Blue monday

Commentaire et photos : Stéphane Colin

Allen Toussaint Nola 1992

 

Blue monday

Allen Toussaint s’en est allé.   Dans la nuit madrilène, à la suite d ‘une dernière Monday night, l’un des plus grands compositeurs du XX ième siècle, chantre de la musique de la Nouvelle-Orléans,  a pris la tangente  sans prévenir.  Sur les dernières photos, dans les dernières vidéos, l’homme continuait à porter beau  ses 77 printemps.  Un mélange de vieux sud et de  so british créolisé  qui rappelait  une arrivée  surréaliste sur la cendrée du Fair Ground de New Orleans , une après-midi de JazzFest  1989, avant un concert des Neville Brothers.  Au volant de sa Rolls, tiré à 4 épingles, Allen en imposait naturellement. Le sourire et la pose étaient de mise, sans ostentation ni cliquetis superfétatoire.

Une discrétion sure d’elle-même.  Longtemps, le pianiste compositeur avait laissé à d’autres la parole de devant. A l’instar de son vieil ami Dr John, pour qui un chanteur c’était quelqu’un comme Johnny Adams, l’homme mettra du temps avant de tracer sa voix dans les années 70. Jusque-là,  Aaron et Art Neville, Irma Thomas, Betty Harris, Ernie K Doe, Benny Spellman et bien sûr Lee Dorsey tenaient le devant de la scène pendant que lui égrenait les notes du clavier façon chaloupe cubaine, entre Java(1) et Professor Longhair. Derrière les Meters veillaient ; on pouvait rêver pire comme Backing band…Plus proche du Whisper que du scream (2), le doux filet vocal suivra le sillon de ces albums des années 70.  Southern Night (3) et son drôle d’effet d’aquarium psychédélique pour  pointer  le temps. On réécoutera cette litanie étrange au fil des décennies pour mieux la confronter à cette épure terminale issue du Song Book de 2013(4) où Toussaint seul au piano dans un club New-yorkais illustre tout autant  le chemin jalonné d’une myriade de  hits que le poids des ans bien digéré.

Nola 4 mai 1990

Il y a quelques jours, une reprise de Lady Madonna(5), interprétée par Allen,  tournait sur la platine ; toujours le décalage du chant,  toujours le so british créole précieux et distancié…On pensait aux visiteurs d’outre-Atlantique du Sea Saint Studios d’Allen Toussaint et de Marshall Sehorn . Des Wings de Paul et Linda McCartney à John Mayall ou Frankie Miller en passant par le fidèle ami Elvis Costello qui reviendra enregistrer dans l’immédiat Katrina un imparable River in Reverse, les sujets de la gracieuse majesté  n’ont jamais trouvé à redire quant au  traitement du producteur maison. Ni les autres d’ailleurs…  Dr John et les Meters, Papas Grows funk, James Andrews,  Earl et Albert King, Etta James, Willy DeVille,Labelle et bien d’autres, nombreux sont ceux qui ont payé leur du au maitre de céans. Entre Lady Madonna et Lady Marmalade,  un tournemain commun pour un dernier clin d’œil de l’artiste. Wrong Number, I’m sorry Goodbye (6), Aaron n’aurait pas mieux dit… Tousan for ever.

  • Java, issu du premier disque instrumental : The Wild Sound of New Orleans by “Tousan” (1958)
  • From a Whisper to a scream (1970)
  • Southern Night (1975)
  • Songbook (2013)
  • The Art of Mc Cartney(2014)
  • 45 Tours Minit de 1962 chanté par Aaron Neville sur une idée de Nami Neville alias Allen Toussaint.
  • Juan les pins 2009

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *