Bill FRISELL Quartet hier soir au ROCHER DE PALMER (15/11/2014)

Par Dom Imonk
Photos de Alain PELLETIER

En matière de musique électrique, s’il y a un guitariste qui nous a fait voyager en de multiples directions, c’est bien Monsieur Bill Frisell. Sa discographie personnelle est nombreuse et très variée, du folk à l’avant-garde. Chacun peut y trouver ses marques, ou, suivant ce que l’on recherche, matière à s’y bien faire bousculer les oreilles. L’homme s’est en plus retrouvé impliqué dans de très belles collaborations, comme par exemple avec Paul Motian, Kenny Wheeler ou Joe Lovano pour les plus « soft », ou avec le Naked City de John Zorn ou le Power Tools (trio formé avec Melvin Gibbs et Ronald Shannon Jackson) pour les plus « hardcore ».
En novembre 1995, Musiques de Nuit avait déjà invité le Bill Frisell Group, pour un concert à la Salle Le Royal de Pessac. Superbe prestation, à la forme très originale car Joey Baron joua séparé du groupe, en intro et en outro, son kit de batterie ayant été installé devant la scène, pour le plus grand bonheur de ceux (dont je fus) qui étaient assis au premier rang. En achetant mon ticket, j’ai pensé à tout ça et notamment à son batteur du moment, Kenny Wollesen, associé à Joey Baron en co-batteur du furieux Electric Masada de John Zorn, mais aussi membre plus « assagi » du récent et délicieux trio de la pianiste Sylvie Courvoisier. Allaient-ils pour autant nous proposer pareille architecture de groupe qu’en 1995 avec Joey Baron ? Probablement non car depuis quelques années, l’inspiration et les albums de Bill Frisell sont presque exclusivement orientés vers les fondamentaux de la musique américaine, ceux qui l’ont construit, le blues, le folk, le bluegrass, le rock originel etc…C’est donc un groupe « classique » que l’on a pu découvrir hier soir. En plus de Bill et Kenny, deux autres grosses pointures : Tony Scherr à la basse et Greg Leisz à la guitare lap steel et à la guitare «tout court». Tous ces musiciens sont sur le nouvel album de Bill Frisell, «Guitar in the space age» (Sonny/Okeh Records), qui évoque les musiques qui ont bercé et orienté ses années d’études, des Byrds à Chet Atkins, en passant par les Beach Boys et les Kinks. On a retrouvé un peu de tout cela dans ce concert. Même si ce n’est pas le Bill Frisell que j’écoute le plus – j’avais emporté le cd et la k7 du monstrueux «Strange Meeting» (Antilles 1987) de Power Tools, avec le secret espoir de me les faire autographier – j’avoue avoir été impressionné par le son de l’ensemble et la puissance tranquille qui s’en dégage. Cette cohésion naturelle, ce plaisir instantané dans des mélodies presque simples, l’ouverture visuelle des grands espaces américains, et puis la sonorité métallique et le jeu si particuliers de Bill Frisell, ce fondu, et ce « grain » intime et fluide qui le fait reconnaître quelle que soit la musique jouée, tout cela m’a (une fois de plus) conquis. D’autant plus que, cerise sur le gâteau, Bill Frisell est quand même à un moment parti dans une micro-improvisation bruitiste bien ferraillante, façon Arto Lindsay, suivie d’un tempo binaire assez lourd de tout le groupe, un régal furtif, mais bienvenu. Au-delà de la musique et de ce concert, c’est la démarche particulière de Bill Frisell qui force au respect. La mode semble ne pas l’intéresser, il n’offre pas forcément ce qu’attend son public. Il joue, imperturbable et avec une honnêteté détachée de toute contrainte, la musique qui l’anime et qui décrit cette Amérique dont il est l’un des fils, et il sait que c’est aujourd’hui qu’il doit la jouer. Une bonne partie du public à aimé ce concert, on a même eu droit à trois morceaux en rappel. Quelques déceptions se sont cependant lues sur des visages, mais c’est aussi cela qui fait la force d’une telle musique et de tels artistes, savoir encore offrir matière à des débats passionnés.

Par Dom Imonk
Photos de Alain PELLETIER

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