Born to be blue / Cinéma

Par Annie Robert.

Film de Robert Budreau 2016
Ethan Hawke/ Carmen Ejogo

188856Le jazz et le cinéma ont souvent fait bon ménage… Les jazzmen ont composé pour lui et le cinéma a commis quelques biopics sur ces drôles de zèbres, ces hommes et ces femmes de musique, ces destins étranges le plus souvent balayés par la drogue. Certains sont impressionnants de réussite, d’autres de pâles déroulés de vies archi-connues.
Voici un film canadien, qui se veut plus que cela. Et c’est heureux. Pour entrer un petit peu dans la peau, les angoisses, les troubles et la musique prenante de
Chet Baker, trompettiste atypique et fragile, il fallait aller plus loin que le simple déroulé des faits. Et le réalisateur Robert Budreau a décidé de ne traiter que la période de 66 à 67, moment pour Chet Baker d’une longue traversée du désert, celle où il lui a fallu se reconstruire physiquement et musicalement après s’être fait casser les dents et la mâchoire par ses dealers. Une période de doute, de douleur musicale, de recherche, pendant lesquelles les portes se sont fermées puis entrouvertes.

Born to be blue, d’après un titre bien connu de Chet Baker est donc une fiction s’appuyant sur un morceau de vie du trompettiste, une biographie imaginaire qui explore de manière subtile, le passé de Baker (avec des flash back en noirs et blancs bien venus) et le présent si difficile éclairé par une belle histoire d’amour.
Le film est de facture classique, avec quelques facilités de cartes postales
( fumées des bars new yorkais, beaux couchers de soleil de la côte ouest) mais une vraie intensité qui nous fait partager ces moments sombres.
Il est tenu de façon dense par
Ethan Hawk,e dans le rôle de Chet Baker, à la fois torturé par ses addictions, drôle et touchant, maladroit et génial. Les autres rôles sont parfaitement distribués avec la beauté radieuse de Carmen Ejogo par exemple qui campe une Jane à la fois combative et sans illusions.
Le film frôle sans en donner la réponse bien sûr, les rapports entre la création et la drogue, la compétition sans merci entre musiciens ( un Miles Davis impressionnant de dureté) la fragilité du lien avec le public, l’urgence de la musique.C’est rythmé et mélancolique,triste et gai, trivial et délicat.
La bande musicale est bien sûr à l’unisson du film et offre le plaisir de retrouver le son si particulier de ce petit blanc de la côte Ouest dont Dizzy Gillespie disait qu’il ne jouait pas tout à fait, tout à fait juste, et que c’était cela qui faisait sa spécifité, sa qualité, son talent. Le final d’un « Funny Valentine » de la résurrection donne la chair de poule et on n’oubliera pas de si tôt, le visage torturé, la voix cassée de ce Chet Baker, avalé par la drogue et accroché à sa trompette comme seule planche de salut. Un beau film et pas seulement pour les accros du jazz.

 

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