Boeuf chez le Pépère : les caves se rebiffent


Par Philippe Desmond.

Cela faisait longtemps que je devais aller voir ce qui se passait chez le Pépère pour la jam du premier mardi du mois. Le problème c’est que sortant écouter du jazz du mercredi au dimanche quasiment toutes les semaines cela m’oblige à rogner sur mon temps de repos musical.

Mais le père d’une amie ayant émis le souhait d’écouter du jazz type Nouvelle Orléans, le choix s’est vite porté sur cette jam du mardi vouée à ce style de musique. Pas mon préféré je l’avoue mais allons-y, en bonne compagnie tout est possible.

Le lieu c’est une cave ou plutôt deux caves. L’une est au rez de chaussée où le caviste Thierry « le Pépère », béret sur la tête et bonne humeur en bandoulière, vend du vin toute la journée et propose au bar des boissons et des tapas. L’autre est au sous-sol, voûtée comme beaucoup d’autres à Bordeaux, meublées de tables barriques et dotée d’un semblant de scène. Le tout minuscule.

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En arrivant il y a une dizaine de personnes et l’endroit paraît déjà complet ; on ne va jamais rentrer. Mais si, Pépère avec une réelle bonhomie pousse quelques tables, déplace quelques tabourets et nous trouve un coin contre un mur de bouteilles de vin bien alléchant. Il est 19 heures et trois musiciens s’installent, disons plutôt se faufilent entre deux mange-debout. Pour cet apéro jazz, au banjo Stéphane Borde, à la contrebasse – et oui elle rentre – Nicolas Dubouchet look canaille avec casquette et foulard et à la trompette Thibaud Bonté. Benjamin Ransom, lui avec un look vintage, les rejoindra avec son washboard.

Répertoire Nouvelle Orléans et aussitôt une ambiance d’une gaîté communicative. La cave bistrot est pleine mais se remplit encore, miracle de l’élasticité des corps et de la bonne disposition des convives. Des assiettes de tapas excellentes, un choix de très bons vins à choisir dans les rayonnages sans supplément de prix jusqu’à la fin de l’Happy Hour à 19h30. Un mètre carré se libère, vite on se danse un swing-rock dont les musiciens vont prendre un malin plaisir à en accélérer le tempo. On est mardi soir et c’est la fête. Ça ne fait que commencer.

Vers 20 heures les musiciens font la pause avant de descendre pour la jam de 21 heures. Mais ce soir nous avons de la chance un intermède dansant est prévu en bas, trois filles -en tenue sexy – de l’association « Elle est danse » nous proposant un extrait de leur spectacle « Chicago ». Le vieux papa de mon amie est comblé, on dirait qu’elles sont là pour lui ; et grâce à moi c’est du moins ce que vais essayer de lui faire croire.

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La cave voûtée se remplit, l’escalier en colimaçon écoulant sans arrêt son flots de personnes de tous âges, verres et bouteilles à la main. On sent que le Bordelais a l’habitude du tramway et de sa promiscuité sardinesque car personne n’a l’air mal à l’aise. Du cochon et de ses produits dérivés en haut on va ainsi passer au bœuf en bas. Les musiciens sortent de partout, ils ne seront pas moins de neuf à jouer à la fois.

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Et là ça va envoyer dans tous les sens mettant une ambiance de feu digne certainement des clubs de Saint Germain des Prés tels qu’on peut se les imaginer à travers de vieux reportages ou des films. Le vin et la bière coulent à flots (ici l’unité de mesure de ce breuvage est la pinte, rien en dessous). En plus des musiciens cités se rajoutent des sax (dont Jean Luc Pareau), des trompettistes, un violoniste (Nicolas Frossard) et un trombone (Gaëtan Martin). En fin connaisseur notre vieil ami me glisse « il manque un clarinettiste » ; renseignement pris auprès de Stéphane Borde l’espèce se fait rare dans la région.

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Pas trop de connaissance du répertoire NO pour moi mais quand même quelques standards reconnus comme « St James Infimery » ou « I can’t give you anything but love » et surtout une confirmation : en live les goûts changent, l’ambiance, la proximité des musiciens – qui a dit le vin ? – transforment la perception des choses. Le NO il faut le vivre, pas seulement l’écouter, le French Quarter et Bourbon Street ça doit être quelque chose n’est ce pas Alain Piarou ?

La pause arrive vers 22h30 nous laissons notre demi mètre carré à d’autres, la fin n’étant pas prévue avant minuit et demain ce n’est que mercredi…

Allez chez le Pépère mais mettez vous d’accord avant pour prendre votre tour car il n’y aura pas de la place pour tout le monde !

Bordeaux est encore calme mais attention les caves commencent à se rebiffer…

http://www.chezlepepere.com/

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