Concert « Freedom in Bordeaux » : Bordeaux Jazz All Stars.

Par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat (sauf N&B).

La Grande Poste le 19 mai 2017.

Il y a cent ans, en 1917, les Américains volaient, ou plus exactement naviguaient, à la rescousse de notre pays. La France les avait bien aidés cent-quarante ans auparavant avec l’élan de Lafayette parti à bord de la Victoire et non de l’Hermione.

Le contingent américain débarqua pour une partie à Bordeaux avec une bonne part de noirs et parmi eux des musiciens de jazz.

Car le jazz est né dans cette communauté établie le long du Mississipi comme va nous en parler Philippe Méziat au cours de sa conférence à la Grande Poste dans le cadre de la manifestation « Freedom in Bordeaux » organisée par l’association de Karfa Diallo, Mémoires et Partages. Voir Gazette Bleue #22

L’origine du jazz, son arrivée en France, voilà l’objet de cette merveilleuse soirée dans ce nouveau lieu artistique de Bordeaux, « espace improbable » comme le qualifient eux-mêmes ses responsables.

Une salle imposante sous un dôme de cathédrale constellé de mille petits hublots et de massifs oculus. Une ambiance Art Déco pour cet ancien bureau de poste, certes le bureau central de la ville de Bordeaux, mais à la destination fonctionnelle initiale sans rapport avec sa métamorphose actuelle. Désormais devenu un endroit multiculturel, du théâtre, de la musique – des musiques – de nourritures intellectuelles, il propose aussi aussi des nourritures plus prosaïques avec un restaurant et un bar. Un endroit atypique qu’il faut maintenant faire découvrir au Bordelais et faire vivre.

Quel plaisir de le voir rempli, d’abord pour la conférence, avec un public sage et attentif puis pour le concert du « Bordeaux Jazz All Stars ». Attardons-nous sur ce nom de baptême ronflant de l’orchestre car lors de la promotion du concert on a senti sur les réseaux sociaux certains sarcasmes à son sujet. C’est à la fois du second degré mais, il faut le reconnaître, c’est aussi une vérité. Bâti autour de Roger Biwandu (batterie) et Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale) ,

deux musiciens majeurs basés à Bordeaux mais au rayonnement international, il propose des musiciens de grand talent et de belle expérience. Citons-les : Alex Golino (Sax ténor),

Sébastien Arruti (trombone),

Laurent Agnès (trompette),

Guillaume Schmidt (sax alto et soprano)

et Loïc Cavadore (piano).

Pas de femme ? Si, la merveilleuse Monique Thomas au chant.

Philippe Méziat est là avec ses goûts toujours d’avant-garde mais le choix du répertoire répond lui à d’autres contingences. Et celui choisi par Le BJAS va s’avérer parfaitement adapté à l’assistance composée aussi bien de connaisseurs – mais au fait c’est quoi cette tribu – que de novices venus passer un bon moment et découvrir un lieu. En majorité un hommage au jazz à la fois classique et innovant de Art Blakey et de ses Jazz Messengers les bien nommés. De la bonne BAM, black american music.

Un concert qui malgré l’acoustique difficile du lieu va enthousiasmer le public, un plaisir musical partagé entre la scène et la salle, la grande classe en plus. Au milieu du set Monique Thomas va enchanter l’assistance de sa présence, de son talent et de son charme. On le sait, mais tant l’ignorent, nous avons ici à Bordeaux cette perle qui fait tant elle aussi pour son art avec notamment les jams vocales qu’elle organise chaque mois au Caillou du Jardin Botanique ; rendez-vous en octobre après la pause estivale.

La fin du concert avec les « tubes » d’Art Blakey, « Moanin’ » et « Blues March » verra même le public se lever et danser ! C’est aussi ça le jazz ne l’oublions pas, une musique qui donne envie de bouger , de s’exprimer, pas seulement intellectuelle, pas que celle qui fait peur à certains.

Il y a 100 ans le jazz débarquait à Bordeaux il y est toujours avec ses valeurs sûres comme ce soir, ses espoirs avec une foultitude de jeunes talents issus du conservatoire de Région – en examen de fin d’année au Rocher en ce même soir – et tant de musiciens de tous horizons pleins d’idées et de projets. Puissent-ils s’exprimer eux aussi devant une large assistance, ce grand public un peu trop formaté par le easy – poor – listening ambiant et le tirer sinon vers le haut, vers autre chose…

Et on est tous d’accord, pas besoin d’attendre 100 ans de plus !

  • Set list :
- On The Ginza
- Feeling Good
- In Case You Missed It
- Falling In Love With Love

avec Monique Thomas
- Tight
- Up Jumped Spring
- Lady Be Good (pour Ella qui aurait eu 100 ans le 25 avril)

- Little Man
- One By One
- Moanin’

Rappel :
- Blues March
  • Liens :

http://www.memoiresetpartages.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

Gazeette Bleue #22 : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n22-mai-2017/

  • Portraits :

Roger Biwandu : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n21-mars-2017/

Olivier Gatto : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Alex Golino : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

Monique Thomas : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n8/

Sébastien Arruti : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n16-mai-2016/

Loïc Cavadore : http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n15/

De simples cordes

De simples cordes … Madeleine Peyroux

Le Rocher de Palmer Cenon/ Bordeaux
16/05/2017

par Annie Robert

Ce qu’il y a de bien avec la simplicité, c’est qu’elle ne pardonne pas grand-chose, ni les approximations, ni le creux du propos, ni la fatuité distante mais qu’elle révèle le meilleur et le profond, la chaleur, la vérité des mots et des notes, l’engagement organique.
Hier soir, dans une salle archicomble, ce fut le cas. De simples cordes étaient à l’honneur, de taille et de nature différentes, celles de la contrebasse de Barak Mori, de la guitare de Jon Herington, et bien sûr de la voix de Madeleine Peyroux, de sa guitare et de son ukulélé fantaisiste ou acidulé.

Madeleine Peyroux trio

Puisant dans un répertoire traditionnel, elle a fait fi des frontières musicales, réinterprétant les chansons choisies dans un mélange de gospel, de funk, de blues et de jazz très attirant. Les titres de Leonard Cohen, Bessie Smith, Bob Dylan, Hank Williams, Joséphine Baker, ou encore Elliott Smith, dont la poésie écorchée vive convient admirablement à son timbre sensible sont certes des valeurs sûres, parfois peu connues et lointaines mais qui lui collent parfaitement. Sans oublier pour autant quelques compositions personnelles, dans la veine du blues qu’elle aime, mettant à l’honneur les titres de son nouvel album qui porte bien son nom : Secular Hymns .
Et avec ce trio épuré et intime, sans effets grandioses, sans boucles, sans distorsion, sans reverb, l’émotion s’est invité comme une vérité nue et familière, dans le cadre doucement éclairé du petit tapis déroulé au sol traçant une tâche rassurante et moelleuse, une maisonnette dans les bois, une confidence au coin du feu. Elle nous a raconté la vie, les moments de dérive, d’humour et d’amour dérisoire ou sublime (« Love me to the end of time »), le sel de la terre, le soleil et le gris des Amériques.
Une voix chaude, de gorge, languissante parfois sur certaines inflexions, une tonalité médium puissante, un grain à la Billie Holliday sur les portées de voix en particulier, font de Madeleine Peyroux une chanteuse à part, légèrement décalée, peu improvisatrice mais une interprète qui touche par son swing étiré et sa présence pleine de fêlures et d’énergie, allant de la gaieté la plus vive à la nostalgie la plus profonde. La demoiselle a vécu, cela se sent, et puise dans le terreau de ses expériences une authenticité universelle qui s’accroche à chacun comme un souvenir oublié.

Madeleine Peyroux

Rieuse et se moquant d’elle-même, elle déclare dans un Français chantant, héritage d’un papa acadien : «  Je chante des chansons d’amour, de blues et d’alcooliques » et entame « If the sea was Whiskey »,  « Shout, Sister, Shout », complice amusée avec ses musiciens qui se révèlent de fantaisistes vocalistes capables de clins d’œil et d’improvisations dans des créations voix / instruments très réussies.
Seule sur scène ensuite pour trois morceaux, c’est notamment Jacques Brel qui est mis à l’honneur avec «  Voir un ami pleurer » d’une douce limpidité, sans insistance, mais rempli de filaments déchirés. Son amour du Français (merci papa, merci maman !) la portera à honorer Eluard et son «  J’écris ton nom liberté » et à mélanger un « J’ai deux amours » à un spiritual plus classique…. Une façon élégante et réussie de remercier un public hexagonal qui la suit fidèlement.
Son charme amusé, sa manière de conserver les tonalités dramatiques des morceaux en les allégeant, sans les dénaturer, la fluidité de sa voix dénuée d’ artifices, en font une interprète séduisante, qui capte naturellement la salle pour un échange d’émotions bien réelles. Elle ne joue pas à être chanteuse, elle est elle-même et vraiment cela nous suffit. D’ailleurs la salle lui a bien signifié son plaisir et les deux rappels non rechignés ont mis un point d’orgue regretté à ce partage.

Madeleine Peyroux trio

Il paraît qu’elle a parfois choisi de se taire, pendant de longs moments, effrayée par le pouvoir du chant, perdue dans des errances personnelles, se trouvant illégitime ou éloignée.
Aujourd’hui, elle a su faire résonner ses silences et ses cordes simplissimes pour faire vibrer des chansons de tous les temps ces Sécular Hymns et c’est tant mieux….

Avalon Jazz band : un délicieux moment

par Philippe Desmond

La Grande Poste

Bordeaux le 14 mai 2017

Le dimanche midi à la Grande Poste, le nouveau lieu artistique bordelais de la rue du Palais Gallien, se déroule un brunch musical.

Aujourd’hui c’est un groupe de New York qui anime ce petit déjeuner amélioré, le Avalon Jazz Band : trois musiciens, Tatiana Eva-Marie (chant), Adrien Chevalier (violon) et Julian Smith (contrebasse). Si le dernier est vraiment américain, la première est suisse et le second français. Mais le groupe vit à NYC depuis six ans y diffusant le Jazz Swing vocal à la Française si apprécié des américains. Pour eux c’est l’image qu’ils se font de notre pays, de sa tradition rêvée. Quand ils savent qu’elle existe les américains aiment la France et son French Jazz plus que les Français eux-mêmes davantage attirés par « l’exotisme » d’Outre Atlantique. Et pourtant, que de joyaux à chanter et à jouer, au charme désuet mais si intemporel et indémodable.

Le trio est étoffé de deux figures bordelaises, et au-delà, du jazz, Stéphane Séva (washboard et chant) qui va souvent les rejoindre à Manhattan et Thierry Lujan (guitare). Il faut bien un quintet pour occuper la très belle scène de cet endroit atypique, « espace improbable » comme le qualifient les maîtres du lieu, l’ancienne poste centrale de Bordeaux. Une salle de restaurant avec un bar mais aussi, à l’étage, des boutiques éphémères de créateurs de bijoux, de vêtements, d’artistes. Une voûte immense éclairée de la lumière du jour par des oculus, pas facile à sonoriser.


Avalon Jazz Band nous les avions découverts à Bordeaux en avril 2016 (http://blog.actionjazz.fr/avalon-jazz-band-chez-le-pepere/) et avions été séduits par leur univers et la forte personnalité de la délicieuse chanteuse Tatiana Eva-Marie. Un nom original pour une chanteuse originale à la voix parfois enfantine, au chant particulier souvent délibérément décalé et aux tenues old-school chamarrées ; On est loin des standards du genre et de certains formatages et si la première fois cela m’avait un peu décontenancé aujourd’hui je suis vraiment sous le charme. La virtuosité au violon d’Adrien et le plus que soutien des trois autres, dont un surprenant contrebassiste, rajoute au plaisir.

Le répertoire lui va de Trenet à Jean Sablon en passant par Django et quelques standards de Fats Waller ou Nat King Cole (Coquette) et ce soir une nouveauté qui peut paraître surprenante mais qui n’est pas pour me déplaire car tirée d’un de mes films préférés « Les vacances de Monsieur Hulot », la chanson « Quel temps fait-il à Paris » aux paroles si fines. A noter que la chanson a été créée par Lucie Dolène, la voix originale de Blanche Neige, un peu enfantine comme celle de Tatiana, la mère de François Constantin le percussionniste vibrionnant du fameux club de jazz « Le Baiser Salé » de Paris. Comme quoi…

Un délicieux moment à tous points de vue car le buffet du brunch est plus qu’alléchant.

Il vous reste une session de rattrapage avant leur retour prévu en mai 2018. Les mêmes seront mercredi soir chez le Pépère rue Georges Bonnac ; mieux vaut réserver car la cave est aussi exiguë que cette salle est immense.

http://www.avalonjazzband.com/

http://lagrandeposte.com/fr/

 

Biwandu 4tet : Tribute to Kenny Garrett

par Philippe Desmond.

L’Apollo, Bordeaux

 le mercredi 10 mai 2017

Nous revoilà de retour au rendez-vous mensuel de l’Apollo pour la Carte Blanche à Roger Biwandu. Du jazz ce soir avec un tribute to Kenny Garrett. Attention pas Kenny G le sirupeux saxophoniste de smooth jazz – bel oxymore – mais le grand souffleur, surtout  d’alto, celui que la planète jazz s’arrache.

Dans le rôle de sa doublure Jean-Christophe Jacques, un de ses plus fervents admirateurs et un de ses excellents serviteurs. Il étrenne en concert son nouveau sax alto un Keilwerth Sx90 R en finition vintage gravée, une merveille d’instrument tout comme son soprano du même facteur, lui aussi une bête de course. Reste à s’en servir et autant le dire on ne sera pas déçu, on sera même enthousiasmé.

Deux autres fidèles du boss Roger complètent la formation. Hervé Saint-Guirons est au piano électrique et Nolwenn Leizour à la contrebasse, tout va donc bien se passer.

Beaucoup de musiciens et pas des moindres sont là ou vont venir faire un tour, gage d’intérêt pour ce concert et à les voir écouter ils apprécient.

Kenny Garrett a déjà à son actif plus d’une quinzaine d’albums dont la plupart sont de ses compositions, il aussi marqué de sa présence pas mal d’œuvres de la fin de la carrière de Miles Davis, il y a donc le choix pour le répertoire. Il va être varié avec des compositions de Kenny Garrett donc ainsi que de Michaël Jackson, le « Human Nature » repris par Miles, ou « Giant Steps » où JCJ enfile le costume sombre de Coltrane pour nous montrer que lui aussi sait se servir d’un sax alto.

Le premier titre va donner le ton de la soirée, du jazz nerveux dynamique et un rodage accéléré du nouveau sax alto. Celui-ci sonne merveilleusement à la fois chaud et puissant, précis dans les aigus et  ténor dans les graves. Jean-Christophe ne va pas être avare de chorus et la soirée avançant ceux-ci vont atteindre des sommets.

Personnellement si j’ai un morceau à retenir c’est « Sing a song of song », un titre de 1997, mon préféré de Kenny Garrett. Une mélodie toute simple pure et belle propice aux improvisations des plus délicates aux plus enflammées. Hervé va s’y mettre le premier dans un chorus qu’on aurait écouté toute la nuit, relayé par Jean-Christophe à l’alto qui va partir vers des sommets.

Nolwenn entretient la rythmique avec verve, répétant à l’envi les trois accords phares de celle-ci ; on l’entend mieux que dans le premier set mais il a fallu qu’elle pousse les curseurs à fond pour arriver à se faire entendre au milieu de ce bouillonnement de musique. Roger lui est dans le rôle d’une de ses idoles Jeff « Tain » Watts, un des créateurs du titre, et ça doit le motiver encore plus ; il est éblouissant, délivrant parfois quelques scuds explosifs !

Quant au sax alto tout neuf « ça y est il est bien ouvert ! » me confiera Jean-Christophe Jacques ; tu m’étonnes !

On n’est jamais déçu par ses soirées à l’Apollo on en redemande même et bien le mois prochain ce sera double ration ! Le samedi 10 juin Roger Biwandu and guests seront de retour à l’Apollo qui fêtera son 20ème anniversaire  ainsi que le mercredi 21 juin pour la fête de la musique.

Set list :

2 Down & 1 Across
The House That Nat Built
She Wait For The New Sun
Human Nature
Giants Steps

Wayne’s Thang
Lonnie’s Lament
Delta Bali Blues
Sounds Of The Flying Pygmies
Sing A Song Of Song

Happy People

Du bouillon de poulet pour l’âme

« Du bouillon de poulet pour l’âme » : EmYo

par Annie Robert

SoupéJazz Cénac ( 33)
6/05/2017

Lorsque le ciel est froid, les temps météorologiques et humains incertains, rien de tel que des nourritures terrestres et artistiques douces et bonnes pour redonner du peps et de l’évidence au quotidien. Un moment pour soi mais à partager avec d’autres, une bulle irisée, de la chaleur, du réconfort intelligent, bref comme dit une expression yankee « du bouillon de poulet pour l’âme ».

Ce SoupéJazz au restaurant Les Acacias de Cénac en fut un chouette exemple.
L’association Jazz360 en plus des trois jours de concerts du festival (cette année les 9/10 et 11 juin prochains) propose des rendez vous réguliers  pour alimenter l’envie de Jazz et le plaisir de la découverte: 2 soirées –cabarets consacrées à des trios ou quartets et 2 SoupéJazz dans une formule plus intime alliant à la musique un repas soigné, comme ce soir.
Dans la petite salle éclairée de tableaux colorés, les micros attendent sagement, les petites tables se remplissent sans à coups. Les boucles brunes d’Emeline Marcon et la guitare blonde de Yori Moy sont prêtes à nous faire partager leur monde délicat fait de détournements, de bossa nova et d’arrangements inventifs.

EmYo

Ces deux-là se sont bien trouvés. Ils se complètent et se soutiennent dans un exercice plutôt compliqué : un duo guitare/voix ou le moindre faux pas ne pardonne pas, où les appuis ne sont pas nombreux, où il faut savoir travailler sans la rythmique d’une basse mais qui leur donne une liberté folle dont ils vont se servir toute la soirée. C’est pétillant, groovant, joyeux ou mélancolique, sans arrêt étonnant, à s’en pourlécher les babines.
La voix d’Emeline possède la rondeur, le phrasé délicat, le soyeux d’une Stacey Kent, mais aussi la puissance et le sens très développé de l’impro d’une Cyrille Aimé, avec un léger petit voile qui rend ses interprétations émouvantes à souhait. Une chanteuse de haut vol, jolie comme un cœur, toute jeune et pleine de promesses.

Emeline Marcon

L’assistance en est restée baba. Très vite, les fourchettes se sont faites discrètes, les conversations se sont réduites à « passe moi l’eau ou le sel » et le cuisinier a dû voir d’un drôle d’œil ces gens qui ne s’intéressaient que modérément à sa cuisine pourtant savoureuse… Il faut dire que le menu musical était des plus tentants ; le duo laissant s’entremêler audacieusement la poésie de la chanson française et le groove de la pop américaine, sans perdre de vue l’amour pour les musiques découlant du Jazz et de la tradition des îles de la Réunion et du Cap-Vert, le tout sur des arrangements très personnels. On redécouvre Bob Marley et Prince, en passant par des grands standards de Jazz , avec un petit détour par les Beatles ou même Police…Un astérisque particulier à un « Couleur café » introduit par un petit bout de « Saint Thomas » subtilement tricoté et bien gouleyant
Quant au jeu de Yori à la guitare, c’est un modèle de ciselé sans esbroufe inutile, un guitariste comme on les aime. Toujours attentif à sa partenaire qu’il suit et précède dans ses improvisations, il tient le mélodique, l’harmonique et le slapp avec la même aisance. Son travail n’est jamais attendu, mais toujours précis, il sait encourager les folles impros de sa tonique camarade pour la ramener sur le bon accord tonal. Complicité et échange. En permanence. C’est un régal de les voir au travail.

Yori Moy

Le duo n’existe que depuis deux ans et s’amuse pour le moment à la revisite de standards ( mais les compos sont en vue..) On peut les retrouver tous les jeudis aux « Tontons flingueurs » où ils expérimentent leurs nouveaux arrangements ;
Après deux morceaux de Piaf : «  Les ponts de Paris » tout bousculé de bossa et « la vie en rose » sans pathos, les convives restés jusqu’au bout des deux sets se sont séparés sur un dernier morceau de Mayra Andrade et le soleil vivifiant du Cap Vert, ça pétillait dans les yeux après avoir pétillé dans les verres.
On est repartis dans la nuit claire, tous bien repeints de l’intérieur, tous chaudement reconstitués. EmYo c’était bien du « bouillon pour l’âme…. » Longue vie musicale aux deux petits poulets !!

EmYo

 

Christophe Maroye : Release Party au CIAM

par Philippe Desmond, photos Jean-Maurice Chacun.

CIAM Bordeaux

Vendredi 5 mai 2017

Concert Release Party de l’album « No Turning Back » de Christophe Maroye hier soir au CIAM, la dynamique école de musiques – au pluriel – de Bordeaux. Action Jazz l’avait présenté en avant-première dans la Gazette Bleue #20 de janvier et il nous tardait de voir sa restitution sur scène. Très beau disque en effet, qui tranche de la production actuelle, instrumental aux climats variés il flirte avec pop, rock , blues et jazz. Un album où la guitare est reine, acoustique, électrique, avec ou sans effets.

Son dernier CD comme il dit avec humour car c’est surtout son premier, a été enregistré à trois mais là ils sont cinq, Christophe ne pouvant pas de dédoubler en live. Ainsi Didier Ottaviani est toujours aux baguettes et Hervé Saint-Guirons aux commandes de son orgue Mojo, accompagné de Leslie, sa fidèle cabine. Le trio est complété par Matthis Pascaud à la Fender Jazzmaster et la Lap Steel Guitar, Marc Vullo tenant la basse électrique.

Deux amplis par guitare, une grosse sono, des pédales d’effets partout, de quoi permettre à la musique de vous traverser les oreilles et tout le corps, on va s’en rendre compte de suite.

  1. Le premier titre est en effet la synthèse de ce tout que l’on va entendre, une atmosphère souvent aérienne malgré une forte rythmique, originale de surcroît avec l’utilisation de pads par Didier Ottaviani – pour une fois – et une mélodie simple.

On est de suite emporté par la profondeur de la musique. On pense au Floyd – surtout avec « Where We End » pourtant la guitare sonne plus comme celle de Mark Knopfler que de David Gilmour. Si j’en parle c’est que Christophe revendique l’influence du premier, il lui a d’ailleurs dédié un titre « #MK ».

Christophe est un sacré guitariste et il jongle avec ses guitares, citons les : Fender Statocaster et Telecaster, Gibson Les Paul et une originale Pensa MK 90 (du luthier de NYC Rudy Pensa) la guitare de devinez qui ; on vient d’en parler.

Guitariste mais pas guitar hero, pas de concours de vitesse, de démonstration technique sans émotion, mais des chorus ressentis et toujours mélodieux. L’usage sage et élégant des effets est à souligner et les dialogues avec la guitare de l’excellent Matthis Pascaud – récemment vu au Rocher avec Benoît Lugué – marquent la forte présence de cet instrument, c’est bien un album de guitariste comme va nous le confirmer la surprise finale.

Excellent compositeur aussi comme le prouvent les dix titres du CD auxquels on a droit ce soir. Une musique qui propose des climats, fait défiler les paysages. Du funk parfois comme « Disco Disco » du blues avec « NOLA Dreaming » où ce soir le rare lap steel de Matthis remplace le banjo de l’album.

L’occasion pour Hervé Saint-Guirons de s’éclater au Mojo, pas au mojito… On adore Hervé à l’orgue.

Dans l’ombre essayant de se cacher, mais souvent chambré avec fausse maladresse par Christophe et le running gag du « dernier album », se tapit Marc Vullo. Homme discret mais bassiste omniprésent il assoit la rythmique de façon magistrale ; indispensable.

Sur le dernier des dix titres, l’influence guitaresque est à son comble, Didier Ottaviani laissant ses baguettes pour une guitare acoustique dont les accords –  chaque fois acclamés – vont émailler une belle ballade ; surprise pour – presque – tout le monde !

Belle conclusion de ce concert de Christophe Maroye dans une ambiance sympa avec une salle remplie de tous ses potes. Il a bien embarqué tout le monde dans son univers.

Un rappel avec une deuxième couche de « No Turning Back » où malgré le titre on retourne en arrière sur le premier titre joué et un beau succès qui en appelle d’autres espérons le.

www.christophemaroye.com

Eric Seva à Villeneuve sur Lot

Texte Patrick Braud, photos Philippe Marzat

Eric Seva, Théâtre Georges Leygues, Villeneuve-sur-Lot, le mardi 7 mars 2017

            C’est au théâtre Georges Leygues de Villeneuve-sur-Lot qu’eut lieu le troisième concert du nouveau projet du saxophoniste et compositeur Eric Séva. C’est un concert pour remercier le théâtre et sa ville qui ont soutenu ce projet de retour vers les racines du blues, et bien sûr, un concert pour présenter généreusement ces nouvelles compositions au public. On remarque qu’Eric Séva n’est pas avare en remerciements et qu’il tient à faire savoir que des soutiens institutionnels ou associatifs lui sont importants.

            Le théâtre Georges Leygues est un théâtre à l’italienne, et ce soir-là, en pleine semaine, le public remplit deux balcons sur trois et presque tous les fauteuils d’orchestre. La scène est complètement occupée par le quintet. C’est un théâtre de l’époque de l’art moderne : il est rigide, ses colonnes sont massives. Les sonorités cool du blues de ce soir lui feront du bien. Il avait besoin de rondeur et d’un côté plus chaleureux.

             Noir dans la salle, une lumière rouge se pose en douceur sur les artistes. Le piano, la guitare, le saxophone, la basse et la batterie se mêlent à l’unisson. C’est entraînant et cependant plutôt doux. Saxophone et guitare se confondent, prennent une place de leader en commun, puis se séparent sans se diviser, c’est un dialogue au sous-entendu rock. Normal, ce « Monsieur Slide » est inspiré du travail d’Eric Séva avec Chris Rea. L’ensemble des instrumentistes reprennent le thème, puis, comme pour se présenter, chacun à son tour entame un rapide chorus.

            A peine un souffle, et nous sommes pris dans des mesures chaloupées. Stéphane Huchard, à la batterie est discret mais efficace et ses effets sont variés : caresse des balais, frappe des baguettes.

Manu Galvin fait s’envoler sa guitare en multiples croches dans un long chorus efficacement soutenu par tous, sauf le baryton de l’équipe. Car, oui, Eric Séva joue du saxophone baryton. Ce n’est peut-être pas le mal-aimé de la famille des sax, mais ce n’est assurément pas le plus commun. C’est une distinction discrète de l’artiste. Et s’il n’est pas avec la guitare, c’est qu’il prenait ses forces pour se lancer en second dans un long chorus. Non seulement, Eric Séva a choisi l’originalité du baryton, mais en plus, les effets de souffle et les touches ne lui suffisent pas. A la pédale, il met en sourdine son sax avant de le rendre plus éclatant, il joue de plusieurs effets difficiles à décrire mais qui augmentent les possibilités sonores de son instrument. Invention et discrétion : aucune esbroufe à ces effets, juste des possibilités majorées. Discrétion toujours, s’il assure un chorus, il n’est pas le leader devant lequel les autres musiciens doivent s’effacer, non, non. D’ailleurs, le troisième chorus est pour le claviériste Christophe Cravero qui joue des notes de cristal. On entend un grand titre de blues, mais non, mais non, il est tout « miniscropic » annonce le saxophoniste qui a repris un mot de son petit garçon pour le titre. Il y a assurément de la tendresse dans ce thème.

 

            Le titre suivant est assurément cool, la batterie est presque nonchalante, et pourtant bien efficace et précise. Un équilibre qui témoigne de la maîtrise de l’instrument. La guitare, elle, est plus incisive. Comme tout à l’heure, elle lance le premier solo. Mais, comme précédemment, chaque instrument a sa place. Et même, on sent que les musiciens s’amusent, qu’ils profitent de leur liberté. Ils se lancent des phrases, se répondent, et toute cette joie entraîne le public, qui, à chaque morceau, applaudit généreusement.

            De très beaux morceaux de blues jazzy. Mais pour ce projet de retour à la racine, au blues, il fallait plus que des instruments : le blues, c’est un chant, c’est un cri. Eric Séva a donc le bon goût d’inviter Michael Robinson sur scène. Il ensoleille de sa voix douce et chaude, deux blues.

Le premier, blues archétype, pour lequel  Manu Galvin sort des larmes de sa guitare, ce qui provoque une vive émotion dans le public.

Le sax, soprano, traduit la douleur du chant en notes. Le deuxième se joue en trio : la voix est céleste, la guitare rythmique et terrienne et le soprano follet et aérien. C’est l’histoire, que l’on imagine tragique, de « Marie-Angélique ». Si la plainte s’entend, ce qui résonne encore quelques jours plus tard, c’est le refrain si bien exprimé par le chanteur. S’il quitte la scène c’est pour mieux revenir interpréter, en rappel, en cadeau, un texte inédit de Claude Nougaro mis en musique par Eric Séva : « Ici », une émotion et un attachement au pays cathare.

             Même s’il n’est pas chanté, le blues peut être politique. Le effets de souffle et d’écho du baryton, le martèlement d’une cymbale donne la saisissante impression d’un train au départ. Un « Train clandestin », celui que les Noirs du Sud prenaient pour s’échapper dans le Nord des Etats-Unis, là où l’esclavage était aboli. Chaque instrument prend le train. Paysage baryton, paysage soprano. La batterie récite un conte africain d’espoir et de révolte. Un sax joyeux et plein d’espoir lui répond. Du  futur album (il faudra patienter jusqu’en octobre), c’est ma composition favorite. Elle est enrichie de riches improvisations ce soir.Trois autres titres s’enchaînent, toujours enrichis de ses multiples échanges entre les instruments ou de riches chorus, dont deux, le premier à la basse électrique, le second à la contrebasse, de Christophe Wallemme, peut-être resté plus en retrait que ses compagnons lors de ce concert.

 

            Le public est ravi, heureux. Et généreusement, le groupe lui offrira trois titres en rappel, dont, belle conclusion, une « Georgia on my mind », presque soul.

 

Concert de Frank Catalano au Rocher de Palmer

Photographies d’Alain Pelletier

 

Après nous avoir très gentiment accordé un entretien à paraître prochainement dans la Gazette bleue, Frank Catalano est monté sur scène, calme et détendu, accompagné non pas de ses compagnons habituels mais de trois “French guys” avec qui il a répété pendant quelques jours à peine. Le premier, Manu Dalmace, le batteur, est un ami de Frank Catalano qui l’a chargé de recruter les deux autres : à la contrebasse, Jean Bardy, “jambe hardie” nous a-t-il lancé en souriant (et les jeux de mots à deux cents sont d’excellents moyens mnémotechniques) et Patrick Villanueva au clavier. Un accord parfait commentait Frank Catalano. Une histoire d’amitié et de feeling.

Entrevue Action Jazz avec Frank Catalano

 

Feeling swing d’abord qui ne laisse pas les choses comme Duke Ellington les a laissées mais qui introduit des accents coltraniens au saxophone sur “Things as they use to be”. Le saxophone mène la partie et le groupe groove. Au clavier, des frappes de piano mais avec un sustain d’orgue, un mélange des deux instruments pour un voyage détendu alors que le sax s’est tu. Jean Bardy se lance ensuite dans un beau solo avant que le thème ne soit repris par l’ensemble des musiciens.

Catalano au saxophone, J.Bardy à la contrebasse

Saut dans l’histoire du jazz, saut géographique, nous sommes maintenant à Chicago, ville blues, pour une composition originale mais en hommage à l’un des maîtres saxophonistes de Catalano : Eddie Harris. Ca commence par un rythme saccadé, c’est entraînant. Le sax est parfois rauque, rocailleux, le clavier a cette fois-ci un son funk des années 1970. Manu Dalmace se lance dans solo, entrecoupé de relances au saxophone, qui augmente le rythme et qui explore les roulements et les frappes.

Changement d’ambiance pour le morceau suivant que Catalano dédie à sa femme Sona. C’est un blues profond, tendre que le Villanueva étend comme une ballade tandis que le sax reste plus concis, plus groovy aussi, voire orageux sur la fin, avant un retour à la quiétude.

Villanueva au clavier, Dalmace à la batterie, Catalano au saxophone

Différentes couleurs de jazz donc pour ce concert, et même parfois au sein d’un même morceau. Des contrastes aussi : après ce blues tendre, un morceau joyeux et sautillant, mais gentiment tordu et distendu par Bardy pendant son solo avant que Catalano ne se lance dans un chorus épique, très parlant, chaud, entraînant, sonnant très parkérien.

Ce n’est pas toujours l’alternance entre blues doux et thèmes rythmés, non, c’est plus subtil. Une même mélodie peut être dans un équilibre difficile à la fois languissante pour le piano et le sax et sautillante pour la section rythmique. Le saxophone, toujours sensible dans la tristesse ou dans la joie, mêle parfois deux émotions en même temps comme une tristesse rageuse sur “Our love is here to stay” que Catalano jouait lorsqu’il accompagnait Tony Benett.

Mélange d’époques aussi : “Shaken” par exemple, composition originale, commence par un gimmick plutôt rock. C’est un jazz très contemporain soutenu par une contrebasse profonde et qui laisse place à un long solo de batterie bien véhément. Mais le sax au groove rock s’épanche parfois vers un free digne de Coltrane. C’est un peu une histoire du jazz, mais condensé, rapide. Pas un article d’encyclopédie poussiéreuse, non, une histoire vivante et sautillante. Une démonstration en action que cette musique est bien vivante et qu’elle émeut.

En rappel, un des premiers thèmes que Catalano jouait, très jeune, dans les clubs de Chicago. Un thème utilisé par la bande originale du film “Retour vers le futur”. Excellente conclusion pour ce concert. Un retour vers les racines du jazz jusqu’au blues et une propulsion vers son futur, en passant par des périodes teintées de rock ou de funk.Ce concert fut une excellente introduction à l’oeuvre du talentueux Catalano mais aussi une bonne introduction au jazz dans sa variété : contemporain, blues, rock, funk, be bop.

Catalano and his three French guys

Deux envies en sortant du concert : prolonger l’écoute du travail de Catalano en achetant l’un de ses disques, (ré)écouter Coltrane, Parker, Eddie Harris, Tony Benett, parmi les artistes dont il fut question ce soir.

   

Laurent Robino à l’Avant-Scène

 

Par Philippe Desmond

Bar l’Avant-Scène

Bordeaux le samedi 29 avril 2017

Il est toujours intéressant d’aller découvrir un jeune musicien surtout quand il est entouré « d’anciens » disons de gens qui ont déjà fait leur preuves. C’était le cas ce samedi soir à l’Avant-Scène le petit bar qui est pourtant un haut lieu du jazz bordelais. Combien y sont passés et de célèbres en plus !

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Nous voilà donc ici pour retrouver le Bordelais de 26 ans à peine, le saxophoniste alto Laurent Robino. Sauf qu’il a fait des infidélités à notre pourtant si belle ville – tout le monde le dit maintenant, ça doit être vrai – pour suivre un cursus au conservatoire de musique de San Sebastian, le réputé Musikene. Etudes mais aussi rencontres de nombreux musiciens et non des moindres notamment au gros festival de cette ville. Des progrès et ainsi l’admission dans le non moins prestigieux Prince Claus Conservatorium de Groningen en Hollande en 2015. L’occasion, en relevant ce brillant cursus, d’évoquer avec cet ancien du Berklee College de Boston qui l’accompagne ce soir le manque flagrant en France d’une formation universitaire diplômante de haut-niveau pour les musiciens. Certes il y a les conservatoires mais les équivalences avec l’étranger sont plus difficiles à faire car moins nettes du fait du type de formation moins universitaire, au sens d’universel, qu’ailleurs. Un sujet de plus pour nos futurs dirigeants si jamais la formation culturelle venait enfin à les intéresser… Mais ce n’est pas le propos.

Cet ancien de Berklee c’est le musicien et contrebassiste Olivier Gatto du très solide donc. A ses côtés à la batterie Philippe Gaubert toujours dans les bons coups lorsqu’un bon musicien débarque à Bordeaux, un vrai pivot local.

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Ils ont joué en trio les jours précédents mais ce soir puisqu’il y a un piano sur place il y aura aussi un pianiste, Loïc Cavadore, que personnellement j’adore. Pour se faire entendre il a déshabillé complètement le piano le faisant ressembler à ces bastringues de saloon tels que le cinéma nous les fait revivre , ou invente. Spectacle insolite que cet I-Phone posé contre les marteaux pour délivrer la grille.

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Attablé à mes côtés, mais il ne jouera pas, un autre ancien de Berklee, le saxophoniste ténor Alex Golino. Il est venu écouter un de ses anciens élèves qui va le remercier en lui jouant une composition be-bop écrite en son honneur « Goalino » ; qu’Alex lui ait permis d’atteindre son but est évident. Car Laurent Robino en plus d’être un excellent saxophoniste alto au son naturel et chaleureux, profitant de toutes les tonalités que lui offre son instrument est aussi un très bon compositeur.

Il va nous le montrer aussi par cette belle ballade, dédiée elle à sa maman présente ce soir. Loïc Cavadore la débute en solo par un concerto – il a une formation classique, ça se sent – et une fois que les trois autres l’auront rejoint prendra un chorus inspiré de toute beauté. Tout le concert il va nous régaler.

Olivier Gatto est ce soir en grande forme, la Juve a gagné la veille et à l’approche de la rencontre contre Monaco mercredi il est remonté comme une pendule. En attendant il va nous montrer qui il est si on ne l’avait pas déjà remarqué. Sa longue et lyrique intro d’une autre composition de Laurent dédiée cette fois à son oncle ou ce chorus d’un autre monde mêlé de percussions à la façon d’un Mingus, d’une profondeur très émouvante dans le « Steeplechase » de Charlie Parker vont même arriver à nous surprendre encore. Les réactions du public très averti pour la plupart sont révélatrices.

C’est ce qui est bien avec le jazz quand un concert comme celui-ci, tout simple (!) sans tapage, purement acoustique, arrive à vous procurer de fortes émotions.

On sent même parfois le jeune Laurent au spectacle. Philippe Gaubert n’a pas la tâche facile ce soir, lui le puissant batteur il doit aussi rester au service des autres pour leur tisser un tapis de percussions adapté. Baguettes, balais, mailloches tout va y passer pour construire une ambiance rythmique impeccable.

Avec un telle trio Laurent est en confiance et aussi bien dans ses compos que dans les standards (« Nardis » de Miles, « Beatrice » de Sam Rivers…) il fait chanter son alto blanc – ça va avec tout – ose prendre des risques, qui d’après les mimiques que fait Olivier le surprennent parfois. Encore un peu de timidité dans ses présentations mais qui disparaissent vite bec en bouche. Un musicien qui monte c’est sûr.

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Un tout jeune de 19 ans viendra rejoindre avec succès le quartet avec sa trompette, Vincent Gaubert, le fils, sur « Well You Needn’t » de Monk. Festival de chorus pour tous sur ce dernier titre, super. Un autre Gaubert est là aussi mais avec ses 13 ans n’ose pas sortir son sax.

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Mais dans le jazz ce n’est jamais fini et c’est Iano Anselmo qui prendra les baguettes pour un bonus en trio piano contrebasse batterie.Un excellent choix que d’être venu ici alors que la programmation musicale et particulièrement jazz dans les environs était ce soir très riche. Choisir c’est renoncer dit-on, mais là vraiment aucun regrets !

Et demain la journée va être riche et longue avec le Jazz Day #2 à Saint Macaire mais ça on vous en reparlera dans la Gazette Bleue de juillet, patience !

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C’est bon vous avez noté, il s ‘appelle Laurent Robino.

Mayomi Project : Latin Jazz à la Belle Lurette

Par Philippe Desmond.

La Belle Lurette, samedi 22 avril 2017.

Saint Macaire (33)

Pendant tout ce mois d’avril la Belle Lurette s’ouvre à tous les styles de jazz. Après le tonitruant concert de jazz fusion de Tom Ibarra, le jazz hard bop mélodieux de Nokalipcis, l’ambiance ce samedi était au jazz latino avec le Mayomi Project.

Mayomi Moreno est cubaine, installée dans la région depuis quelques années. Certains l’ont connue comme chanteuse avec Akoda ou encore actuellement avec le Latin Spirit. Elle a décidé de monter son propre projet et ce soir c’était le 4ème concert de cette formation.

Les influences sont ses propres racines, les traditions afro-cubaines et plus largement world music tout ceci avec une forte touche de jazz notamment dans les parties instrumentales empreintes de liberté et d’improvisations. Chantant en espagnol ses textes sont évidemment plus difficiles à capter mais, comme elle le précise en français lors de ses présentations avec cet accent si dépaysant, font référence à son pays d’origine, tel qu’elle le voit ou le rêve d’ici, évoquent bien entendu l’amour, quelquefois perdu, la fête et d’autres thèmes universels.

Mayomi c’est surtout un tempérament de feu, une boule d’énergie communicative, le corps toujours en mouvement et une voix, une vraie voix puissante certes mais surtout pleine d’émotion.

Elle a su s’entourer de musiciens dont on pourrait douter qu’il soient français et non cubains. Ça sonne authentique avec donc cette signature de jazz que certains pratiquent plus couramment. Grosse assise rythmique avec Gaëtan Diaz, un familier du lieu, batteur tout-terrain puissant et fin, capable de mener n’importe quel type de rythme ; avec Thomas Labadens un excellent bassiste capital dans ce genre de musique mais sans en faire trop ; avec Lionel Galletti et son armada de congas, son bouquet de batas indispensables pour la couleur latina ou cubana. Des envolées rythmiques infernales de haut niveau ont ainsi transformé la Belle Lurette en club – prononcer cloub – de Santiago de Cuba, la ville d’origine de Mayomi.

En soutien de la voix et pour soutenir la mélodie il y a Michaël Geyre au clavier électrique, qui nous avait bien caché son jeu, plus habitués que nous sommes à l’entendre à…l’accordéon ; il est un redoutable pianiste extraordinaire dans ce registre latino. Usant très parcimonieusement mais fort à propos d’effets électros, il appose cette couleur très jazz grâce à ses chorus inspirés et bouillonnants. « Je ne joue pas souvent de piano » me dira t-il… Ah bon ! « D’ailleurs de temps en temps on m’appelle même pour que je conseille un pianiste… » ; sans commentaire.

Mais le leader c’est Mayomi, par la plupart des compos bien sûr, même si des standards cubains sont repris, et aussi par son abattage, invitant le public à participer, à chanter à danser. Elle scate aussi et dans un registre coloré inhabituel. Oui on est loin du jazz figé, on est dans la fièvre, l’émotion. « Un ou deux cuivres en plus et ce serait parfait » me glisse un ami, pourquoi pas.

Le groupe sera bientôt en résidence à Sainte Eulalie avec la réalisation d’un album et un concert le 16 juin prochain.

Il s’en passe des choses à cette Belle Lurette et ce n’est pas fini, samedi prochain il y aura le jazz swing de Flora Estel et Hot Pepino, de la musique pour tous les goûts vraiment.

Et n’oubliez pas, le lendemain, dimanche 30 avril, aura lieu le deuxième « Jazz Day » de Saint Macaire avec notamment Le Coltrane Jubilé autour de Thomas Bercy et Maxime Berton avec Bernard Lubat comme invité et l’exposition de photos des « Blue Box » le collectif de photographes d’Action Jazz ; pas de chance, aucun n’était avec moi ce soir.