimmy Smith que ses doigts le promènent. Attentif et concentré, son jeu est un bijou de précision et ses échappées solistes des modèles du genre, tatouées d’un délicieux grain roots qui les colore, sans l’aide d’aucun effet, le pur son originel. En maître incontesté des baguettes, professeur, leader, sideman, Christian Ton Ton – Salut joue comme un esthète et survole ses peaux et cymbales avec l’inspiration d’un aquarelliste. La beauté naturelle de son jeu, ses relances, ses chorus et cette élégance racée, soudent le groupe avec raffinement et le mettent en valeur sans jamais l’effacer. Du grand art. Attardons-nous sur Hervé Saint-Guirons, qui est notre maître ès orgue Hammond. Il est depuis longtemps la référence en cette ardue matière, et ses collaborations sont légion, avec par exemple Ernest Dawkins, Dave Blankhorn, Monique Thomas et Alex Golino…. « Le Réverend », comme le surnomme affectueusement Roger Biwandu, autre figure importante du jazz local, mais pas que, avec lequel il joue très souvent, notamment à l’Apollo de Bordeaux, est l’un des plus ardents défenseurs de ce jazz-blues-funk, et son jeu remarquable, dont le son est enrichi par sa fidèle « leslie », trahit ses influences qu’il confie être quelque part entre Brother Jack McDuff et Dr Lonnie Smith. Excusez du peu ! Hervé Saint-Guirons  a une belle âme, habitée par la mémoire de ses prédécesseurs et les routes tracées, ainsi que par ce respect de l’autre qui est de chaque instant. Le concert de ce soir n’a donc pas failli à la réputation de ces quatre pointures et de ce groupe très attachant. Ils ont mouillé la chemise en reprenant la plupart des titres de leur récent album, en y insufflant cette ferveur live qui est leur sceau, en un flow up-tempo irrésistible. Deux sets, deux courses folles, on croyait qu’ils nous avaient tout donné, et bien non ! En rappel, le « Filthy McNasty” de Horace Silver est venu porter le coup de grace à une assistance définitivement conquise. Début 2018, Hervé Saint-Guirons indique que le petit frère de “Chittlin Circuit” devrait venir au monde, alors surveillons ça de très près, nous en reparlerons ! En attendant, si vous le pouvez, foncez voir The Soul Jazz Rebels en concert et achetez vite leur disque, l’hiver arrive, il faut vous réchauffer, songez-y !

Par Dom Imonk

souljazzrebels.com

facebook.com/blackstampmusic

THE SOUL JAZZ SETLIST :

1° set :

1 – Chittlin blues (Cyril Amourette)

2 – Baby Foot Party (Jean Vernhères)

3 – Bap Boss (Christian Ton Ton-Salut)

4 – Don’t Stop the boogalou (Hervé Saint-Guirons)

5 – Smoothie shoes (Cyril Amourette)

6 – Mojo (Christian Ton Ton-Salut)

2° set :

1 – Inner City Street (Jean Vernhères)

2 – Boogie Trop (Jean Vernhères)

3 – The night remember (Hervé Saint-Guirons)

4 – Mooving the lawn (Cyril Amourette)

5 – Betty Boop (Cyril Amourette)

Rappel :

Filthy McNasty (Horace Silver)

Ceïba au Rocher : Tout Va !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Rocher de Palmer, jeudi 28 septembre 2017.

Sortie de l’album « Tout va »

La sortie d’un album n’est pas un événement anodin quand on est de véritables artistes. Elle est là pour couronner le travail de plusieurs mois, lui même assis sur une base de plusieurs années.

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Une sortie en public est bien sûr une des meilleures façons de présenter son œuvre à condition que tout se passe bien. Pour que tout se passe bien il faut une forte préparation des artistes et que le public réponde présent. Connaissant les musiciens nous n’étions pas inquiets sur le premier point et cela s’est confirmé de façon éclatante lors du concert. Pour le second et bien la salle de 650 places du Rocher s’est avérée trop petite et la chasse aux places disponibles s’est ouverte à peu près en même temps que la traditionnelle ; complet depuis deux semaines.

Nous avions rencontré Ceïba et ses musiciens lors de l’enregistrement de l’album au studio Cryogène de Bègles pour un article paru dans la Gazette Bleue #22 de mai 2017. La minutie du travail, le soin des détails nous avaient frappés et déjà, avant même le mixage définitif, on avait perçu la beauté et la richesse des compositions. . Le résultat est un très bel album de dix titres baptisé « Tout Va », c’est son contenu que beaucoup vont découvrir ce soir avec d’autres surprises. Ceïba a pratiquement tout composé avec bien sûr la pianiste Valérie Chane-tef sur quelques titres.

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La première surprise c’est la présence sur scène outre Ceïba, Valérie Chane-tef, Franck Leymerégie et Benjamin Pellier le quartet habituel, de Guillaume Thévenin l’ingénieur du son et responsable du studio Cryogène. Il est aux « machines » électros et sa guitare est près de lui. Guillaume qui est aussi musicien, a été une pièce importante de l’enregistrement, apportant ses idées, ses suggestions et c’est naturellement que le groupe l’a intégré pour ce spectacle et les suivants. Il va proposer les ambiances sonores faites de voix off africaines, de bruits de marchés, de nature, de divers bruitages, chanter et ponctuer les thèmes de virgules musicales avec sa guitare. Une excellente idée.

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Un voyage plein d’émotion

Le concert commence avec la perle « Un Petit Bout de Toi » qui ouvre aussi l’album. Valérie l’introduit au piano, puis la rythmique arrive sur la voix délicate de Ceïba ; le voyage commence. Si tu veux partir avec moi je t’attends (… ) viens je t’emmène en voyage (…), voilà « Kidou » et l’arrivée sur scène avec sa valise d’une voyageuse, la danseuse Khady Saar que nous avions vue avec Ceïba en 2016 à Ambarès ; toujours cette grâce et cette puissance félines, cette présence scénique ondulante très forte qui va nous régaler toute la soirée et nous manquer dans l’album !

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A voir ses réactions c’est déjà gagné avec le public dans lequel beaucoup d’amis mais aussi énormément de gens qui découvrent le groupe et sa musique.

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Souffle alors l’émouvant « Vent Nouveau » dont il faut un peu raconter l’histoire. Il y a deux ans le groupe avait repris « Evariste Siyed Lon » un titre créé par Kan’nida sur le rythme Boulaguel traditionnel de la Guadeloupe, ce style dont certains ont fait un emblème politique lié à l’indépendance de l’île. Et certains là-bas – et ici – ont pris ça comme une provocation que des métropolitains s’emparent de leur musique allant même jusqu’à des menaces. « Vent Nouveau » est une réaction en forme de droit de réponse, mais surtout un message de fraternité, de tolérance et d’amour. D’ailleurs l’an dernier le groupe avait pu se rassurer sur la nature humaine en chantant lors d’un festival en Guadeloupe « Evariste Siyed Lon » devant un public chaleureux.

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Le voyage va continuer en Afrique, aux Antilles avec une belle variété. Voilà des intermèdes où tous sont aux percussions Khady Saar étalant son talent de danseuse dans des costumes et des chorégraphies extraordinaires, Ceïba n’étant pas en reste dans ce domaine. Elle sait d’ailleurs tout faire à merveille.

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Qualité musicale et visuelle

Le spectacle est coloré, visuellement très soigné grâce aussi aux éclairages. L’harmonie des voix, les breaks, les fins de titres, on comprend qu’il y a eu énormément de travail car tout est fluide.

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Valérie Chane-tef , pièce maîtresse du groupe, apporte sa touche jazz créole comme elle la définit elle-même et nous offre quelques moments de grâce avec notamment un chorus au piano sur lequel elle scatte , ou des développements qui font tourbillonner Khady Saar.

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Franck Leymerégie nous a réservé lui aussi une surprise avec quelques interventions assis sur un ka dont il joue des deux mains et d’un pied, technique venant du Bèlè martiniquais. Au set de percussions il est inégalable avec sa rythmique au rasoir et ses trouvailles. Il nous offre même un passage au bendir, cet instrument à la vibration sonore si caractéristique.

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Au fond à droite comme toujours, Benjamin Pellier à la basse, avec son groove plein de rondeur indispensable à la charpente du groupe, va même nous proposer des chorus dont une magnifique intro en solo ; personnage discret mais si efficace !

Vers l’issue du concert, Ceïba va enfin libérer le public qui a depuis longtemps des fourmis dans les jambes en lui proposant de se lever et danser ; il n’attendait que ça ! Khady Saar elle est survoltée

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Triomphe, rappel bien sûr et cette fois Ceïba qui fait chanter la salle conquise.

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Une dernière surprise avec l’arrivée sur scène du Béninois Ewa Touhinnou magnifique chanteur et percussionniste pour le dernier titre de l’album dont il est co-auteur avec Ceïba « Wedouto ».

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Un spectacle complet très abouti, magnifique !

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Dire que j’évitais les musiques classées du monde avant de connaître Ceïba…

Si vous avez raté ce concert, rendez-vous le 4 octobre à 21h30 lors de la soirée d’ouverture du Comptoir Éphémère quai de Paludate ou au festival de la Ruche à Saucats le 14 octobre.

http://ceibamusic.com/ ; http://valeriechanetef.com/ ;

Gazette Bleue n°22 – Mai 2017