Evidence et Christophe Maroye autour de John Scofield

 

Texte et photos Philippe Desmond.

Il se trouve que j’ai vu John Scofield sans le savoir en 1976 aux arènes de Bayonne pour ce fameux concert déjà relaté dans le blog (lien en fin d’article) ; il « accompagnait » Billy Cobham et le regretté George Duke. C’était l’époque de Stratus et de Spectrum, il avait 25 ans, moi pas encore. C’était le plein essor du jazz rock porte d’entrée dans le jazz pour pas mal d’entre nous. Depuis, baptisé jazz fusion – en opposition au jazz infusion ? – ce genre s’est un peu éteint et ça fait plaisir que des musiciens encore bien jeunes – et pas nés à l’époque – s’intéressent à cette musique.

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Aussi ne fallait-il pas rater cette soirée au Caillou ou le groupe Évidence du bassiste Shob accueillait, non pas John Scofield, mais Christophe Maroye dont la dernière Gazette Bleue vous parle en long en large et en travers. Aux claviers Xavier Duprat (entre autres le Mister X de Mister Tchang), à la batterie Simon Renault

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Et bien croyez moi il y a des soirées comme ça, toutes simples, où on se prend un gros panard. Et encore ils sont restés raisonnables question décibels dans un Caillou bien plein ; on les entendait très bien quand même, merci mes bouchons d’oreilles parfois.

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Du jazz-rock, du jazz ? Du rock ? Qu’importe ! Le plaisir d’une grosse rythmique avec un Simon Renault impeccable, un drumming d’une clarté limpide, chaque temps marqué avec précision et énergie, un vrai régal.

Bien sûr un Shob au sommet comme toujours, c’est dans le coin et au delà une vraie référence des grosses cordes, ça groove, ça funke, ça rocke ça donne envie de se mettre à la basse.

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Déchaîné comme jamais aux claviers, prêt à exploser le piano numérique du Caillou, tantôt en son naturel parfois en son Fender-Rhodes , se levant pour triturer son clavier Nord et en sortir ces sons caractéristiques de ce type de musique, Xavier Duprat a visiblement lui aussi apprécié le concert.

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Avec son originale guitare de luthier, une Pensa MK 90, Christophe Maroye a pris sans complexe – il en a largement les capacités – les habits de John Scofield. Là aussi une grande clarté de jeu, pas d’esbroufe, c’est un sacré guitariste qu’on a dans le coin sachez-le.

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Répertoire complet avec notamment « Boogie Stupid » qui ne peut que vous faire bouger, l’explosif « I’ll take less », le sautillant « Hottentof », le style boucherie – dixit Christophe – de « Make Me » et d’autres.

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Il y a avait le feu au Caillou hier soir, même en cuisine…

Set list :

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https://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n25-novembre-2017/

Retour vers le futur : Bayonne 1976

 

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Lucky Peterson : Tribute to Jimmy Smith.

Par Philippe Desmond, photos  Stéfani Stojku.

Salle du Vigean, Eysines (33) le jeudi 16 novembre 2017.

On affiche complet ce soir dans la salle du Vigean, dont le hall est décoré des noms de tous les artistes, et pas des moindres, qui s’y sont produits, c’est édifiant ! Tout ce monde est là pour écouter un des maîtres du jazz / blues à propos d’un autre maître du genre. Faire un « Tribute to Jimmy Smith » c’est finalement rendre hommage à toute la musique qui tourne autour du blues,du jazz, de la soul et c’est ainsi que le concert ne va pas se résumer à une restitution du dernier album de Lucky Peterson.

La nuit est tombée depuis longtemps quand le public embarque dans le « Night Train ». Sur le tempo ferroviaire de la batterie c’est de suite le son de l’orgue Hammond B-3, associé bien sûr à sa Leslie, qui vous enveloppe. Quel bel instrument que ce meuble créé aux USA dans les années 30 pour les églises qui ne pouvaient pas s’offrir ou installer de grandes orgues à tuyaux. Et oui nous en France c’est l’harmonium qui accompagne les chants lugubres des offices, nettement moins fun. Église, donc gospel, donc blues, donc jazz et voilà une nouvelle tonalité arrivée dans ces mondes musicaux, un timbre inimitable, même par les derniers claviers numériques qui essayent pourtant.

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Lucky Peterson en est un des spécialistes actuels et il va bien nous le confirmer. Avec lui un jeune guitariste impeccable Kelyn Crapp jouant de sa Strato sans aucun effet ni le moindre pédalier. Une élocution blues très propre et fine avec un groove naturel de grande classe.

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A la batterie Ahmad Compaoré qui sur les blues assure un tempo de métronome mais aussi capable de fulgurances comme lors d’un chorus magnifique sur la surprise « Birdland » de Weather Report. Et oui c’est un hommage à Jimmy Smith mais comme ce dernier a joué de tout sur des milliers de scènes et des centaines d’albums, rien n’est étonnant. Pour compléter le quartet, le trompettiste Nicolas Folmer une des références françaises du jazz, créateur du Paris Big Band, acteur de nombreuses collaborations avec des grands et remarquable compositeur pour son  « Horny Tonky Experience ». Plus Miles que Lee Morgan, il a une finesse qu’il développe dans des chorus inspirés s’adaptant instantanément aux impros proposées par Lucky Peterson. Car il me le confiera après, le concert est en majeure partie improvisé à partir de thèmes choisis aux balances ; c’est ainsi que des titres non prévus arrivent à s’intercaler dans le répertoire de base de la tournée, comme ça, par hasard et par envie.

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Et en effet après quelques titres figurant dans le dernier album, comme la magnifique version de « Misty » reprise sur un tempo hyper lent, servie sur un velouté de B-3, assaisonnée de touches légères de guitares et de pincées de trompette puis s’envolant rythmiquement, arrive « Birdland » déjà évoqué suivi d’un impromptu « Stand by Me » chanté par Lucky…et le public (pas encore au top).

Quelques coup de pédales de basse du B-3 annoncent « Papa was a Rolling Stone » que Jimmy Smith a bien dû jouer aussi, faisant monter l’ambiance d’un cran dans un public déjà conquis en arrivant. A suivre le groovant « Back at the Chicken Shack » puis un très beau blues pour entendre les nuances et possibilités de l’orgue Hammond que Lucky maîtrise parfaitement avec une aisance teintée d’humour – il faut le voir rouler des yeux – et avec toujours du scotch à portée de la main, pas en rouleau, dans un verre …

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Un rappel double ou triple avec notamment « On Broadway » rendue célèbre par George Benson pour un concert qui certes ne révolutionnera pas le jazz, mais qui nous a fait réviser nos fondamentaux, cette musique qui finalement est un peu notre port d’attache qui nous permet ainsi de temps en temps de partir vers d’autres aventures musicales plus lointaines et plus risquées.

A noter en première partie l’étonnant Kepa qui avec ses guitares Dobro, quelques loops,  un pad de grosse caisse et des harmonicas – dont une low low F très basse, les connaisseurs apprécieront – nous a transportés dans son univers bluesy avec brio, tendresse, humour et autodérision ; une belle performance.

https://www.lucky-peterson.com/

http://www.kepamusic.com/

 

Le retour du IEP 4tet

Texte et photos Philippe Desmond

Le Haillan, mercredi 8 novembre 2017.

Sébastien « Iep »Arruti est un musicien étonnant. D’abord, comme tromboniste il est un expert de cet instrument insolite, qu’on trouve de la fanfare de bandas à l’orchestre symphonique, ce cuivre difficile à manier, « fretless » pour le trombone à coulisse et qui dans ses mains obéit si bien.

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Ensuite comme musicien qui par son éclectisme n’a aucune frontière. On peut l’entendre jammer sur du old jazz New Orleans chez Pépère, jouer du be bop, du hard bop, mais aussi de la pop, du blues avec Nico Wayne Toussaint, voire même du hip hop avec Smokey Joe and the Kids, avec t shirt et casquette et un plaisir visible . Il peut évoluer dans un groupe soul avec le Biwandu All Stars tout comme dans le big band de Franck Dijeau. De ce point de vue il est complet.

Et il est aussi compositeur ! Il y a plusieurs années il avait à cet effet créé le Iep 4tet et enregistré l’album « Behin Bat Zen » signifiant dans sa langue basque « Il était une fois ». Déjà étaient présents Alain Coyral au sax baryton, Didier Ottaviani à la batterie et Timo Metzemekers à la contrebasse. Dès cette époque sa signature musicale était dans la structure de ses compositions : des suites. La « suite auscitaine », la « suite arcachonnaise », la « suite pour Maritxu ». Des morceaux très écrits, complexes, inventifs, une musique parfois brutale, parfois douce, des atmosphères New Orleans puis des développements à la limite du free. Étonnant.

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Ce soir dans l’église du Haillan et dans le cadre des mercredis du jazz de l’Entrepôt voisin c’est un nouveau répertoire qui va être présenté. Un répertoire qui va faire l’objet d’un prochain CD. Sous la lumière bleutée – la note bleue ? – qui colore la voûte de la nef, cette musique disons de jazz, ou contemporaine au sens classique du terme, aux accents NO ou be bop, ou autres, va être proposée à notre curiosité. La première suite se nomme tout simplement (!) « Bransle et variations anachroniques » du mouvement donc et en plusieurs mouvements. On découvre, on pense reconnaître, s’accrocher à des choses déjà entendues et ils nous perdent dans des débuts de transe, nous ramènent.

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La première surprise est le choix d’associer le trombone au sax baryton, le trombone étant pour une fois l’instrument le plus aigu ? Non me dira Sébastien mais parce que j’adore le sax baryton, tout simplement ; ça tombe bien moi aussi. Avec la « Suite impaire au vitriol » les connaisseurs identifient une compositions en trois, puis cinq, voire sept mesures. Pas facile à jouer me diront Alain et Didier, beaucoup de complexité, pas mal de « rendez-vous » à ne pas rater et une grande concentration. Le résultat lui est surprenant, on est familier des chorus successifs de chacun mais l’ensemble sonne différemment, on est vraiment dans la création. Chaque suite possède plusieurs mouvements sur des tempos différents et parfois même des atmosphères diverses.

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Sébastien est un être très intéressant, ouvrant souvent des débats, engageant publiquement ses opinions, il est un homme citoyen. Ainsi au vu de ce qui se passe aux USA depuis quelques mois il a jugé opportun de rappeler ce tragique épisode de 1963 ou le KKK avait commis des crimes racistes à Birmingham en Alabama. John Coltrane avait composé le titre « Alabama » pour la circonstance. C’est Didier Ottaviani qui l’introduit d’une façon magistrale par un solo plein d’émotion, de violence traduisant l’horreur du sujet. Décidément quel batteur !

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De façon plus gai, Iep nous propose la « suite arcachonnaise » écrite en souvenir des vacances passées chez ses grands parents sur le Bassin. Séquence émotion car ils sont là dans l’église, Sébastien redevient petit garçon. Une suite superbe figurant dans le premier album. Des tempêtes de batterie, des éclaircies de cuivres, des arcs en ciel de contrebasse pour évoquer les contrastes de ce lieu magique et les souvenirs d’enfance.

Pour finir voilà une suite très impolie en « hommage » à une personne et dont Sébastien ne tient pas à dévoiler le titre réel ; un indice « Suite pour une c… » . En plus il a de l’humour notre Basque, noir certes ici.

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Bientôt un album pour ce quartet et ces merveilleux artistes que nous avons la chance de cotoyer si près de nous à Bordeaux. On vous tiendra au courant.

Un portrait de Iep : www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Jazz à Caudéran : Capucine / Eric Séva « Body & Blues »

photos Thierry Dubuc.

Et voilà, le premier festival « Jazz à Caudéran » est fini, déjà. Une soirée de clôture magnifique.

Le niveau des pré-ventes le laisser présager et c’est ainsi que la Pergola a vite affiché complet pour ces deux derniers concerts. Pour une première édition la fréquentation est au delà de toutes les espérances.

Capucine

A Capucine, les lauréats du Tremplin 2017 le soin d’ouvrir la soirée. Ces jeunes du CNR – école proche des Capucins d’où le nom du groupe – ont depuis leurs succès tourné dans pas mal d’endroits et de festivals. Leur set est vraiment très au point et leur fraîcheur intacte. La couleur donnée par l’association de la guitare de Thomas Gaucher et du vibraphone de Félix Robin est maintenant une signature reconnue.

Thomas Gaucher

Felix Robin

Louis Laville à la contrebasse et Thomas Galvan à la batterie, en parfaite osmose avec eux, apportent leur touche d’énergie à cette musique moderne qui a bien digéré les références indispensables du jazz.

Louis Laville

Thomas Galvan

L’humour n’est jamais loin avec des titres de morceaux originaux faisant référence à un de leur restaurants favoris ou encore aux ronflements d’un fêtard endormi sous la fenêtre du guitariste. Ils jouent très sérieusement mais ils ne se prennent pas au sérieux. Ne changez pas les gars c’est comme ça qu’on vous aime.

Voilà maintenant « Body & Blues » le si beau projet d’Eric Séva. Nous avions eu la chance de suivre la résidence de ce projet en janvier dernier au Rocher de Palmer puis d’assister au concert et nous étions impatients de le revoir. D’autant que le CD est sorti tout récemment attisant notre envie d’entendre ces compositions originales sur scène. Nous n’avons pas été déçus !

Eric Séva

Quel concert, quelle qualité musicale ! Eric Séva a mis tout son riche univers dans ce projet, un hommage à la musique source, le blues.

Eric Séva 2

Entouré de ses fidèles et remarquables Manu Galvin (guitare),

Manu Galvin

Christophe Wallemme (basse et contrebasse) et Stéphane Huchard (batterie) Eric Séva nous fait découvrir un tout jeune et prometteur pianiste Noé Huchard (le fils) lancé dans le grand bain avec la bienveillance visible des anciens.

Noé Huchard

Au chant Michael Robinson ; peut-être ce nom ne vous dit-il rien mais quand j’aurai précisé qu’avec trois autres compères ils forment l’actuel Golden Gate Quartet, vous aurez une idée de la stature du personnage…

Michael Robinson

Michael Robinson 2

Un concert plein, lumineux, chaleureux qui a chaviré ce public de la Pergola qui a fini debout.

Mais la soirée n’est pas terminée et comme à la fin d’une aventure du célèbre petit gaulois, tout le monde se réunit autour de victuailles et de nectars délicieux dans le foyer voisin. La Mairie de Caudéran , l’Association des Commerçants et les autres partenaires* ont très bien fait les choses et c’est dans une ambiance joyeuse que tous, organisateurs, public et musiciens, peuvent ainsi échanger leurs impressions sur cette soirée et plus généralement sur le festival. Un seul mot d’ordre : il faut recommencer l’an prochain ! Je pense que c’est en bonne voie…

Merci au public d’être venu si nombreux, merci à notre maître d’ouvrage la Mairie de Bordeaux et ses services et à ses deux initiateurs Pierre Lothaire et Fabien Robert, merci aux partenaires, merci aux musiciens si talentueux, merci aux techniciens, merci aux bénévoles d’Action Jazz, à leur chef d’orchestre Alain Piarou et son assistante Irène.

On se dit à l’année prochaine même époque ! Mais suivez l’actualité du jazz sur www.actionjazz.fr qu’on puisse quand même se revoir avant !

* partenaires : Association des Commerçants Caudéran Centre, Café de la Place, Carrefour Market Ferry, Château Larose-Trintaudon, CIC, Investimo, Vivre à Caudéran, FIP Bordeaux.

http://blog.actionjazz.fr/so-very-blue-eric-seva-en-residence-au-rocher/

http://blog.actionjazz.fr/body-and-blues-deric-seva-le-concert/

Body-and-Blues

Photo Philippe Marzat

Jazz à Caudéran : Atrisma / MT4

photos Thierry Dubuc.

La Pergola, vendredi 10 novembre 2017.

Le week-end en pente douce

Des mois de réflexion et de préparation et déjà deux jours sur trois de passés !

Soirée cool hier soir, pour les bénévoles d’Action Jazz d’abord, pas grand chose à remettre en place, presque rien à ranger…

Mais surtout soirée cool musicalement avec deux groupes pleins de délicatesse.

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Alain Piarou nous présente de façon très paternelle le trio Atrisma, lauréat du Tremplin Action Jazz 2015. Ces trois jeunes musiciens issus du Conservatoire National de Région de Bordeaux sont bien soutenus par notre association ce qu’ils auront l’élégance de souligner. Sur des compositions de Vincent Vilnet (piano, synthé, moog, effets) le trio va proposer son univers plein de délicatesse et de modernité.

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Johary Rakotondramasy n’est pas un guitar hero, il caresse sa guitare plus qu’il n’en joue, il en tire des sons subtils et chauds souvent en retenue mais toujours mélodieusement.

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Même chose pour Hugo Raducanu à la batterie avec laquelle il fait plus de musique que de percussions, en jouant avec finesse mais aussi modernité par un usage intelligent de pads électroniques.

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Le lunaire Vincent virevolte d’un clavier à l’autre, du beau piano à queue aux synthés les plus modernes. Musicalement on est vite pris dans un cocon d’émotions, de la joie à la mélancolie. On pense à Satie, à Pierre Henry à d’autres. Prise de risque pour ces jeunes musiciens qui n’ont pas choisi la facilité au grand bonheur du public surpris et sous le charme comme les commentaires de l’entracte le confirmeront. Pour les initiés une confirmation que ce concert d’hier.

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A l’entracte un ami me confie qu’il lui manquait quand même la contrebasse ; attends un peu tu vas être servi…

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Au tour de MT4 de faire connaissance avec le public. Que cache ce drôle de nom ?Certains comme nous on connu MC5 mais vraiment rien à voir. MT c’est Marc Tambourindéguy qui comme son nom l’indique n’est pas breton et comme il ne l’indique pas, joue du piano ; 4 parce que quartet tout simplement. Marc est aussi la cheville ouvrière de « Jazz sur l’herbe » le festival d’Anglet au Pays Basque. Mais ce soir il est pianiste et ravi du beau piano qui lui est proposé ; c’est Alain Claudien qui a fourni l’instrument dont vous pouvez lire le portrait dans la dernière Gazette Bleue #25 de novembre.

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Avec Marc, Pascal Ségala à la guitare, le bordelais Pascal Legrand à la batterie et Jean-Luc Fabre à la contrebasse ; mon ami est sauvé. Le public aime les étiquettes pour définir ce qu’il va entendre alors allons-y. Disons que l’univers de MT4 peut s’approcher de celui de Pat Métheny dont Pascal Segala a d’ailleurs écrit une jolie biographie.

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Musique délicieusement élégante, mélodieuse, romantique parfois, toujours pleine d’harmonie. Des improvisations qui ne sont pas prouesses mais émotion, une musique qui vous enveloppe délicatement, confortablement . La voix fredonnante de Marc rajoute cette couleur humaine à ce jazz déjà chaleureux. Régal du piano en son naturel, de la guitare aux cordes pincées avec suavité, de la batterie caressée mais pas que, de ce son si rond et profond de la contrebasse.

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Finir la semaine, trépidante pour beaucoup, dans cette ambiance là est vraiment une offrande, un début de week-end en pente douce.

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Tiens à propos de pente, celle de la scène caractéristique des plateaux de théâtre. Elle est si prononcée que Jean-Luc Fabre en perdait ses repères aux balances, la position de la pique de l’instrument étant plus basse que d’habitude et modifiant ainsi son équilibre, surtout pour les accords aigus sur lesquels il se penche. Le diable est dans les détails.

Et nous voilà donc au troisième jour du festival avec un plateau de choix encore.

Les gagnants du Tremplin Action Jazz 2017 d’abord, les bordelais de Capucine tous issus du CNR avec leurs compositions originales la guitare de Thomas Gaucher et le vibraphone de Félix Robin dialoguant sur la rythmique de Louis Laville à la contrebasse et de Thomas Galvan aux baguettes. Un répertoire qui vit, qui s’étoffe en public, encore un groupe de la nouvelle génération à découvrir.

Final en beauté avec Eric Séva et son projet « Body & Blues » pour un concert coïncidant avec la sortie de l’album du même nom. Un CD superbe que vous pourrez faire dédicacer ce soir. Au tour d’Eric Séva et de ses saxophones, Noé Huchard (piano), Manu Galvin (guitare), Christophe Wallemme (contebasse), Stéphane Huchard (batterie) et Michael Robinson (chant) que des pointures ! Hommage au blues la musique source avec une musique d’une grande richesse.

Et toujours l’exposition dans le hall des photographes d’Action Jazz.

Places sur www.actionjazz.fr

A ce soir ! Il y aura même une petite surprise gourmande à la fin…

Retouvez sur ce blog les articles sur tous ces groupes en tapant leur nom dans la case rechercher.

https://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n25-novembre-2017/

Jazz à Caudéran : Affinity quintet/ Tom Ibarra Group

photos Thierry Dubuc.

Ca y est c’est parti ! Le premier festival Jazz à Caudéran a réellement vu le jour en ce jeudi 9 novembre 2017. Et c’est même bien parti !

Près de 300 personnes ont convergé vers la salle Art Déco de la Pergola, récemment rénovée et lieu habituellement dédié au théâtre. C’était la première organisation en tant que mettre d’oeuvre d’Action Jazz agissant pour le maître d’ouvrage la Mairie de Bordeaux et les bénévoles de l’association piaffaient depuis des semaines en attendant cet événement. Les pré réservations et le défilé continu de personnes venant prendre leur billet dans l’après midi permettaient d’envisager une belle affluence ce qui fut le cas.

Il faut dire que l’affiche était alléchante, pas de grandes vedettes internationales, ça viendra peut-être un jour, mais des valeurs sûres de l’ancienne et de la nouvelle génération.

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En première partie il était logique d’ouvrir ce festival avec le groupe de jazz historique de Bordeaux et même de Caudéran, Affinity. Groupe certes bien connu mais cette fois, et c’est nouveau, en quintet. Aux trois piliers magnifiques que sont Francis Fontès au piano, Dominique Bonadei à la basse

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et Philippe Valentine à la batterie,

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sont venus se joindre une figure bien connue du milieu du jazz régional, le trompettiste Mickaël Chevalier

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et un néo bordelais – que les grincheux se rassurent il n’est pas parisien – Pascal Faidy au sax ténor.

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Ce dernier a d’ailleurs amené avec lui des compositions qui ajoutées à celles de Mickaël Chevalier créées pour le projet Nokalipcis et quelques standards be bop ou hard bop ont embarqué un public mêlé de connaisseurs et de néophytes. Une musique toujours accessible, mélodieuse, mettant en valeur les différents instrumentistes, une passerelle vers ce monde du jazz que certains ont encore peur de découvrir. Un set d’une heure trente qui a conquis tout le monde.

Après cette entrée en matière place à un break au foyer permettant les discussions autour d’un verre et aussi d’admirer l’exposition des clichés de nos photographes Thierry Dubuc, Philippe Marzat, Alain Pelletier et la petite nouvelle Fatiha Berrak. Expo pendant tout le festival, accès libre.

Place à la nouvelle génération avec un des poulains d’Action Jazz le guitariste Tom Ibarra et son quintet.

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Le blog a déjà relaté ce nouveau projet présenté récemment à Bordeaux mais là dans cette belle salle et ce nombreux public, la barre était plus haute. Pas de problème pour ces jeunes musiciens plein de sève, d’énergie et déjà de professionnalisme. Sur la solide, et encore plus, base rythmique avec Pierre Lucbert à la batterie et Antoine Vidal à la basse, grâce à la présence harmonique d’Auxane Cartigny aux claviers, Tom Ibarra à la guitare et Jeff Mercadié au sax ténor vont nous livrer une fantastique prestation alternant entre violence et douceur, énergie et émotion.

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Uniquement des compositions de Tom aux arrangements concertés entre les cinq, pour ce set percutant qui a surpris pas mal de monde par son audace et sa fraîcheur. De redoutables instrumentistes qui s’entendent comme larrons en foire et la confirmation d’une relève assurée. Vivement la mi janvier que l’on découvre le nouvel album enregistré au studio Cryogène de Bègles !

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Place au deuxième jour ce vendredi 10 novembre !

Venez découvrir le trio Atrisma et son jazz progressif à la fois mélodieux et inventif, utilisant à bon escient l’électro tout en restant simple. Venez encourager cette nouvelle génération de musiciens formé à Bordeaux au CNR et qui seront les grands de demain. Vincent Vlinet (claviers), Hugo Raducanu (batterie) et Johary Rakotondramasy (guitare)

Venez aussi faire connaissance avec nos voisins du pays basque le groupe MT4, 4 comme quartet et MT comme Marc Tambourindéguy, un nom plein de musique et de basquitude. A côté de ce magnifique pianiste, porteur aussi du festival de jazz d’Anglet, Pascal Ségala (guitare), Jean-Luc Fabre (contrebasse) et le bordelais Pascal Legrand (batterie). Un jazz harmonieux riche en improvisations.

Prenez vos places sur www.actionjazz.fr . A ce soir !

Magma Terra Incognita


Le Rocher de Palmer  / 2 novembre 2017 / Cenon –Bordeaux

Salle comble ce soir et spectateurs de tous poils (gris ou pas) jeunes ou vieux, sages ou non. L’impatience est palpable et l’atmosphère presque recueillie. Entre les Magmaphiles inconditionnels qui savent à quoi ils s’exposent ou comme moi, les Magmanalphabètes qui n’ont jamais de près ou de loin côtoyé ce groupe devenu culte, tous s’attendent à être centrifugés, secoués, emportés, certains dans la joie, d’autres dans la crainte. Magma, c’est en effet LE Groupe, celui qui a cristallisé tous les étonnements, toutes les critiques, le hors-norme. Certains s’y sont biberonnés depuis trente ans, d’autres n’en connaissent que la réputation sulfureuse, les marques de rejets ou d’enthousiasmes. Il s’agit donc de s’y coltiner pour ne pas mourir inculte.

La première partie du concert est assurée par Old School Funky Family que l’on est un peu étonné de découvrir là (on comprendra plus tard pourquoi ); un groupe de Bayonne qui a gardé de la banda, le pétillant punchy et le poids des cuivres (4 saxs déclinés et un soubassophone) , mais rajouté une guitare à la Pink Floyd, un accordéon délié et un batteur sur vitaminé, façon Fanta orange. Comme son nom l’indique, c’est du solide funk des familles, énergique et joyeux avec une belle signature sonore, des arrangements inventifs et aux petits oignons.
Mais pas seulement. Ils savent s’aventurer par instants hors des sentiers battus, en de longs soli brillants, des successions d’entrées et de superpositions que l’on va savourer pendant 45 chaudes et bouillantes minutes.
En fait le trait d’union entre les deux formations de ce soir, c’est
Jérôme Martineau, qui est à la batterie pour le Old School Funky Family et au clavier pour Magma ( deux heures trente sur scène, le jeune homme assure..).

Le temps de remettre en place l’énorme batterie de Christian Vander, de réinstaller les divers micros et c’est au tour de Magma et de ses sept interprètes d’entrer en lice. D’ailleurs le mot lice leur convient tout à fait car la scène devient immédiatement un lieu singulier, un univers à part renforcé encore par une langue incongrue aux accents nordiques, ce kobaïen qui frappe, martèle et souligne et nous laisse pantois. Pas de sas pour entrer dans ce monde inconnu, cette marge épique. Il faut plonger dedans en apnée totale, laisser la tête et les oreilles se remplir.
Entre les brumes de la musique d’Igor Stravinsky, les recherches harmoniques de John Coltrane et la transe contagieuse de Frank Zappa, la musique est puissante, parfois martiale, incantatoire. De longs morceaux comme un tout cohérent racontent, distillent du récit, de la saga et des images s’imposent immédiatement, roulés que nous sommes par les arrangements mélodiques finement empilés et étranges. Ce sont des bouts de paysages divins ou de sombres couloirs, des danses flamboyantes ou des peurs abandonnées. Voici que déboulent les hordes de Pictes contre le mur d’Adrien, les ragas rageuses et fines du Mahabharata, la blonde Daenerys chevauchant ses dragons, le Mordor inhospitalier, la bataille de Little Big Horn, … Tout cela porté par des instruments on ne peut plus classiques (vibraphone, guitare, basse, claviers, tous parfaits), sans artifices concrets ou électroniques, simplement par la composition pure, guidée par les multiples voix et surtout, par cette batterie agile au possible, maîtrisant sans hésitation le groove, la rapidité des frisés et l’art du contretemps. Une expérience qui laisse cul par-dessus tête…
Pour les ignorants comme moi, ce qui frappe, qui a le plus de poids, ce qui semble capital, ce sont les voix. Rugueuses ou aériennes, solitaires ou superposées, primales ou rythmiques, elles donnent à Magma, sa profonde humanité, son côté universel et fragile.
Trois magnifiques interprètes entre le jazz, le rock et la composition contemporaine, plus la voix chamanique de
Christian Vander, vont dérouler comme un parchemin ce long poème dénommé Ëmëhntëhtt-Rê.
Puis la section rythmique de la Old School Funky Family viendra rajouter sa force et ses imprécations telluriques pour le deuxième morceau ( dont je n’ai pas retenu le nom..) renforçant s’il en était besoin l’impression de creuset cosmique et violent. Impossible de dire véritablement ce que l’on a entendu, ce que l’on a retenu, ni d’analyser en détail les multiples variations musicales mises en jeu. Mais ce que l’on a découvert, c’est que Magma est parvenu sans doute après force travail, recherche et tumulte à créer un monde musical différent, inédit, in-entendu, formidable et d’une incontestable puissance.
Le rappel se fera dans la sérénité retrouvée, avec la voix de Christian Vander et peu d’instruments dans un envol de mélancolie bleue. Le concert se clôt, avec respect et cohérence.
Mes oreilles ont bien failli mourir au champ d’honneur des décibels, mais peu importe. La subjugation était au bout du tympan, et la grammaire kobaïenne a trouvé le chemin des profondeurs, de l’émotion, de l’inconnu.
Nom d’une sorcière ou d’un marcheur blanc, j’ai été, le temps du concert, Christophe Colomb posant le pied sur les Amériques ou Amstrong sur le sol lunaire. Bluffée jusqu’au bout des griffes… La Terra Incognita, le blanc sur la carte du monde.
Époustouflant !!!

 

« NOUR » Electro soul jazz et dessin live !

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès (33), vendredi 3 novembre 2017.

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Attention les oreilles, attention les yeux !

Le bonheur du spectacle vivant c’est justement qu’il est vivant et ainsi capable de surprendre. La surprise est d’autant plus grande quand elle vient de quelqu’un que vous croyez connaître artistiquement pas cœur. Cette personne c’est Valérie Chane-Tef qu’Action Jazz a toujours suivie avec Akoda et ses différentes formes, Ceïba, Nougaro en 4 Couleurs, en duo avec Diana Baroni…

Quand lors d’un de ses spectacles elle a rencontré la chanteuse Laurène Jean-Pierre-Magnani le courant est passé de suite, un courant électro même.

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Valérie a toujours un projet en tête elle est dans le coup d’après, Laurène elle a toujours le cerveau en fusion, l’esprit vif et plein d’humour ce qui ne gâte rien. Et ainsi dans le plus grand secret et suite à la proposition du directeur du Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès, qui leur a donné carte blanche pour une résidence et un concert, elles ont inventé un spectacle. Car il s’agit bien d’une invention.  Le nom du projet ? « NOUR », la lumière en Arabe. Le thème ? Ce qui se passe dans notre cerveau ! A y réfléchir et vu comment fonctionne le mien ça peut vite devenir n’importe quoi, mais ça ouvre aussi des perspectives infinies à la créativité et à la poésie.

Valérie est pianiste, Laurène chante, les deux composent . Avec le fonctionnement électrique du cerveau l’électro avait naturellement sa place et c’est ainsi que Thibault Despagne s’est retrouvé aux machines. Il fallait aussi de la vie, du rythme et ainsi l’excellent batteur Hugo Raducanu (Atrisma) a intégré l’équipe. Le cerveau fonctionne avec des contrastes, il fallait donc en créer ; va pour un trio de cordes : Élisa Dignac au violoncelle, Élodie Robine à l’alto et Thérèse Labrousse au violon.

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Pour traduire tout ce qui se passe dans nos têtes la musique n’était pas suffisante et ainsi le dessinateur Joachim Sontag a apporté sa palette graphique et numérique.

Voilà donc un projet osé et complexe élaboré lors d’une résidence de cinq jours, techniquement difficile à mettre en place, musicalement pas facile non plus. Cette sortie de résidence a ainsi montré bien plus qu’un teasing, un vrai concert de presque une heure qui ne demande qu’à se développer.

La surprise en arrivant c’est la scène, séparée du public par un voile en tulle noir translucide et qui va on va le voir servir d’écran à la projection graphique. Les premières notes, ou plutôt les sons, pénètrent notre corps par des fréquences sub-basses provenant des machines ; personnellement j’adore cette sensation. Sur l’écran en même temps que la batterie s’anime et que des voix lointaines se font entendre, se trace ce que je pense être un arbuste ou une fleur et qui n’est autre qu’un neurone avec ses synapses et ses dendrites.

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Les rendus sonores et visuels sont immédiatement spectaculaires. Puis le piano se fait plus présent avec un son naturel contrastant avec les effets ondulants des machines et la batterie percutante ; Laurène nous révèle sa voix, merveilleuse. Elle va nous éblouir davantage dans la reprise de Bjork « Hidden Place » sur un tapis d’hyper basses, un piano en gouttelettes et la trouvaille du trio de cordes .

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Des chœurs célestes bouleversants, un onirisme planant, une version de toute beauté. Avec ces paysages qui se dessinent sous nos yeux on est emporté très loin, on perd ses repères. Mais avec facétie Laurène se charge de nous ramener à la réalité en duo avec Valérie répétant qu’elle ne tourne pas en rond, une roue de bicyclette un peu cabossée se traçant à l’écran. On est là pour parler de ce qui trotte dans la tête, des émotions les plus gaies à d’autres plus noires.

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Arrivent les ombres chinoises des musiciens sur du jazz hip hop, un long et beau solo à l’alto aux effets électros, puis un titre très profond et dense joué derrière une foule s’étoffant de personnages inquiétants comme notre cerveau en invente souvent. C’est beau, tout « simplement ».

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Plus aucune référence pour s’accrocher, les oreilles sont bousculées, les pupilles impressionnées, les cerveaux vrillés. Quel culot mesdames de nous secouer comme ça, quel dépoussiérage, quelle belle idée !

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Bravo aussi à Thibault Laisney au son et Fred Warmulla à la lumière, inventive et violente parfois, qui ont une part prépondérant dans cette réussite.

On en veut davantage pour que ce projet si lumineux devienne éblouissant !

Coltrane Jubilé: Thomas Bercy and Co

Prolonger des paris impossibles..
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Monsaguel ( 24)  / Jazz Off / 28 octobre 2017


C’est un petit val qui mousse de rayons…, de ces rayons rouges et dorés de soir d’automne, qui rasent la campagne, s’accrochent-cœur aux vignes et aux bois, rebondissent sur les petits chemins. Rien que le trajet pour s’y rendre est une invitation.
Un petit village à l’écart, entre Eymet et Bergerac, une salle en pierres blondes, odorante, une jolie scène où trônent de multiples instruments nous accueillent. Ici on jazzille, on saxophonise, on dresse et on se dresse les oreilles en les astiquant de blue notes et de swing éclairé une quinzaine de fois par an : un bon gros défi comme on les aime et relevé haut la main à chaque fois.
Ce soir, on va faire de la Lubatterie, on va Coltraniser à donf. C’est l’association Maquizart qui est aux commandes et c’est Jazz Off qui régale.

À travers un projet protéiforme rassemblant musiciens, danseurs, comédiens, le pianiste Thomas Bercy a décidé de célébrer une montagne, un héritage flamboyant, multiple, parfois paradoxal, un iceberg magnifique. John Coltrane n’a en effet pas fini de faire parler de lui, même cinquante ans après sa mort. Son influence ne se limite pas au premier cercle de musiciens qui l’ont accompagné, ou qui ont eu la chance de l’entendre, ni à tous ceux qui ont gravité dans la galaxie de ce soleil noir, tentant d’assimiler,,de continuer la musique après lui. Elle nous survole encore. Et ce soir, on va en tâter toute la puissance, la diversité, les paradoxes. Et même les impossibilités.
En introduction du concert, une conférence /performance qui réunit le saxophoniste
Maxime Berton, le danseur Claude Magne et Bernard Lubat à la causerie et à la batterie qui témoigne de sa rencontre de spectateur ébloui, alors qu’il était jeune musicien lors d’un concert à Juan les Pins. « J’ai compris d’un coup que je n’avais rien compris…que le jazz n’en finissait pas de commencer » «  Face à cette musique sauvage et pas d’élevage, cette déflagration sonore, inattendue et in-entendue, j’ai su que l’art était à inventer par chacun. » «  John Coltrane a ouvert des portes et des possibles. » Pas de Lubattage excessif, mais une sincérité évidente, un merci tout simple et profond. Et pour nous tous, une meilleure compréhension de l’apport révolutionnaire de Coltrane au jazz de son époque mais aussi de sa singularité.
Suit un moment d’improvisation, d’inconfort gracieux, porté par l’impeccable rythme de la batterie qui mène le jeu, un échange furtif, éphémère et forcément oubliable. Les protagonistes rompus à l’impro (
Improviser cela ne s’improvise pas , je connais mon Lubat dans le texte…) sont malins et madrés, insolents juste ce qu’il faut, raccrochant des lambeaux de connaissances à des tissages inédits. Cela donne un bel instant décalé à la drôle de couleur.
Bref changement de plateau et c’est le quartet qui se met en place :
Gaétan Diaz à la batterie, toujours rigoureux et inventif, Jonathan Edeline à la contrebasse en hipster class, Maxime Berton, au saxophone magnifique de clarté, d’inattendu et de qualité sonore et bien sûr Thomas Bercy au piano qui signe toutes les compositions de ce projet reliant Orphée revenu des enfers et Coltrane transformant la Terrajazz . Nous voici lancés sur les marges, les parapets étroits sur lesquels se dandinent la création, entre im-perceptible, et trop perçu, sans temps mort ni repos. C’est un jazz qui fourmille, qui nous lance parfois ses notes au kilo, qui va vite, grimpe aux rideaux pour en redescendre aussi vite, qui martèle, superpose, se perd, nous perd parfois et nous rattrape au hasard. Pas de confort moelleux, pas d’accompagnement douillet. Les compositions offrent de beaux thèmes notamment dans les ballades où affleure l’émotion portée par un saxophone remarquable et se font absorber dans la fureur forcenée, la superposition des développements. Les propos du slameur Marco Codjia, tendus sur la vie de Coltrane, rajoute une lumière à ce kaléidoscope hypnotique.

C’est dense, tendu, envahissant. Ça s’insinue partout sans nous demander notre avis.
Et le questionnement s’installe (du moins pour moi…) Qu’est-on en train d’écouter vraiment ?
Des musiciens virtuoses qui se font plaisir en étalant leur virtuosité (de fait ils l’ont !), des à la manière de.. ( Coltrane bien sûr) opportunistes, des créateurs en recherche pour lesquels la notion de succès ou d’échec n’ a pas d’importance, de singuliers défricheurs de notes ?
Je n’ai pas su trancher.. Et c’est peut-être ce qu’ils cherchaient avec ce projet multiforme. Poser question, prolonger les paris de Coltrane…

Pour tous et chacun, noter cette belle association Maquizart dont le programme annuel est une invitation offerte, avec des grands noms et de belles découvertes ( Nowhere, Stéphane Guillaume, Omar Sosa et bien d’autres…).
Le petit val qui mousse de rayons vaut le déplacement !!

http://maquizart.com/

 

 

 

Hypnotique Mélanie de Biasio au Rocher

Par Philippe Desmond ; photos interdites par la production de MdB. (J’ai volé la photo de couverture)

Pour Pierre.

Dans la famille des chanteuses belges nous connaissons la rigolote ancêtre Annie Cordy, la braillarde épouvantable Lara Fabian mais par dessus tout nous avons la chance d’avoir Mélanie de Biasio. Pas rigolote certes, ni braillarde, surtout pas, mais unique, une pépite inclassable, un objet chantant non identifié, une merveille.

Le public ne s’y est pas trompé et la 650 du Rocher est pleine.

Surprise ce n’est pas la chanteuse avec sa coupe de Jeanne d’Arc qui se présente mais une beauté brune bouclée entourée d’un bassiste et d’un percussionniste. On apprendra qu’il s’agit du trio « Ua Tea » (prononcer oua téa) avec au chant, guitare et ukulélé Dawa Salfati, à la basse Galalaël « Dunbaar » Renault, au set de percussions et au vibraphone électronique Raphaël Perrein. Un univers métissé pour ce groupe de la région, assez minimaliste, assis sur une belle rythmique, pimenté d’effets électros élégants et habité par la voix sublime de Dawa. Un répertoire très travaillé avec des touches éphémères de be bop, des breaks surprenants, une très belle surprise. D’ailleurs le public en voudrait encore, chose rare pour une première partie, les gens étant souvent impatients de voir l’affiche de la soirée.

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Changement de plateau rapide et une plongée immédiate dans l’univers hypnotique de Mélanie de Biasio. Minimalisme maximal, ambiance éthérée, crépusculaire et cette voix profonde tout en retenue, comme la musique tout en suggestion. Deux claviers, Pascal Paulus, parfois aussi à la guitare et Pascal Mohy au Fender Rhodes pour un climat électro et un batteur qui va me fasciner toute la soirée presque autant que Mélanie : le Suisse Alberto Malo – nous on l’appelle Malo m’a dit Mélanie – qui a joué avec Tricky, Eric Truffaz, Sophie Hunger, Ben Sidran… La déception de ne pas voir le batteur annoncé Dré Pallemaerts est vite retombée devant un tel talent. Rôle central de la batterie avec une rythmique soutenue mais pleine de finesse, de créativité ; caresses des peaux, beat de grosse caisse très house sur le titre dynamique – le seul – Gold Junkies, jonglage incessant baguettes mailloches, une présence à la fois absolue et discrète dans cet univers moelleux, fascinant.

Mélanie sur un registre qu’on pourrait croire monocorde raconte ses histoires, souvent mélancoliques avec une grâce curieuse, faite de lenteur, de sensualité, se caressant le ventre, ondulant des bras et des mains, elle prend sa flûte de temps en temps pour quelques mesures. Elle se tient en retrait loin du bord de la scène, elle est présente mais ailleurs elle a l’air de planer au milieu de ces éclairages très travaillés. Dans la salle c’est le recueillement, personne ne bronche, personne ne respire, le temps est suspendu.

Quel dommage que la production ait interdit les photos, notre photographe du soir vous aurait régalé ; au lieu de ça quatre photos sans saveur – en voilà une – nous ont été envoyées…

Melanie De Biasio © Jerome Witz 3

Photo Jérôme Witz

A l’écoute aujourd’hui du dernier album « Lilies » qu’elle a composé presque entièrement et dont elle a joué l’intégralité hier soir, je me rends compte – je le savais déjà – l’apport que constitue le live ; hier soir nous étions enveloppés d’un nuage de douceur avec néanmoins une vibration permanente, nous avons vu Mélanie pleurer à la fin d’un titre, elle a conversé avec nous avec délicatesse ; on s’est fait embarquer. Aujourd’hui sur ma platine c’est plus froid voire mortifère, mais toujours aussi beau.

Inclassable musique mais on s’en moque, on retrouve une référence connue avec « Afro Blue » dans une interprétation à tomber, on pense à « The End » des Doors sur un autre titre envoûtant. Deux rappels, une émotion visible chez Mélanie certainement dotée d’une sensibilité à fleur de peau comme le traduit sa musique.

On repart tous sur la pointe des pieds.

Pierre toi qui l’aimes tant et qui étais à son précédent concert tu as dû adorer depuis là-haut.

https://uatea.bandcamp.com/

 

PS : parler d’Annie Cordy et de Lara Fabian dans une chronique de Mélanie de Biasio je vous accorde que c’est vraiment n’importe quoi. Et ce n’était même pas un pari…