Alma Caribe : Gatto/Rodz and friends

Le Caillou, vendredi 15 septembre 2017

Olivier Gatto a de la chance, il a épousé sa muse qui ainsi l’inspire pour ses créations musicales dont la dernière baptisée Alma Caribe. Shekinah Rodz puisque c’est d’elle qu’il s’agit, vient de Puerto Rico cette île des Caraïbes associée aux USA ; ce territoire est aussi appelé la isla del encanto (L’île de l’enchantement) Shekinah en est une preuve vivante et musicale éclatante. Et en plus il paraît qu’elle fait très bien la cuisine de son pays ; vraiment de la chance.

Qui dit cuisine dit salsa et c’est donc à cette sauce aux influences, latines, africaines et locales qu’Olivier Gatto a réarrangé des titres de jazz be bop ou hard bop ou encore de soul pour ce nouveau répertoire. Set list en fin d’article.

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Pour le choix des musiciens, en plus de Shekinah, une première touche d’Antilles avec Francis Fontès le plus guadeloupéen des pianistes bordelais, ou l’inverse, une seconde avec Frantz Fléreau lui aussi de Guadeloupe et percussionniste installé à Bordeaux depuis près de vingt ans et qui pour des collaborations ou des stages de formation parcourt le monde entier. C’est d’ailleurs à New York il y a peu de temps que ce dernier a appris, grâce à un ami batteur commun, l’existence à Bordeaux d’Olivier Gatto ! Le monde est grand et petit à la fois. Philippe Valentine lui apporte son savoir multiple à la batterie comme va nous le confirmer le concert.

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C’est le second concert de la semaine du groupe au Caillou où la configuration d’hiver a été reprise plus pour des affaires de voisinage grincheux que de météo ; encore que ce soir là, toujours en été sur le calendrier, la chaleur de la salle soit bien préférable à la tristesse grise de la terrasse.

A cinq et avec tout le matériel sur la petite scène il a fallu se tasser, je cite Olivier : « 4 congas,1 ka,1 barril,1 drumset,1 upright bass, 1 keyboard, 1 flûte,1 soprano sax,1 alto sax, 2 bells, chimes etc ». Lui a justement pris, une fois n’est pas coutume, sa Silent Bass Yamaha à la taille de guêpe beaucoup moins encombrante que son armoire normande habituelle.

Dès le premier titre, « Think on Me » de George Cables, le ton est donné, avec une telle sauce – une salsa pareille – nous sommes bien chez Shekinah. On ne peut que penser aux malheurs qui viennent de s’abattre dans ces contrées malgré la chaleur pleine de gaîté de la musique. Shekinah éblouit à la flûte ; de toutes les façons Shekinah éblouit toujours, même au piano… de la cuisine.

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« What’s Going On » fait partie du répertoire « classique » d’Olivier Gatto et c’est toujours un bonheur de l’entendre. L’apport des percussions de Frantz est indéniable, il ajoute cette belle couleur afro-latino à ces titres de jazz et quel talent lui aussi ! Le hard bop s’interpose entre les passages « calientes », il est là en fond ne réduisant pas cette musique à du pur latino souvent lassant à la fin. Les qualités d’arrangeurs d’Olivier Gatto on les connaît, on les retrouve ici. Les chorus s’enchaînent et Francis Fontès n’est pas le dernier à prendre son tour ; avec du Herbie Hancock et du McCoy Tyner au programme il est la fête et lui aussi s’arrange avec eux y mettant sa signature antillaise ancrée dans les gênes.

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Que cette musique est belle, chaleureuse, que ces musiciens donnent, partagent avec nous. Une confirmation, mais on le sait depuis si longtemps, Philippe Valentine sait tout faire ; il enseigne la batterie et ses élèves ont bien de la chance d’avoir un professeur qui certes connaît la théorie – c’est un peu le principe du métier – mais qui surtout en maîtrise parfaitement la pratique. Binaire, ternaire ou rythme de samba, il est là.

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Olivier lui quand il joue on se demande toujours où il est, ce soir il ne quitte pas Shekinah des yeux, s’amuse de sa muse. Le son de cette contrebasse est vraiment bluffant même si lui ne l’aime guère le contact corporel et la résonance étant bien différents d’une vraie « doghouse ».

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Shekinah non contente de nous jouer de la flûte, du sax alto, du soprano, chante aussi à la grande surprise de ceux qui ne la connaissent pas ; il y en a encore trop. Mais comme cela est insuffisant elle nous propose des duels/duos magiques aux percus avec Frantz ; et insatiable elle souffle dans ses sax en jouant de la cloche au pied, pas à cloche pied.

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Le public aura du mal à les laisser partir tout comme mercredi pour le même concert au même endroit ou a surgi par surprise à la toute fin Terreon Gully, l’immense – par le gabarit et le talent – batteur de Dianne Reeves qui venait de terminer son concert au Rocher. Terreon fait partie d’une autre formation d’Olivier Gatto, le Spiritual Warrior Orchestra chroniqué dans ce blog en février dernier. Un peu timide Terreon a fini par prendre les baguettes pour étaler toute sa classe.

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Avec Terreon Gully (Photo Dom Imonk)

Si dehors il fait encore plus frais, dans nos têtes et dans nos cœurs la température a monté et pour de longues heures.

Set List :

1. Think on Me (George Cables)
2. What’s Going On ( Marvin Gaye)
3. Phantoms (Kenny Barron)
4. Man From Tanganyika (McCoy Tyner)

1. I Have a Dream (Herbie Hancock)
2. United (Wayne Shorter)
3. Obsesión (Pedro Flores)
4. La Havana Sol (McCoy Tyner)

Encore :
1. Why ( Victor Lewis)
2. Wise One (John Coltrane)

Roger Biwandu invite Camélia Ben Naceur à l’Apollo.

L’Apollo, Bordeaux le 13 septembre 2017.

Pas de jazz à Bordeaux ? Pas hier soir en tous cas ! Pensez donc Dianne Reeves remplissait la 650 au Rocher, Olivier Gatto présentait son nouveau projet « Alma Caribe » au Caillou et pour sa carte blanche à l’Apollo Roger Biwandu invitait la pianiste Camélia Ben Naceur. L’embarras du choix, embarrassant en effet. Par chance Olivier Gatto revient au Caillou ce vendredi, alors pour moi ce sera l’impasse pour la grande Dianne ; mais une équipe d’Action Jazz y était et vous en parlera.

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Roger Biwandu entretenait le suspense depuis quelques semaines sur l’identité de son invitée baptisée pour la circonstance Caramelito. La dernière fois il l’avait appelée Victoria Principal ! Mais nous étions quelques uns à avoir compris de qui il s’agissait car il nous annonçait une pianiste exceptionnelle et des comme Camélia il n’y en a pas beaucoup.

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Un certain Billy Cobham s’en est d’ailleurs aperçu et il en a fait sa pianiste titulaire depuis bientôt dix ans ; elle était avec lui lors de son dernier passage au Rocher. Camélia joue aussi avec les Jazz Paddlers autour de Jean-Marie Ecay et de musiciens de la région – en principe – tous surfeurs. Le batteur bordelais Joris Seguin en fait partie. Il est là ce soir et me parle du grand professionnalisme de son amie Camélia. Le talent certes, il est immense, la passion bien sûr, il suffit de la regarder jouer, mais surtout énormément de travail.

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Perfectionniste aussi jusqu’au bout des doigts comme ces gants de manutention qu’elle met pour ranger son matériel et préserver ses petites mains qui sont un trésor. Et par dessus tout Camélia c’est une boule d’énergie qui donne beaucoup au public et à ses partenaires musiciens, elle est toujours à 200% me dit Joris, il y a longtemps que je m’en était aperçu. Camélia c’est un miracle au piano si on veut faire un mauvais jeu de mots car elle vit à Lourdes où entre deux tournées dans le monde avec Billy elle vient se ressourcer.

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Et donc hier soir elle était la vedette de ce magnifique trio, Roger à la batterie bien sûr et Nolwenn Leizour à la contrebasse. Roger n’est certes pas misogyne mais surtout il aime à s’entourer d’excellents musiciens et d’ami(e)s ; le fait que ce soit des femmes ou des hommes est subalterne.

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Le répertoire est très éclectique, alternant les titres punchy et des ballades profondes. Dans ces dernières l’explosive Camélia est capable de maîtriser sa fougue et de la transformer en délicatesse, de jouer en gouttelettes, de montrer sa sensibilité. Mais elle peut tout à coup en quelques mesures y introduire un groove surprenant. Et là l’entente parfaite avec Roger et Nolwenn est éclatante. Il faut les voir s’écouter, se comprendre, anticiper, marquer des breaks, se répondre.

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Bientôt Roger Biwandu va venir jouer avec un tambourin – mon rêve me dit-il – il a en effet pris ce soir un jazz set minimal, caisse claire, grosse caisse, charley et une seule cymbale. Comment faire tant de choses avec si peu de choses ? Un pied de nez à Camélia et à son patron Billy Cobham qui lui joue avec un vrai show-room ? Les soirs de jazz Roger, je l’ai souvent dit, joue de la musique plus que de la batterie, un régal pour les oreilles et les yeux.

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Nolwenn avec toute la discrétion qui la caractérise est à l’ouvrage, elle finit épuisée. Son rôle indispensable pour l’assise du trio est évident et elle a pris ce soir autant de chorus que certains dans une année. Ses dialogues avec Camélia sous les yeux admiratifs de Roger sont à souligner et leur accolade finale est révélatrice.

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Camélia a elle tenu ses promesses, comme toujours, avec ce bonheur de jouer et d’écouter les autres. Elle aussi a fini épuisée, des crampes dans les poignets de ses quatre mains (!) tant elle a donné d’accords et de triples croches.

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Une idée m’a traversé l’esprit pendant cette soirée, comment tous ces gens qui passent dans la rue entendant et voyant le concert à travers la vitrine de l’Apollo ne prennent-ils pas le temps de rentrer, comment peuvent-ils se priver de tels moments de bonheur…

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Set List

Black Nile (W. Shorter)

Dolphin Dance (Chet Baker)

You the Night and the Music (Arthur Schwartz)

Dindi (A.C. Jobim)

Sing a Song of Song (Kenny Garrett)

 

Caravan( Juan Tizol- Duke Ellington)

There is no Greater Love (Isham Jones)

I Have a Dream (Herbie Hancock)

Anna Maria (Wayne Shorter)

Moment’s Notice (John Coltrane)

Jazz à la maison ; Sophisticated Ladies

Samedi 9 septembre 2017 quelque part près de Bordeaux

Les occasions d’écouter du jazz sont assez nombreuses même si certains pensent le contraire, festivals, concerts, bars… Mais quand on aime vraiment ça, cela ne suffit pas alors on se les invente et au lieu d’aller vers les musiciens on dit à ceux-ci de venir chez soi. C’est l’esprit de Jean-Gabriel Guichard amateur éclairé et trompettiste à ses heures qui pratique cette formule depuis quelques années. Une soirée à la maison avec un concert de qualité, de quoi se restaurer et désaltérer avec modération. Pas une mince affaire à organiser avec une cinquantaine de personnes tout de même à recevoir et entasser dans son séjour. Réseaux d’amis, de leurs amis, il y a même à chaque fois une liste d’attente.

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Il faut dire que la programmation est ici toujours d’une grande qualité et choisie pour un public qui n’est pas forcément spécialiste. Pensez donc, la plupart des présents ne connaissaient pas Action Jazz ! Mais ça y est il connaissent !

Au programme ce soir les Sophisticated Ladies qui invitent Shekinah Rodz. A la tête du trio Rachael Magidson l’américaine de Bordeaux, trompette, batterie et chant, entourée de Laure Sanchez, contrebasse et chant et Paola Vera, anglaise d’origine vénézuélienne, piano et chant.

La portoricaine Shekinah a déjà fait partie des SL dans le passé, tout comme d’autres musiciennes notamment Valérie Chane-Tef ou Nolwenn Leizour, par contre elle n’a jamais joué avec ce trio là ; mais pas d’inquiétude… Elle est venue avec son sax alto, sa flûte et bien sûr sa voix. Vous trouverez des reportages sur Shekinah, Rachael et Laure dans la Gazette Bleue (liens en bas de page).

Pendant que l’apéritif d’accueil se déroule, la mise en place se fait sur la scène improvisée à côté de la bibliothèque ; réglage de la sono légère, accord des instruments, finalisation de la set list, ces dames travaillent.

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Au fait quelle est la différence entre un groupe de jazz féminin et un groupe de jazz normal masculin (je provoque exprès) ? Musicalement aucune. Récemment j’ai eu la chance de voir le Rhoda Scott Lady quartet et je m’étais fait la même réflexion. Et pourtant quelle suprématie machiste dans ce monde du jazz où les femmes sont souvent cantonnées au rôle de chanteuses. Rachael raconte qu’un jour, arrivant avec les SL, on leur a demandé où étaient leurs musiciens…

Le concert va se dérouler en deux sets, et oui il faut bien se nourrir, dans la proximité – pas promiscuité – obligée et si agréable de ce séjour bondé. Cette proximité elle permet en effet de sentir et voir les choses se faire, d’entendre le son naturel des instruments, les cliquetis des clés du sax, le chuintement délicat des balais sur la peau de la caisse claire, le souffle des chanteuses.

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Nous voilà partis dans le New York des années 20 pour le premier titre où Rachael jongle entre sa trompette et sa batterie légère, une prouesse, puis très vite Shekinah vient enflammer tout ça avec son sax alto ; quelle énergie possède t-elle !

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Belle version d' »Afro Blue » chantée par Laure et sa voix veloutée, très légèrement et agréablement voilée.

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Shekinah en profite pour épater tout le monde à la flûte. Au piano je découvre le talent de Paola que je n’avais vu qu’une fois dans l’ambiance bruyante du Molly Malone’s.

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Plus tard après la pause on prendra le « Tea for Two » qui aura plus des airs de Mojito for Two vu le tempo latino qui lui est donné. Une concession à ma remarque sur le genre, quand elles chantent toutes ensemble on se rend bien compte qu’elles ne sont pas des hommes. En les regardant aussi bien sûr !

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Ces quatre filles sont épatantes de talent, Rachael et son plaisir visible d’être sur scène affichant ce beau sourire permanent,

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Paola avec cette classe anglaise et cette délicatesse au chant, Laure toute frêle derrière son gros instrument qu’elle apprivoise avec grâce, Shekinah éblouissante au sax et à la flûte et si passionnée au chant.

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Mais d’où sont elles me demandent des gens ? Mais de Bordeaux, vous les avez là toute l’année, vous pouvez les voir, les entendre presque aussi souvent que vous le souhaitez ! Ne vous privez pas de ce plaisir !

Voilà « Besa Me Mucho » dont Shekinah va déchirer la langueur à grands coups d’alto, Paola et Laure nous offrant des chorus de haut niveau, Rachael cadrant tout cela avec délicatesse aux balais.

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On est bien alors « C’est si bon » et en rappel « Route 66 » au grand dam de Rachael qui voulait ressortir sa trompette. Thank you Ladies, great job !

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Ah oui on allait oublier le dessert ! C’est bien le jazz à la maison ; un seul regret, ce n’est pas la mienne alors il faut reprendre la route qui n’est pas 66…

Un grand merci à toi Jean-Gabriel et à ton épouse !

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n20-janvier-2017/

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n5/

« Round About Italy » à Sortie 13.

Par Philippe Desmond.

Sortie 13, Pessac le vendredi 1er septembre 2017

Dans le jazz on pratique beaucoup les standards qui, au sens strict du terme, sont avant tout des adaptations de chansons ou d’airs de comédies musicales de Broadway, le Real Book en est le support principal. En musique classique on pratique aussi d’une certaine façon les « standards » la différence étant qu’en jazz leur adaptation en est libre, sacrilège pour la « grande » musique.

Ces fameux standards de jazz ne sont ainsi quasiment que des titres américains ou des adaptations américaines comme pour « Autumn Leaves ». Alors, pour changer, quelle bonne idée a eu William Lecomte de proposer au guitariste italien Lorenzo Petrocca de jouer les titres phares et emblématiques de son pays d’origine ! Lorenzo est installé en Allemagne depuis très longtemps où avec William qui vivait à Stuttgart ils se sont connus. Jens Loh (contrebasse) est lui allemand et Antoine Fillon (batterie) originaire de la Gironde, qui a vécu aussi là-bas depuis vingt ans où il a fait carrière avant de revenir récemment à Lacanau.

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William Lecomte est un pianiste hors pair – en plus de ses propres projets il travaille avec Jean-Luc Ponty depuis dix huit ans – et un très grand arrangeur. Action Jazz a fait sa connaissance lors de sa participation au disque de la chanteuse bordelaise Sophie Bourgeois (voir chroniques sur le blog) ; celle-ci le qualifie d’arrangeur-dérangeur pour parfois sa façon de réécrire les titres de façon inattendue. Cette réécriture est souvent un travers de certains musiciens qui exagèrent leurs arrangements ; j’ai entendu récemment une reprise trop déstructurée de « Fever » par une chanteuse parisienne qu’on aurait ainsi pu rebaptiser « Hypothermia », glaciale… William Lecomte ne fait pas partie de ces gens-là, le respect de l’œuvre originale est toujours là, même si de temps en temps les intros vous font jouer avec plaisir aux devinettes. Le projet « Round About Italy » en est une preuve parfaite.

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Ce vendredi à Sortie 13 – le lendemain ils étaient au Baryton de Lanton – ce magnifique lieu culturel de Pessac où a lieu juste avant le vernissage de l’exposition Lumen , nous avons eu la chance d’assister à un magnifique concert avec des thèmes connus et réadaptés avec talent. Voilà « Parla Piu Piano » du Parrain où dès l’intro en solo on peut apprécier le doigté de Lorenzo Petrocca, le piano prenant le relais puis le géant allemand Jens Loh ajoutant un très bon groove avec un chorus de contrebasse chantonné en même temps.

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« O Sole Mio » habilement traité en Bossa Nova, William faisant briller de mille feux le soleil sur les touches du piano, laissant traîner par ci par là quelques citations. La ballade sirupeuse « Ancora » de la chanteuse de variété italienne Mina est traitée façon groove-rock, Antoine Fillon assurant un tempo binaire décalé par rapport à la version originale ; très habile. « Estate » de Bruno Martino tout le monde la reconnaît, Claude Nougaro l’avait reprise sous le titre « Un été » délicatesse des instruments, un moment de grâce, piano et guitare se partagent le thème en totale complémentarité sous les glissements précis des balais et une douce rythmique de contrebasse. Lorenzo joue de la guitare sans le moindre effet ce qui lui donne ce son simple et chaud à la fois très adapté à ces arrangements. Sur un thème d’Henri Mancini tiré de Pink Panther – mais pas le célébrissime titre – William Lecomte nous joue du clavietta, ce clavier dans lequel on souffle restituant ainsi ce son si particulier à la fois nasillard et mélodieux.

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« Come Prima » bien sûr, démarrée comme un concerto de piano, ce dernier soutenant ensuite le chorus de contrebasse toujours chantonné ; Jens Loh a le chic pour rendre les chorus de contrebasse très intéressants.

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Piccola pause pour picoler nous propose avec humour William ; ce lieu culturel propose aussi un bar et une petite restauration de tapas au demeurant excellents. La salle n’est pas comble mais très bien remplie pour une date un peu spéciale avec la rentrée et le rideau qui se tire sur les vacances.

Pas de musique italienne sans crooner italien, Lorenzo Petrocca qui avoue ne pas être chanteur – avec modestie mais aussi réalisme – se sacrifie pour endosser ce rôle sur un titre de Pino Danièle ; beaucoup de douceur. Voilà le tube enjoué « Volare » au refrain repris par le public, puis l’inévitable « Caruso » ses vagues de piano, ses sanglots de guitare et ses plaintes de contrebasse à l’archet ; très émouvant. Tout cela est très beau, on redécouvre ou découvre ces œuvres légères pour certaines avec surprise et émotion. Ça s’emballe avec une mazurka débutée sur un solo de batterie d’Antoine Fillon au rythme martial, le tempo virant ensuite latino ; de sacrés musiciens, il savent tout faire et très bien !

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Je vous conseille l’album « Round About Italy » sorti en 2017 chez HGBS Blue Records

Merci à ces quatre formidables musiciens, en plus des personnes d’une grande gentillesse, qui nous ont fait passer une très belle soirée en Italie.

 

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« Round About Italy » bientôt à Sortie 13

Par Philippe Desmond

Le vendredi 1er septembre aura lieu à Sortie 13 un concert de jazz original avec des musiciens d’exception. Le projet « Round About Italy » a été initié par le pianiste William Lecomte lors d’une discussion avec le grand guitariste Lorenzo Petrocca, italien d’origine mais installé en Allemagne depuis sa jeunesse. Pourquoi ne pas monter un projet autour des musiques et des chansons connues représentatives de l’Italie, il y a de quoi faire. Chansons traditionnelles, musique de films…Banco !

Jens Loh contrebassiste allemand et Antoine Fillon (rien à voir avec l’autre) batteur originaire de Bordeaux où il a appris l’instrument à l’école Agostini et installé en Allemagne, complètent ainsi le quartet.

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William Lecomte en plus d’être un grand pianiste a des talents certains d’arrangeur. Nous le connaissons à Bordeaux pour son travail avec la chanteuse Sophie Bourgeois dont la Gazette Bleue et le Blog Bleu se sont fait l’écho. Son rayonnement va bien au delà, n’est il pas depuis 18 ans le pianiste attitré de Jean-Luc Ponty !

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Et quelle nouveauté de changer un peu, même beaucoup, des standards habituels mais avec des airs que nous connaissons tous. « Caruso », « O Sole Mio », « Volare », « Come Prima », « Parla Piu Piano » du Parrain… Certains arrangements surprises vous donneront un doute un moment sur la nature du titre sans pour autant trahir les airs originaux.

Cette musique est faite pour tous les goûts, les amateurs et puristes de jazz et tous les autres. Du swing, de la bossa, plein de couleurs sur cette musique italienne déjà si particulièrement agréable. Italien ou pas, il ne faut vraiment pas rater ça.

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Un événementDruck

Gypsy Festival à Salles : jour #2

Par Stefani STOJKU ; Photos : ©Philippe MARZAT

Salles, Dimanche 20 Août

L’ambiance est calme sous un soleil bien présent. Le marchand de glaces à la plancha s’installe, et c’est au compte-gouttes que et les festivaliers commencent doucement à montrer le bout de leur nez. Pas de quoi s’étonner, la chaleur se fait sentir, le soleil brûlant sur les chaises.

GYPSY COOKER

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Les chaises sont encore vides lorsque le premier groupe de la journée se met en scène. Qu’importe ! Les GYPSY COOKER nous proposent d’entrée un menu bien garni, servis d’enthousiasme et de grands sourires. Le ton est lancé : du swing ! Du swing et de l’amour ! De la tendresse et de la bienveillance pour Hagop DEMIRDJIAN, au chant et à la guitare, ainsi tel se veut l’atmosphère de ce beau dimanche.

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On salue particulièrement la performance du violoniste qui nous traîne et nous entraîne jusqu’au dernier souffle « Korobeiniki ».

SWING DELUXE

Hagop DEMIRDJIAN : Chant, Guitare

Agnès Duteil : Accordéon

Fanny Cabaret : Contrebasse

Et ça continue côté Swing avec ce groupe de musiciens parisiens mené par, maintenant familier, Hagop DEMIRDJIAN. Petit plus, l’accordéoniste, Agnès DUTEIL qui berce les morceaux, alternant valse et swing à coup de « Sweet Sue», « Tutti frutti », « Indigo » ou encore « La vie en rose ».

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Le soleil commence doucement sa descente au son d’une accordéoniste, décidément enflammée.

« Stay with me, swing with me » est un appel au public qui y répond plutôt bien !

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Et pourquoi pas nous surprendre avec un petit jazzy- Oh, oobee doo-swing « I want to be like you », car oui, ils l’ont fait et ils ont réussi !

LES GOSSES DE LA RUE

Arno Berthelin : Flûte traversière

Nicolas Frossard : Violon

Robin Dietrich : Guitare rythmique

Nicolas Bombard : Guitare solo

Franck Richard : Contrebasse

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Cinq musiciens : une harmonie

Une lumière sur ces cinq copains d’humeur festive mais d’une concentration incroyable. Les Gosses de la Rue, ceux sont tout d’abord des Bordelais (enfin quatre d’adoption) dont la passion réunit leur style et background distincts, chacun apportant son cosmos !

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Qualité de jeu impressionnant, entre grands standards et compositions persos, c’est sur « Amsterdam » de Jacques BREL que le groupe nous propulse directement dans les étoiles ! La performance d’Arno BERTHELIN, incroyable musicien comme possédé par son instrument nous laisse en suspens, subjugués par son ardeur. De là, s’enchaînent morceaux aussi intenses que déchirants.

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Intense est le mot pour décrire l’interprétation du violoniste Nicolas FROSSARD, tout simplement sublime, notamment sur « Phantom House » ou sa rapidité et dynamisme paressent presque comme irréel. Oui, madame, monsieur, mon cœur bat et il n’est pas le seul.

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Un groupe qui fait son show, propre et haut en émotions.

Ninine GARCIA

Ninine GARCIA : guitare

Eva SLONGON : violon

Mondine GARCIA : guitare

Le dernier et non pas le moindre de ce festival : Ninine GARCIA, accompagné de sa violoniste Eva SLOGON et de son neveu Mondine GARCIA à la guitare.

Ninine GARCIA, nous offre une musique comme il n’en existe aucune autre.

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Quelques classiques joués mais surtout et essentiellement des compositions du maitre comme « Paquito », « Caporal swing » ou encore « 1940 ».

Eva, la violoniste y pose même ses mots, de sa voix fragile et printanière sur des titres tel que « Eva Swing » ou encore le célèbre « jardin d’hiver ».

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La nuit est noire et sous une pluie de remerciements et applaudissements, ce beau weekend se termine, sous les mérites de Michel LEMISTRE, sans qui, nous n’aurions pu répondre à une telle invitation musicale.

Verdict : A peine partis et déjà impatients de revenir ! Vitement l’année prochaine !

 

Gypsy Festival à Salles : jour #1

Par Stefani STOJKU, Photos : ©Philippe MARZAT

Salles, samedi 19 Août

Un autre festival de jazz… de jazz, oui, mais du gypsy jazz s’il vous plait !

Pour sa 2ème Edition, ce festival entièrement dédié au jazz manouche nous offre une programmation de charme et de merveilleuses promesses.

A SALLES, au beau milieu des Landes girondines, cette petite commune nous accueille au sein de son château, construit à la fin du XVIe siècle. Un peu à l’abandon mais aux prestations de pierres apparentes et boiseries vieillies, ce lieu offre un cadre idyllique, champêtre et apaisant.

Bottes de foins, tracteur et puits au fond du parc, le décor est planté et la scène se dresse fièrement au-devant du château sous un soleil donnant.

DJANGOPHIL

Jean-Michel BOURDIER : Guitare

Patrick PUECH : Contrebasse

Michel ALADJEM : Violon

Billy REINHARDT : Guitare

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Le premier groupe à ouvrir le festival n’est autre que DJANGOPHIL, quartet composé de deux guitares, une contrebasse et un violon. Indéniablement imprégné du grand Django REINHARDT, un des guitaristes les plus respectés et influents de l’histoire du jazz, DJANGOPHIL nous balade à travers ses œuvres ainsi que quelques interprétations de classiques voués au succès.

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Et quelle belle ouverture ! Beaucoup d’humour et du Django REINHARDT à la carte, ils nous entrainent au son des cordes et d’un violon endiablé dans un somptueux morceau en mode « Blues en Minor ». Revisitant des classiques de Django REINHARDT « Django Tiger », au « Smile » de Charlie CHAPLIN, osant même la belle bossa de Dorado SMITH, ce quartet nous emporte dans son univers bien à lui.

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L’ambiance est au rendez-vous et c’est avec un hymne aux Tziganes « les yeux noirs » que ce jazz band plein de joie conclut son show.

RIX’TET

Joris SEGUIN : Caisse claire

Pascal FALLOT : basse

Joachim MONTBORD : guitare

RIX : Chant, Guitare

Jerôme DUBOIS : Trompette

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Swing et balades des années 50 mis à l’honneur, c’est ainsi que Rix’tet prend place, guidé par la voix délicieuse d’Éric DELSAUX, dit RIX, Jérôme DUBOIS à la trompette, et les musiciens Joris SEGUIN, Pascal FALLOT et Joachim MONTBORD respectivement à la caisse claire, basse et guitare.

Le public est sous le charme et se surprend à chantonner, claper des mains, sourire aux lèvres.

Une set List accessible et idéale pour un voyage musical de rêve : la « Sweet Lauren » de Nat King Cole, le fameux « Ring Ding Ding » de Sinatra, ou encore le mélancolique « Back to black » d’Amy WINEHOUSE.

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Une corde casse à la guitare mais sans souci, RIX’TET rebondit sur un dynamique « Put it on the Ritz » de Fred ASTAIRE.

Lovers, crooners, les dames fondent à l’écoute de « Embraceable me » et « I got you under my skin », les hommes eux s’évadent sous un « Froggy day in London ». Bref, un moment totalement Oldies 50’s pour un public comblé.

Adrien MARCO TRIO

Adrien Marco : Guitare

Adrien RIBAT : Guitare

Maxime IVACHTCHENKO : Contrebasse

Adrien Marco Trio - Copie

Après une pause paella et quelques rafraichissements, c’est à 21h que le show reprend. La nuit est tombée et les lumières donnent à la scène une toute autre ambiance.

Couleurs velours et brise fraîche, le trio Adrien Marco s’installe.

Adrien Marco Trio, c’est tout d’abord Adrien MARCO, jeune autodidacte de 30 ans, tombé en amour avec le jazz manouche, le jazz dit de « DJANGO ». A ses côtés, Adrien RIBAT à la guitare et Maxime IVACHTCHENKO à la contrebasse. A eux trois, ils s’imposent avec une réadaptation de « Jardin d’hiver » et en quelques minutes hypnotisent toute l’audience, nous compris.

Adrien Marco - Copie

Véritable coup de cœur, nous découvrons alors un virtuose de la guitare manouche, ses doigts courant sur les cordes à grande vitesse et battant au rythme d’un cœur à vive allure. Un jeu de lumières surprenant et des mélodies d’un accord parfait qui repend leur amour du Gypsy Jazz, imprégnant chaque morceau d’une signature proprement singulière. Improvisations et complicité sur scène, le temps s’arrête pour un instant et le concert prend fin laissant le public en émoi.

Rodolphe RAFFALLI

Rodolphe RAFFALLI : Guitare

Sébastien GASTINE : Contrebasse

David GASTINE : Guitare

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Pour clôturer ce premier jour de festival, qui d’autre que le grand Rodolphe RAFFALLI !  De tradition manouche à des influences sud-américaines ou classiques, ce guitariste reconnu pour son éclectisme, s’assoit silencieusement sur sa chaise.

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Avec les frères David GASTINE (guitare) et Sébastien GASTINE (contrebasse), ils nous font partager des moments à la « BRASSENS » et nous emmènent dans le monde d’Edith PIAF façon RAFFALLI avec « Paname », « Milord » puis « La foule », titres enregistrés sur leur dernier album.

Grand moment et beau partage. Et il reste encore une journée !

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La nuit insoliste, Uzeste

Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

Samedi 19 août 2017, soir

Soirée de clôture de la 40ème édition du festival artistique d’Uzeste. Le concept est une promenade, plus ou moins guidée, autour du village, avec musique, acteurs, pyro, et plein d’autres trucs ! Je ne promets pas de ne pas en oublier, ni de les avoir tous reconnus, ni de raconter dans l’ordre. Mais quel désordre (l’ordre moins le pouvoir !). Au coin d’une place, d’un bois, d’une rue… nous croiserons :

Jérôme Rouger, Jacques Bonnafé, Gilles Defaques, Raphael Quenehen, Sylvain Darrifoucq, Valentin Ceccaldi, Fabien Gaston-Rimbaud, Léa Monteix, le parti Collectif, Laure Duthilleul, François Corneloup, Gael Jaton, Polo Athanase, Nenetto, Alys Varasse, les “Imaginasons” de Patrick Deletrez, Fawzi Berger, le Scrime…

Rendez-vous dans le parc, accueilli par des sons synthétisés par ordinateur. Toute proche, une scène. Sketch sur la relation acteurs-auditeurs,  le 1er rang est responsable du résultat du show, en ce qu’il filtre et réagit sur les informations, soit en les acceptant, soit en faisant écran. Je pense, dorénavrant,  éviter ces places, pourtant tentantes. En fin de diatribe loufoque (et otarie on a ri), à grand renfort de gestes genre “hôtesse de l’air  jouant des bras et des mains pour diriger les voyageurs en cas de…”, le public est séparé en deux énormes groupes qui se dirigeront dans des directions différentes. Avons nous tous vu les mêmes intervenants ??? Quoiqu’il en soit, on y va ! Des lumières, des feux partout, dans les bosquets, près de la rivière, des chants, des textes dans des endroits improbables.

En fait, dès la seconde “vraie” intervention, nous nous rendons compte que nous sommes bien plus nombreux que prévu, et tant pis pour ceux qui traînent la patte, ils ne  verront ni n’entendrons tout de ce spectacle sans cesse enchaîné et renouvelé. Sax et mandoline dessous un petit pont, musiciens en mouvement, notes furtives, tambours au loin. Des relents de musique jouée ailleurs, un violoncelle devant nous accompagne les sons diffus. Nous avançons, des rythmes créoles se précisent. Juste des voix. Du “bélé”, chanteurs cachés dans les taillis, des lampes suspendues aux arbres agitées par des mains invisibles, lumières et ombres qui se confondent. Au bout du parc, une impasse. Un mur, un oeuvrier nous apostrophe, nous encline à lire, à hurler tous, le graffiti inscrit sur le mur : “complot commun” ! Puis mouvement général droit sur le mur… en cartons, qui seront érigés plus loin, au milieu d’un délire de sons, de bruits, de musiques, de textes, où tous se demandent ce qu’ils doivent faire… mais ils le font, dans tous les sens, gloire à l’insensé !  ! Une vingtaine de tambours, caisses, percussions, crécelles et autres emmènent maintenant le troupeau, tel le joueur de flûte de Hamelin. Tous semblent être dépassés par cette marée (où on se marre bien), mais, bon enfant, elle joue le jeu au milieu des multiples feux de joie, d’artifice, follets, qui s’illuminent à chaque instant. Sur un pré, des lettres géantes : 40 ESTEJADA DE LAS ARTS… enflammées ! Tambours toujours. À l’angle d’une rue, fenêtre allumée à l’étage. Solo d’une guitare libérée de codes. Arrive une grue charriant une palette, dessus : une batterie qui donne la réplique à la gratte bis are.

On reprend la route. Tambours, feux, des instruments parcourent en courant la longue procession. Croche-pied pour la pensée qui n’a que faire ici. Il suffit d’être, pour ne pas s’emmêler les oreilles. L’instinct ! Le lâcher prise du connu est de rigueur pour ne pas trébucher sur des idées reçues, ou fixes, en tous cas inutiles ! Autre fenêtre : une jeune femme récite, plein de charme, un texte-manifeste magnifique du grand poète  gascon Bernard Manciet  . .  Pas loin, une batterie explose de joie. Un solo plein de fougue, de feux qui éclairent Louis, ricochent en même temps que les baguettes sur les cymbales. Encore des feux, des sons éparses partout, des cris, des rires, et nous arrivons en face de “l’Estanimet” où nous attend un piano, monté sur des palettes, des bougies se balancent au-dessus. Le grand Maitre d’ici officie. Bernard Lubat nous gratifie d’une aubade flamboyante en guise d’au-revoir. Tout doit se finir en chants et danses. C’est l’heure du bal. À la bonne heure ! Pas de risque de fausse note, ce n’est pas du “baloche” de banlieue ! On est chez les grands là. Alors, rien de moins que le fabuleux groupe nantais pour faire se dandiner les ours en goguette, refusant d’en finir avec la fête. Et c’est donc les musiques de Papanosh que nous emporterons dans les oreilles comme dernières fleurs de ce bouquet de bonheur que nous a offert ce festival, dernier grand bastion artistique contre la bêtise généralisée. Vivement l’année prochaine !

Uzeste : Jazzmosphère… suite

 Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

 

Uzeste, jeudi 17 Août 2017

C’est une soirée dédiée à John Coltrane à laquelle nous convie Mr Loyal : Bernard Lubat. En guise de présentation, il nous rappelle qu’un hommage ne consiste pas à copier, mais à poursuivre…

1ère partie : Coltrane Jubilé Quartet projet de Thomas Bercy (Piano), accompagné de Maxime Berton (Saxs), Jonathan Hedeline (Contrebasse) et , Gaétan Diaz (Batterie) 

Plus une revisitation, une nouvelle (actuelle) interprétation du monde musical de Trane, qu’une prolongation. Un “Giant Step” “arrangé”, tempo élastique, des libertés prises dans les suites harmoniques, réappropriation d’un thème emblématique, même si son auteur dut admettre que cette voie le conduisit à une impasse… n’empêche, bel exercice où nos 4 talentueux trublions se placent comme dignes héritiers du majestueux legs laissé trop tôt en chantier par le génial saxophoniste regretté. Puis des compositions originales, même si les 3 notes du thème de “A Love Supreme” restent le fil conducteur de cette prestation. Pourtant c’est plutôt un son post-bop, “60/70 qui en ressortira. Le piano exulte, envolées lyriques, gros travail de la main gauche omniprésente jusqu’à être percussive, sans pour autant, copier le style “blockcords” de McCoy Tyner. Le contrebassiste ressemble  plus  à Dave Holland qu’à Jim Garrisson (ou à Mr P.C.) – tant physiquement que dans le style – et c’est tant mieux ! C’est de l’air, de l’espace ! La batterie ? En place ! Sûr, ce n’est pas Jones non plus, mais… Y a le son nom de nom ! La pulsation des tambours battants battus est là, pas question de s’endormir ! Enfin : le sax, bien sûr. Jeune émulation. Gros potentiel. Se réclame  autant de Rollins que de Trane, et, in fine, la bataille des “ténors fous” n’a pas eu lieu. Tant l’un doit à l’autre.

Nous sommes tous sous le charme. Même si… nous en reparlerons.

 

2ème séance : Bernard Lubat (Piano)/Luther François (Sax et flûte)

Rescapés de la soirée de folie de lundi. Le gascon v/s  Le martiniquais. Que le meilleur gagne, y a pas de perdant ! Et allons-y jeunesse, roulez petits bolides ! Démarrage petite foulée, mise en oreille, mise en esprit. On va voir un peu de tous les côtés comment ça marche, et ça cavale, grave ! On le sent, il va se passer quelque chose, de rare… et puis voilà, ça enchaîne, direct : Naima. Là, on y est. Sans doute ce qui manque peut-être encore un peu aux précédent groupe, une forme de maturité. Un petit nuage se dessine, il y a de la place pour tous… et en voiture ! Promenade dans (et avec)  les étoiles. Ça chante, ça pétille. Tout est là, rien à jeter. L’âme de Trane nous envahit  dans une jouissance éternelle. Pour finir le set, Lubat attaque son piano par le début de l’histoire : c’est stride, ça part dans tous les coins, comme Jacky Byard aimait à s’y frotter. Le sax ? On entend Shepp, le digne successeur, Henderson, bête à part, son unique. De folie.

Avant la fin du morceau, tout le monde est debout. Heureusement, nous sommes à même la terre dans ce beau parc où est montée la scène, sinon, je ne pense pas que les sièges eussent résisté à la montée de fièvre convulsive qu’induisirent les deux fous d’amour du bel œuvre qui nous enchantèrent en convoquant le souvenir très présent ce soir, du Maître Spirituel du saxophone, toute époque, tous styles confondus

 

3ème couche : François Corneloup (Sax bar.)/Simon Goubert (Batterie) 

Le grand François, à la hauteur de son éléphantesque instrument, éternel sourire ravi, rejoint Simon  qui accordait ses fûts. Quelques lignes d’approche sinusoïdale, clins d’œil complices furtifs et, se découvre à nouveau, parcimonieusement, puis de toute évidence : Naima ! Si ! Encore plus fou, plus déstructurée, un p’tit tour à côté, ailleurs, à presque se perdre, mais non, retour aux armes honnit ! Embarqués dans un vaisseau de rêve, souffle des auditeurs retenu afin de n’en modifier le parcours tellement parfait ! C’est un flot d’amour pur qui se déverse sur nous, à en pleurer de bonheur. Une excursion un peu plus lointaine, les accords se transforment de proche en proche, juste avant de s’évanouir dans l’infini du cosmos, c’est cette bonne chère vieille “Femme Seule” (Lonely Woman) qui nous rend visite. Soirée hommage ? Ornette Coleman y est invité. Et personne ne le poussera du pied, du coude ou de l’esprit. Bienvenu petit grand Homme. Même si je n’ai souvenir de rencontre entre les 2 héros, nous n’oublions pas l’album “The Avant-Garde” (Trane et Don Cherry) où le ténor reconnaît l’altiste comme compagnon de libération. Figurez vous que c’est avec un bout de chanson de la grande Juliette Gréco que nos amis prendrons congé. Perdu, reconnu, retrouvé… on s’est, on sait. Tout. No comment. L’histoire parle d’elle-même. Sarabande furieuse. Les peaux tonnent, cymbales éclatantes, le pachyderme s’élève vers des sphères lointaines qu’il rapporte jusqu’à nous. Rien n’est sphère mais… il faut le sphère… sphère, mon c.. atmo, à nous, à eux, à tous !

Ébahis, comblés, heureux, ovation énorme pour tous ceux qui nous ont régalé de leur don de magiciens du son, de l’air, du feu !

Alors, faut bien, bouger, se quitter, voir ailleurs… d’ailleurs, sur le chemin : Café de sports, chez Marie-Jo. Nous attendent, en s’occupant à jouer, les joyeux animaux du Quartet de début de soirée. Le répertoire : McCoy Tyner. Beaucoup de monde s’est déjà arrêté. Ils ont bien fait ! Se désaltérer d’un bon p’tit coup de rouge, d’une rasade de notes qui glissent dans les oreilles comme le “Graves” dans le gosier. Ambiance très chaleureuse. Intime. 1(one) Time comme dit André (Minvielle). Le sourire reste figé sur nos lèvres, encore du bonheur, de la joie d’être ensemble. Bien plus détendus que sur la scène du parc,  les musiciens provoquent et partagent notre plaisir de se retrouver à nouveau ensemble. Pour un instant encore. Pour la nuit, pour la vie. Pour toucher du bout de l’âme, le centre d’où tout jaillit !

40e HESTEJADA – UZESTE 2017

 

Par Alain Flèche

Dimanche 13 aout, La Collégiale

LOUIS SCLAVIS Clarinettes, VINCENT COURTOIS, violoncelle, DOMINIQUE PIFARELY, violon

Jazz de chambre. Bois et cordes. Solennité et acoustique du lieu qui forcent à l’écoute respectueuse du discours développé par ces 3 vieux complices qui communiquent d’un regard, un mouvement, un geste dans la progression des œuvres interprétées, qui prennent vie à partir de thèmes très élaborés, souvent signés de notre fameux lyonnais clarinettiste. Sur ces trames savantes, la musique se créée de chaque nouvelle idée, notes et silences, de chacun de ces architectes qui inventent des ponts entre le réel et le rêve .

Comme cet enfant, des jolies cartes sorties du porte-feuilles de maman, s’invente une marelle qui va relier la Terre au Ciel. L’âme des auditeurs, captés de l’esprit qui hante les instruments, vont s’attacher aux mélopées gracieuses, capricieuses, évidentes ou tourmentées, hypnotisées des charmes des magiciens du son, qui n’auront de cesse d’élever l’attention au niveau de leur intention ! Très haut niveau de perfection. Création instantanée. La hauteur de la nef est à peine suffisante à contenir les mondes variés inventés et la farandole des esprits de tous les visiteurs de ces nouveaux horizons, tourbillonnant jusqu’à tutoyer les anges. Les 3 passeurs s’y connaissent en voyages,  spirituels, homériques… humains. Sclavis continue à écrire ses carnets de route, dans une géométrie plus légère mais plus complexe, intime, sublimée. Courtois en appelle toujours à l’imprévu et Pifarely est un magicien qui nous fait naviguer entre les couleurs des vitraux sacrés que cisèle son archet. Une trentaine de doigts qui se promènent, cavalent entre les cordes et les clés, peu importent les notes, les thèmes (très pointus), l’essentiel est le chemin que nos guides dessinent et nous entraînent à découvrir avec eux Quelqu’un : « mais, ils ne tournent pas les pages des partitions !? » Non, ce sont quelques notes de support, elles donnent un ton, une direction, carte d’un itinéraire changeant au gré de l’imaginaire des fous jouant. Le temps s’est arrêté dans un présent éternel.  Folie et joie de se perdre dans l’instant. L’écho de chaque note apporte à la suivante, tout es lié. Les notes, les visions, l’audition, les désirs, les délires se mêlent et se reconnaissent dans le bonheur partagé. Dans ce voyage de l’âme qu’induisent les 3 Maîtres de musique, chacun se retrouve face à lui-même, tous ensemble. Et la fin du concert n’y changera rien, rien ne sera tout à fait pareil, d’avoir découvert de nouvelles voies  lumineuses. Les fidèles quittent le lieu chargé de vibrations célestes, complices, heureux, comblés.

Lundi 14 août, l’Estaminet

Fin d’après-midi d’une torride journée estivale. La petite salle est comble, la température est prohibitive, mais bon, on est là pour une « Petite vengeance «  assumée par :

Raphaël Quenehen aux sax

Jérémy Piassa : batterie

Piliers du beau goupe ‘Papanosh’, en prise de risque directe. Un solo multiplié par 2, qui forme un. Exercice hautement périlleux, dont le succès de la tentative n’est réservé qu’aux grands. Souvent.  ceux-là n’oublient pas leur expérience réussie avec le grand altiste trop peu reconnu Roy Nathanson (qui s’est déjà frotté à la discipline du duo). Alors , ils y vont !

De longs morceaux qui s’étendent  jusqu’aux limites sans cesse repoussées, de leur imagination fertiligineuse. Longue ribambelle de rythmes baihiaesques, samba riante, à la barbe de Barbieri, sans bas, que des hauts ! La batteries, tellement les 4 mailloches ne laissent aucun répit à l’instrument qui se fait un plaisir de répondre aux sollicitations permanentes, par des éclats, et qui tonne, explose, emmène  le temps et le vent. Le sax suit. Sans faute, avec goût. Épicé, aussi. Ça souffle, époustoufle et pis tout partout, dans tous les sens, sur tous les tons, sensitif, complexe décomplexé de l’un à l’autre, chacun joue en reflet renvoyé à travers les facettes scintillantes de son alter ego qui joue à s’amuser et assumer le jeu en court, en cours, rebondissant encore. Après cette sarabande (d’)allumée(s), d’autres tempi. Blues distendu. Notes étirées. Sucre coton flou . Les contours d’une idée entendue s’émissent, se précisent, le blues perdu dans son informelle ébauche se concrétise dans le cœur d’une femme seule … « Lonely Woman ». chef d’œuvre ornettien, standard renouvelé de/à chaque interprétation . Réinventé ici aussi et encore, et toujours nouveau, désespéré et envoûtant. Lamentations, plaintes, soupires, détresse, peine, mais Force. Et Beauté. Enfin, un autre monument élevé par Wayne Shorter pour Davis (dont vous me pardonnerez d’avoir perdu le titre), une haute bâtisse qui ne crains ni les temps ni les vents, ni te tonnerre ni les tourments, les doutes abandonnés pour des certitudes aléatoires qui basculent aussitôt vers leurs contraires. Gros beau boulot que nous livrent ces zigotos. Mais il n’est pas tard, et il fait trop chaud.

Le temps d’avaler un rafraîchissement, d’apéritiver… Nous allons passer au plat de résistance à la bêtise cambrée.

 

Presque nuit, parc Lacape, concert manifeste :

Impwovizion

Lien évident qui réunit les sons d’ici (compagnie Lubat augmentée) aux sens de là-bas, ou là-haut, Antilles antennes , jazzcogne contre les murs de la barbarie. Chants traditionnels ‘bélé ‘ , face aux paroles et musiques improvisées. La créolisation est en travaux ! (lire Édouard Glissant : Sur les épaules du passé… au présent cinglant… inventer de l’avenir). Pont entre les Frères d’Âme. Projet fomenté par la rencontre non fortuite de Bernard Lubat et Luther François (assoc. Nomad Martinique). Avec :

Luther François : sax – Nenetto, Alys Varasse : chant – Alfred Varasse : batterie tambours – Bernard Lubat : piano, voix, direction – Fabrice Vieira, Thomas Boudé : guitares – Jules Rousseau : basse – Louis Lubat : batterie – Jacques DiDonato, Nicolas Nageotte : clarinettes – et Christophe Mert : plasticien qui habillera tout le long de la soirée, un panneau composé d’éléments hétéroclites avec des peintures, mouvantes, renouvelées au gré  des sons, des humeurs (toujours bonnes!) et des impressions (dans le sens coltranien), comme une poussière d’étoiles qui continue à scintiller dans le plein (et non le vide) intergalactique de la musique exprimée ou suggérée.

Créolisation ou créolité : rencontre, assemblage innés de différentes culture pour en composer une nouvelle, sans rien perdre de chaque identité. L’expression se libère en s’enrichissant. Riche sons, qui nous transportent par delà tout clivage, habitudes et préjugés. Les chants ancestraux hissent les couleurs, haut et fort. Appuyés de battements et accompagnements complices, de plus en plus compliqués, distincts cependant, privilégiant chaque partie dans le tout. Les chants lancinants et brillants, sont rejoints puis dépassés de mille voix qui explosent à chaque endroit de la scène. Les instruments affûtés, chauds comme des marrons de peaux, se placent, suivent, dévient, s’imposent, disparaissent un instant, reviennent suivre une nouvelle idée générale, partent dans des directions où ils ne resterons guère seuls bien longtemps, vite validées d’un écho permanent, intelligent . Moment impossible à résumer. Comme la toile fabriquée et colorée qui évolue à chaque instant, pas une mesure de répit. Ni pour les musiciens à l’écoute permanente de soi, de l’autre, du son, du sens , souvent induit par les claviers de Bernard, et de sa voie, et des textes susurrés, cités, vociférés, affirmés, proposés à l’intelligence de l’esprit et du cœur . Ni pour les auditeurs qui n’en perdent une miette de ce maelström explosif , en réclament encore des éclats de joie, que l’on voudrait mettre de côté pour réchauffer les jours plus ternes, plus sombres. Ne plus jamais oublier que le bonheur est dans le partage. Comment parler de la folle joie constructive de chacun des participants qui parlent, chantent, jouent, même seuls toujours absolument ensemble ! Pas une tête, pas un instrument qui dépasse, ils ne font que se surpasser . Union de la scène et du public. Fête générale .

Communion