Beaucoup mieux qu’une pastille !

Par Annie Robert, photos : Thierry Dubuc

Snarky Puppy Rocher de Palmer 10 octobre 2015

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Adieu Prozac, Seroplex ou LSD, adieu trou de la sécurité sociale, on a trouvé un remède à la déprime, au moral en berne, à la fatigue chronique, à la dépression saisonnière. On a une ordonnance pas chère et efficace, une pastille colorée dont l’effet se fait sentir à court et à long terme, un nouveau médicament au nom de cartoon à proposer : voici Snarky Puppy: 100% naturel, 100 % groove , 100% musique.

Créé par le docteur Michael League, bassiste, compositeur et arrangeur, Snarky Puppy est une merveille de prescription, un tonique inspiré.
On n’y résiste pas longtemps : des compositions aux petits oignons, des solistes éclairés, des  prestations torrides et décomplexées, tout cela dans une ambiance de fête et de partage, une atmosphère à chambouler tout un hôpital, à faire danser les culs de jatte et à mettre au chômage tous les  kinés.
Un concert du collectif brooklynois, c’est une expérience, un vrai shoot. On ne sait pas trop quel genre de musique, on est  en train de déguster : du jazz, du funk, du ska, de la soul ? Et à vrai dire, on s’en fiche un peu. Ça a le goût du jazz fusion, sans en avoir la longueur ou l’aridité.  Ça a le goût du funk sans en avoir la redite…Ce n’est pas sucré, ce n’est pas acide, c’est Snarky Puppy.

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Cuivres, cordes, claviers, percussions et vents, les ingrédients sont nombreux, se démarquent, s’entrelacent et forment un ensemble puissant. Ils entraînent aussi bien amateurs que mélomanes aguerris dans un live magistral, un laboratoire d’idées et d’échanges et  très vite, ce sont pleins de petites bulles de joie qui éclatent partout dans les yeux des spectateurs. Plus d’ombres dans les âmes, plus de grisaille sous les bonnets mais des fourmis dans les pieds.
Hier soir, nous étions nombreux , la grande salle du Rocher, archi pleine,1200 places debout : des jeunes, des très jeunes, des moins jeunes, des chauves, des chevelus, des foutraques et des sages à réclamer cette potion non amère dans laquelle s’incluent des molécules d’ acoustique, d’électrique et d’ électronique. Signe qu’il y en avait pour tous les goûts. Cela pourrait être un danger et créer une espèce de gloubiboulga sans trop de tenue, avec juste un alléchant packaging, mais non. Chaque influence semble intégrée, digérée et surtout orchestrée.

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Ce mélange est une vraie réussite. Snarky Puppy a un son, un style, une approche qui n’appartient qu’à lui. Et une véritable épaisseur musicale.
Pas de grosse cavalerie, même si le son est balèze avec deux batteries et percus pulsatiles. Pas de grosses ficelles racoleuses. C’est finement composé, travaillé et innovant.
Le groupe est d’ailleurs à géométrie variable, un collectif qui peut aller de neuf (c’était le cas ce soir) à quarante artilleurs potentiels, une façon intelligente d’envisager la création et la musique, centrée non pas sur la concurrence entre musiciens mais sur le partage et la collaboration. Le résultat est à la hauteur de leur investissement.

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Sur scène, ça dégage de façon inspirée : répétitions, superpositions, extensions, variations : tout y passe et jamais dans la même configuration. L’idée clé semble être ; pas de routine !!! De l’étonnement permanent et de l’énergie généreuse.
Vous croyez vous installer dans un funk groovy des familles et voilà qu’une ballade chopino- keithjarettienne pointe le bout de son nez. Vous vous  émerveillez d’un moment de rock psychédélique et les trois soufflants vous jettent deux mesures de bossa ou trois accords à la Glenn Miller. Du coup, on en oublie un saxophone parfois peu lisible dans des effets électros  trop appuyés et des synthés qui flirtent parfois avec les suraigus. Ce sont des peccadilles que tout cela.
Car Snarky Puppy ça vous ramone les narines et vous aère les neurones. Ça vous booste les défenses immunitaires et vous dégage les poumons. Pas de redites, pas de moments faibles. La pastille fait donc bien ses effets. Elle est effervescente en diable!!

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Pourtant, chers grands malades mélomanes, il faut se méfier, car ce médoc de choc est porteur d’un énorme  danger: il est addictif !!
Une fois tombé dedans, on a du mal à s’en passer…

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