Eric Legnini « Waxx up » invite China Moses

Samedi 7 octobre 2017, La Sirène – Jazz entre les 2 tours – La Rochelle

China Moses : chant
Anaëlle Potdevin : chant
Eric Legnini : claviers
Daniel Romeo : basse
Franck Agulhon : batterie
Boris Pokora : Flute et saxophone

21h50 précises, comme indiqué, le trio Legnini, Romeo, Agulhon entre sur scène.
Les premières notes claquent. La rythmique implacable emballe la salle en moins de trois mesures. Le groove s’empare du public. Les deux compères de Monsieur Legnini font le job. Le gaucher Franck Agulhon dont le beat est aussi précis que subtil donne une véritable leçon de rythmique funk. Le déchainé et déhanché Daniel Romeo rivalise de technique et de dextérité sur sa basse, alternant le slap et le jeu mélodique, usant et abusant d’effets grondants. Un gros gros boulot !

_G9A0076-b  Un gros gr   os boulot !
Placide, comme à son habitude Monsieur Eric, montre rouge au poignet assortie aux baskets, s’il vous plait… ne fait pas que soigner son look. Il agite ses doigts sur le Fender Rhodes avec sa finesse et le goût certain qu’on lui connait. Here Comes the Beat Man* ! Oui, voilà le gars qui fait le rythme ! C’est lui. Tombé, tout jeune dans la potion magique de l’afrobeat, il a profité de ses années de collaborations diverses, s’est nourri de ses riches rencontres (notamment avec des vocalistes) et de cette trilogie d’albums consacrés à la musique chantée (The Vox 2011, Sing twice 2013 et Waxx up 2017) pour peaufiner son propre style afrojazz beat, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il le fait extrêmement bien.

En véritable gentleman Monsieur Eric invite la pétillante China Moses dès le début du set. Ravie de jouer avec Eric Legnini, en première mondiale à La Sirène, elle entonne un des titres (Breaking point) de son dernier album, le très remarquable ‘‘Nightintales’’.
Le feeling de Boris Pokora à la flûte et le charme de China opèrent un changement d’ambiance immédiat. A la fois féline et très naturelle dans son grand pull rose, la chanteuse américaine est à son aise avec ce quartet grand luxe. La formation enchaîne trois titres dont ‘‘Run with it’’, permettant à China de vivre le rêve qu’elle caresse depuis ses 14 ans, chanter du rap (titre interprété sur l’album Waxx up par le bordelais d’adoption Charles X).

Potdevin-01

Généreux comme toujours, Eric Legnini n’est pas venu les mains vides de sa Belgique natale ; il a apporté dans ses bagages la délicieuse chanteuse Anaëlle Potdevin, compatriote belge présente sur l’album. Sa voix plus frêle, presque juvénile contraste avec le coffre de China, mais se marie très bien aux morceaux comme, ‘‘The sun will dance’’ et ‘‘The Parkway’’, ou encore ‘‘Near the house on the hill’’ (album ‘The Vox’’).
N’oubliant pas d’aller piocher dans son riche répertoire (7 albums sous son nom à son actif), Monsieur Eric reprend le très africain ‘‘Casa Bamako’’ extrait de l’album Trippin (2009), bouclant ainsi la boucle d’une quête musicale métissée, entamée depuis presque 10 ans.
Anaëlle et China reviennent sur scène pour le bouquet final ‘‘I want you back’’. Non, pas celui de Michael Jackson, mais un des titres phares (on est à La Rochelle. 🙂 ! ) du LP Waxx up.

Waxx Up 7 octobre 2017
La Sirène est debout (sur ses nageoires. re 🙂 !) et en redemande. Le groupe ne se fait pas prier et interprète ‘‘Joy’’ en rappel. C’est bien le mot qui convient à l’ambiance du lieu. Avec ce titre Monsieur Eric, met un point final à la soirée, non sans avoir fait auparavant une petite blague (belge) à China et Anaëlle. Au lieu de faire tourner ad libitum, il digresse sur un tempo slow soul bien épais, suivi en un clin d’œil par les deux compères du groove Franck et Daniel, invitant alors les deux voix féminines à scatter sur cette coda improvisée. D’abord surprises, puis prises au jeu de ce bizutage bienveillant, elles se lancent sans retenue dans des improvisations vocales de haute volée, envolées. Rires, voix et instruments se mêlent pour le plus grand plaisir du public qui semble unanimement partager cette même ‘‘Joy’’ avec les musiciens.
Merci à tous pour cette belle balade au pays de la bonne musique.

Et à ce titre, je voudrais personnellement profiter de cette tribune pour remercier l’équipe de la Sirène de son excellent accueil et tout particulièrement Lucie. Non seulement le lieu est incroyable, très bien conçu pour le spectacle vivant, étonnant d’un point de vue architectural, mais il y a un truc en plus ! Un truc rare, celui qui fait que, de suite on s’y sent bien, qu’on y fait de belles rencontres. Génial !
Merci aussi à China Moses qui, à la sortie de la scène à bien voulu répondre à quelques questions pour votre gazette bleue préférée. (à retrouver dans nos prochaines publications)

2V9A0449

Et un GRAND MERCI à Eric Legnini d’avoir accepté au pied levé une interview en exclusivité pour Action Jazz. Un sms, deux coups de fils (sans fil) et nous voilà, Pierre Murcia (photographe et vidéaste Action Jazz) et moi en mesure de réaliser la première interview vidéo de l’association Action Jazz, entre les balances et le concert. Plus de 20 minutes exclusives d’entretien seront donc à votre disposition dans les prochains jours (fin octobre 2017) sur le site Action Jazz.
C’est aussi à ce titre que l’on peut dire  »Monsieur » en parlant d’Eric Legnini, un Monsieur du jazz et de la musique, nous en étions déjà convaincus. Un grand Monsieur par sa générosité, sa disponibilité, sa simplicité et sa passion communicative du rythme, de la mélodie et du son. Une fois encore, il nous ‘‘proove’’** qu’il est un artiste majeur de la scène européenne et une belle personne.
Merci Eric.

Signé Vince.

* ‘‘Here Comes the Beat Man’’ est un des titres de l’album Waxx up sorti au printemps 2017.
** ‘‘proove’’ est un néologisme signifiant, preuve par le groove !

Set list :
Breaking Point, de China Moses
Living for tomorrow (feat. China Moses)
Run with it
The Sun Will Dance
Ridin’ the Wave (feat. Anaëlle Potdevin)
Snow Falls
The Parkway
Casa Bamako Quartet (feat. Boris Pokora)
Near The House On The Hill
Despair
I Want You Back (feat. Anaëlle Potdevin et China Moses)
Rappel : Joy (feat. Anaëlle Potdevin et China Moses)

Dianne « Diamond » Reeves

mercredi 13 septembre 2017, Rocher de Palmer

Dianne Reeves : chant
Peter Martin : piano
Romero Lubambo : guitare
Terreon Gully : batterie
Reginald Veal : basse

A l’instar du titre de son dernier album, Beautiful life sorti en 2013 (déjà) chez Concord Records, une soirée avec Dianne Reeves c’est une tranche de belle vie assurée.

Comme d’habitude, le quintet identique qui l’accompagne depuis 4 ans entre en scène et installe l’ambiance ; un jazz blues où le piano et la guitare entament une conversation très savoureuse. Le sens de l’improvisation de Peter Martin éclabousse déjà les premières minutes du concert. A la guitare, Romero Lubambo le brésilien lui répond et soutien l’échange à un très haut niveau. La complicité de ces gars-là, qui se partagent la scène plusieurs centaines de soirs par an, fait plaisir à voir et surtout à entendre.
Dianne Reeves fait son entrée sur les premières notes de « The Twelfth Of Never », un titre enregistré il y a 20 ans sur l’album That Days. Démarrage tout en douceur, presque en retenue. S’amusant sur les octaves de sa large tessiture Dianne chauffe sa voix en scatant son ‘‘bonsoir’’ au public. « nous avons plein de musique pour vous ce soir, alors relaxez-vous, tapez dans vos mains…», une recette qu’elle réussit à merveille pour amener le public et sa voix à bonne température.
C’est avec ‘‘Minuano’’, un titre très mélodique de Pat Metheny que le charme s’installe. Scaté de bout en bout, cet instrumental est interprété comme si Dianne Reeves utilisait sa voix comme un instrument, mimant la gestuelle d’un contrebassiste ou d’un saxophoniste. Le regretté Al Jarreau en avait fait sa spécialité.
‘‘Nine’’, titre star du répertoire de la diva du Michigan est une chanson ritournelle formidablement accompagnée par Peter Martin au piano. 9 ans, dit-elle, c’est le dernier anniversaire de la vie qui s’écrit avec un seul chiffre. Brin de nostalgie de cette grande dame qui a écrit ce texte en 1995 déjà.
Déjà, oui, car elle a 40 ans de carrière, 20 albums sous son nom, 5 grammy awards et 61 printemps souriants et dansants sur scène.
Plusieurs titres s’enchainent, tantôt blues, tantôt jazz, jusqu’au duo guitare voix avec Romero Lubambo, « Love Is Here To Stay ». Plus encore qu’un duo, qu’une conversation musicale, c’est une véritable communion sur fonds de bossa nova. Celui dont elle dit qu’il est le frère d’une autre mère (« my brother from another mother ») donne toute la mesure de sa virtuosité et de sa sensibilité sud-américaine sur sa guitare acoustique. Le Rocher de Palmer se retrouve un instant balayé par les alizés et prend des allures de pain de sucre. C’est Rio de janeiro sur Garonne, c’est la garota de ipanema qui chante en anglais dans le texte.
Dianne enchaine avec un autre tube inamovible de ses tournées, Suzanne, reprise du fameux Léonard Cohen. Dans cette version où la rythmique piano basse captive, on ne ressent plus la mélancolie originale du morceau, et le coffre de Madame Reeves se met au service de la puissance du texte.
Dans la foulée, Dianne Reeves délivre un des plus beaux morceaux de son dernier opus (Beautiful life 2013), ‘‘Cold’’, composition originale de Peter Martin et Terreon Gully, sur laquelle elle a plaqué un texte fort sur la séparation. Avant de quitter le public du Rocher attentif et conquis, elle reprend le célébrissime ‘‘Waiting in vain’’ de Bob Marley, surfant sur cette douce mélancolie et ce thème complexe, universel et inépuisable de l’amour, qui a toujours été celui de prédilection dans l’œuvre de Dianne Reeves.
Ad libitum, le tempo reggae qui tourne bien et qui a fait se lever le public, lui permet de présenter une ultime fois ses musiciens en chantant, comme elle a pris l’habitude de le faire depuis les années 90.
« Peace, light, love and good health » (paix, lumière, amour et santé) lance-t-elle à la salle en s’éloignant.
Applaudis chaleureusement, les musiciens et Dianne réapparaissent rapidement pour un rappel en forme de plaidoyer pour la planète. Pendant l’intro de « You Taught My Heart To Sing » (Album I remember, 1991), Dianne ‘‘Diamond’’ Reeves, porte un regard engagé sur le monde. Elle nous interpelle sur les catastrophes naturelles et les ouragans qui viennent de ravager les Caraïbes. Vivre est déjà bien difficile, n’en rajoutons pas, luttons contre le réchauffement climatique, nous pouvons changer le monde, dit-elle en substance.

Émouvante    et sincère, elle a su partager avec son auditoire un beau moment de vie, une tranche de ‘‘beautiful life’’, un peu comme une célébration pour que le monde sache s’interroger, partager et s’aimer.

Merci Madame Reeves.

Photos : Thierry Dubuc, Action jazz

Le « Legnini » nouveau est arrivé ! (Et cette cuvée est excellente)

Waxx up, Eric Legnini Anteprima Musicast

Qu’est ce qui arrêtera Eric Legnini dans sa quête du Saint Groove ? En élaborant son « Waxx up », ce roi Arthur du jazz contemporain n’y va pas avec des patins de feutre. C’est un véritable concentré d’énergie, du lait Nestlé musical et rythmé, remarquablement servi par des compères venus de loin, tels que la canadienne Michele Willis, le très francophile Hugh Coltman ou encore Yaël Naïm, sans oublier l’inévitable baroudeur Ibrahim Maalouf.

Partant d’un « I want you back » qui n’est pas un cover des Jackson 5, ces chevaliers de la galette ronde (du disque si vous préférez) sont rejoints en chemin par des mercenaires du tempo, pour arriver jusqu’à Lagos (Nigeria). Le presque bordelais Charles X rappe, alors que le ménestrel Mathieu Boogaerts venu avec son sac de second degré réussit à décomplexer tous ceux qui parlent anglais avec un « frenche axante » à couper à la hache !

Décidément le jazz n’a pas de frontières et c’est bien ce que ce nouvel album nous « proove »* une fois encore.

Toutes les oreilles ouvertes aux influences pop et funk des 30 dernières années retrouveront ici un Legnini nourri au bon son du regretté Prince, de Stevie Wonder (« the sun will dance »), de Chris Rea et bien entendu, par ses pairs comme Robert Glasper ou encore l’ami Ibrahim Maalouf.

Sur les 14 étapes de ce voyage sur des terres qui bougent, les paysages ne se ressemblent pas toujours ; tantôt rythmé (« Run with it »), tantôt ralenti par tant de chaleur subitement dégagée, (« Night Birds »), tantôt pop électro (« Despair »), tantôt africain (« Lagos »), le tempo groovy est toujours là, viscéral, irrépressible, presque hypnotique et complètement décomplexé.

Décomplexé, c’est le mot… Et, n’en déplaise aux puristes, cela fait du bien de se faire une bonne tartine de rythmes qui bougent, d’une excellente musique qui ne se prend pas pour autant au sérieux et j’assume complètement le fait d’en redemander.

Alors Eric, c’est pour quand le Waxx Up 2 ?

*proove : mot totalement inventé, signifiant en jazzématiques « preuve par le groove »

UZEB. 6 juillet 2017 – Le Rocher de Palmer, Cenon

par Vince, photos Pierre Murcia.

Michel Cusson – guitare
Alain Caron – basse
Paul Brochu – batterie

Uzeb Rocher 650

 

Après une pause qui aura duré un quart de siècle, UZEB est de retour. Et quel retour !
Le premier concert de la tournée R3UNION 2017 s’est déroulé à Montréal à la salle Wilfrid-Pelletier, le 29 juin dernier dans le cadre du prestigieux festival international de jazz.

Depuis l’annonce fin 2016, les fans trépignent d’impatience. Cette fois, ne c’est plus une rumeur, ils reviennent ! La vidéo des premières répétitions mise en ligne sur la page Facebook officielle a déjà été vue 250 000 fois.

Michel Cusson (g) Paul Brochu (b)

Mais les voici, en vrai, à Cenon. Après la salle Pleyel de Paris, et le Bikini à Toulouse, nous somme ben chanceux de revoir cette gang de chums. (Je traduis en français du vieux continent, cela veut dire que l’on a bien de la chance de revoir ces gars-là.)
Les blousons de cuir cloutés et les bottes des années 80 ont laissé la place à des chemises noires plus sobres, et les lunettes accompagnent élégamment les cheveux blanchis… mais à ces détails près, tout le reste est là, l’énergie, la virtuosité, les tubes et le son.
Ce son Uzeb aurait même gagné en maturité, en finesse, en subtilité. Comme nous l’a confié Michel Cusson en exclusivité* pour Action Jazz, ‘‘en 80 notre son était presque un peu trop à la mode, aujourd’hui il est plus intemporel.’’
Le matériel ayant évolué, les racks de la taille d’un frigo derrière chacun d’eux se sont miniaturisés mais la richesse et la qualité sonore se sont décuplées.
Fidèle à sa guitare Godin, Michel Cusson attaque le concert par le mythique « Uzeb Club », un titre majeur du groupe avec lequel il débutait déjà ses shows au XXème siècle.
Après 2 morceaux, Alain Caron prend la parole pour saluer le public et le remercier pour sa patience et sa fidélité. Ce message est aussi personnellement adressé à Patrick Duval (Musiques de Nuit / Rocher de Palmer) qui était là lui aussi il y a 27 ans pour accueillir le trio lors de la tournée mondiale.

Alain Caron

Les titres s’enchainent et les souvenirs remontent à la surface… New hit, Junk Funk, 60 rue des Lombards, Mr. Bill, Spider, Cool it, Après les confidences, Loose, Bella’s lullaby, Good bye pork pie Hat, etc. Au total 13 succès distillés en 2 sets, des titres qui n’ont pas pris une ride, et qui comme tous les bons supposés (et ici on s’y connait) n’ont fait que se bonifier avec l’âge.
Dans la salle, chaque spectateur ou presque y va de son chuchotement complice avec son voisin. Nul n’est là par hasard ce soir du 6 juillet 2017 au Rocher 650. Uzeb est dans la place et c’est un événement que tous ses aficionados (dont je fais partie) n’auraient raté pour rien au monde.
Le trio québécois qui a promené son jazz-rock dans une vingtaine de pays au cours de la décennie 80 repart donc sur les routes avec le même enthousiasme. Après la France, ce sera à Tel-Aviv et à Pescara, que les fans du groupe pourront déguster le millésime 2017 tant attendu, avant le retour au pays des tartes à pacane pour 11 dates en août et septembre.
Comme on dit au Québec, ‘‘c’était ben l’fun’’ (et là je ne traduis pas).

Photos : Pierre Murcia
*interview intégrale et article complet spécial Uzeb, à retrouver dans la gazette Action Jazz de septembre 2017

Jazz 360 Cénac, vendredi 9 juin 2017

A mon humble avis, on retiendra que la décennie 2010 en jazz aura été marquée par le retour du trio acoustique piano, contrebasse, batterie.
Vous me direz qu’il n’a jamais disparu. D’accord, mais c’est davantage de l’émergence d’un style, d’un courant, d’un souffle qu’il me semble opportun de parler.
Le son, on le connait ; c’est le discours qui est vraiment nouveau.
Héritiers du regretté E.S.T . (trio suédois, actif de 1990 à 2008, année du décès la mort de son leader Esbjörn Svensson). ces explorateurs s’appellent Gogo Penguin, Mammal Hands, Foehn Trio, et (j’espère qu’ils n’en voudront pas), Eym Trio et RP3 (Rémi Panossian trio).
Bref, on ne manque pas d’offre, et personnellement, ce n’est pas pour me déplaire.

C’est cette belle nouvelle vague du trio qui a déferlé vendredi 9 juin au festival Jazz 360, éclaboussant le public de la salle culturelle de Cénac de cette fraîcheur, tant dans les mélodies que dans la structure rythmique, dépoussiérant les codes du jazz et offrant un point de vue résolument neuf sur le format le plus vu du monde jazz : un piano, une contrebasse, une batterie !

Premier set : Eym Trio et leurs invités

Elie Dufour – Piano

Yann Phayphet – Contrebasse

Marc Michel – Batterie

Mohamed Abozekry – Oud
Marian Badoï – Accordéon

« Ginkgo Biloba », extrait du dernier album Khamsin ouvre la soirée. Élie Dufour au piano imprime la précision et la finesse rythmique de ce premier titre qui se développe crescendo et nous met de suite dans l’ambiance : le son du Oud (Mohamed Abozekry) qui orientalise le

dialogue avec le piano me rappelle certaines discussions instrumentales anciennes entre Pat Metheny et Lyle Mays. Le jeu subtil de Marc Michel donne à l’ensemble une sensation de légèreté, une sorte te rythmique flottante

Elie Dufour

Marc Michel

Ambiance très différente lorsque Marian Badoï, entame en solo à l’accordéon, sa composition « Le Vent de Carpates ». Ce blues rapide version Balkans met en lumière toute la virtuosité du groupe. Le rythme retombe avec « Mirage », dont le mid tempo met en avant la précision du jeu de contrebasse de Yann Phayphet… nous voilà quelque part en Égypte. Le voyage continue jusqu’à Kuala Lumpur (« Le Lours de Kuala Lumpur Part1 & 2 ») ; toute l’énergie du groupe fascine le public qui n’est pas avare d’applaudissements. La combinaison des 5 instruments, offre une palette sonore et rythmique unique. Tour à tour piano, oud et accordéon se répondent ou jouent à l’unisson accompagnés par l’archet de Yann Phayphet.

Le titre éponyme de l’album « Khamsin » clôture le set et offre tout le potentiel du quintet. Une rythmique implacable très appuyée à la contrebasse, les sonorités du Oud, du piano et de l’accordéon tantôt à l’unisson, tantôt en conversations. C’est envoûtant.

Mohamed Abozekry, Yann Phayphet, Marian Badoï

 

Au rappel, le voyage prend fin à « Bengaluru » où le groupe vient de jouer, après quelques concerts donnés en Inde. Est-ce qu’ils sont bien ici, à Cénac ou encore un peu là-bas ?

La salle est debout, enthousiasmée, rassasiée par tant de saveurs mélodiques et rythmiques.

  • Set list

    Ginkgo Biloba
    Vent de Carpates
    Mirages
    Le Lours de Kuala Lumpur Part1 & 2
    Khamsin

    Bengaluru (rappel)

Second set : Rémi Panossian RP3.

Rémi Panossian : Piano
Maxime Delporte : Contrebasse
Frédéric Petitprez : Batterie, percussions

Maxime Delporte

Rémi Panossian

Le second set est l’occasion de découvrir (ou redécouvrir) le facétieux Rémi Panossian dans son désormais célèbre format RP3. Humour, jeux de mots, titres décalés, jeu moderne et décontracté… Rémi Panossian a tout pour plaire. En plus il est beau gosse et joue le total look avec ses belles baskets bleues. De quoi faire craquer la ménagère de plus ou moins 50 ans !
Mais parlons un peu musique ou plutôt « Happy culture », pourquoi pas, puisque c’est le titre qui allume la mèche d’un concert qui va faire boum. Ce premier titre plante bien le décor, celui d’un jazz modernisé par une culture blues rock sous-jacente. Puis viennent les présentations : Maxime Delporte à la contrebasse et Frédéric Petitprez à la batterie et « Brian le raton-laveur ». Pardon ! Brian c’est le titre du second morceau. A part, l’origine canadienne de ce nom… nous n’en saurons pas davantage ; secrets d’artistes. Pas davantage d’ailleurs avec celui qui suit, « Busseola fusca ». Le morceau qui commence par une intro à la contrebasse est nerveux, très rythmé, presque hypnotique. « Jeju-do » calme un peu le jeu en évoquant la délicatesse et les mystères extrême-orientaux de la Corée.
Contraste avec « Burn out », un titre mid tempo un peu plus torturé, qui peut-être justifie son nom ? Et on passe au groove funky de « Radiation spring », un souffle de printemps avant de s’envoler de nouveau vers l’Asie avec « Shikiori » extrait du précédent album « BBang ».
Toute la puissance rythmique du trio s’exprime au travers des compositions qui laissent chaque instrument exprimer à la fois sa personnalité et son jeu, sans jamais voler la place aux autres. Une subtile réalisation où les gros plans en solo n’écrasent pas le jeu en retrait des autres instruments, une prouesse d’autant plus invraisemblable dans le format du trio acoustique.

Frédéric Petitprez

Pour finir en beauté, le rappel, comme un clin d’œil, « Into the wine », s’imposait en plein vignoble bordelais. Dans une veine rock où coule des accents de Garonne de ce toulousain d’adoption, Rémi Panossian et ses complices Maxime Delporte et Frédéric Petitprez mettent définitivement le public sous le charme (et pas seulement les ménagères de + ou – 50 ans !)

 

Set list

  • Happy culture
  • Brian le raton-laveur 
  • Busseola fusca
  • Jeju-do
  • Burn out 
  • Shikiori
  • Into the wine (rappel)

Photos : Thierry Dubuc

Vince

Snarky Puppy 17 Mai 2017 – Le Rocher de Palmer, Cenon

Le premier set est remarquablement livré par la pétillante et francophile Becca Stevens. En 5 morceaux, la jeune chanteuse originaire de la Caroline du sud charme le public du Rocher 1200 avec une reprise toute personnelle et touchante du Sud, celui de Nino Ferrer. Son nouvel album « Regina » et ses collaborations avec la « galaxie » Snarky Puppy sur le label GroundUp sont autant de gages de qualité.

21:30. « Flood », premier titre de la soirée, extrait de l’album « Tell your friends » donne tout de suite le ton et pose le décor. Gros son, formation sur vitaminée, écrans vidéos live.

Snarky Puppy

Effet waouh garanti. Snarky Puppy est dans la place !
En 5 ans et 3 concerts à Cenon, Snarky Puppy est passé du statut d’outsider de la nouvelle scène jazz à celui sans doute définitif de gros poisson, ou plutôt de gros « chiot », (puppy en anglais). La salle ne s’y trompe pas. Plein comme un œuf, le Rocher 1200 s’enflamme sur les breaks redoutablement impeccables du groupe. Snarky semble ravi de retrouver le chaud public de Cenon.

Justin Stanton – trompette & claviers
Bob Lanzetti – guitare
Michael League – basse (et moog sur cette photo)

« Semente, Gemini et Tarova », trois extraits du dernier album « Cucha Vulcha » s’enchainent et mettent tour à tour en lumière un des membres du groupe. La flute de Chris Bullock s’envole sur « Semente »,

Chris Bullock

Bobby Sparks (un ancien des grandes « maisons » comme Marcus Miller et Roy Hargrove époque électrique) sort un solo à faire pâlir, sur le mythique clavier Minimoog. Les voix du groupe, peu utilisées généralement se font douces et suaves sur le titre « Gemini ». Un premier solo de percussion vient alors renverser de bonheur la salle sur le très groovy « Tarova ».

Bobby Sparks

“34 Klezma” de l’album Bring Us the Bright est un subtil mélange de rythmes flamenco et Est européens. Le frêle violon de Zack Brock prend alors tout l’espace et s’impose face à l’énorme machine sonore et rythmique.

Zach Brock – violon
Bob Lanzetti – guitare
Michael League – basse

Retour sur l’album Tell your friends avec le morceau « Whitecap » où s’illustre Maz, (surnom du trompettiste Mike Maher).
Déjà 6 titres, le public est bien chaud, mais le groupe semble hésiter au moment d’enchaîner. Finalement, c’est « Grown Folks” (extrait du récent CD Cucha Vulcha) qui est choisi pour continuer. Bobby Sparks nous régale d’une très Stevie Wonderesque rythmique sur son clavinet. Ne lâchant pas le leadership aux claviers, Bobby, coupe afro et moue boudeuse toujours de rigueur, envoie un solo de légende qui scotche tout l’auditoire sur le groove mid tempo de « Sleeper » (album GroundUp).

Bob Lanzetti – guitare
Michael League – basse

Le rappel « Shofukan » (album We like it here) est un véritable feu d’artifice qui commence par une petite rythmique de guitare qui appelle un solo de trompette et se termine par un invraisemblable duel (ou duo ?) batterie / percussions ; du jamais entendu !
Pour ceux qui auraient eu le mauvais goût de manquer ce rendez-vous, il est possible de vous rattraper en téléchargeant le live du concert au Rocher, sur le site officiel du groupe.

May 17, 2017 – Cenon, France (FLAC)
Toutes les dates de leurs tournées sont ainsi accessibles au téléchargement pour quelques euros et je me fais ainsi l’écho du petit laïus de Mickael League le bassiste leader et producteur du groupe qui insistait sur le fait de contribuer et soutenir financièrement les artistes.
Achetez les CD, les DVD, payez vos téléchargements, allez voir les artistes en live… pour résumer, et nous continuerons à écouter des artistes inventifs, généreux et libres comme Snarky Puppy.

Photos de David Bert

Snarky Puppy – May 17, 2017 – Le Rocher de Palmer, Cenon,

TRACK LISTING:
1. Flood
2. Semente
3. Gemini
4. Tarova
5. 34 Klezma
6. Whitecap
7. Grown Folks
8. Sleeper

9. Shofukan

COMPOSITION DU BAND :
Chris Bullock – sax tenor, flute & flute alto
Mike “Maz” Maher – trompette & bugle
Justin Stanton – trompette & claviers
Bobby Sparks – claviers
Zach Brock – violon
Bob Lanzetti – guitare
Michael League – basse
Larnell Lewis – batterie
Nate Werth – percussions

 

Interview Michael League, leader et bassiste (17 mai 2017, 18:15)
Après 14 ans d’existence et 10 CD, d’où vient encore l’inspiration ?
Le premier CD est sorti en 2004 et il y en a 11 au nom de Snarky Puppy et 15 que j’ai produits en plus.
Ce sont les musiciens du groupe, la principale source d’inspiration, leur envie d’aller plus loin, de créer, d’apporter de nouvelles idées. Chacun dans le groupe cherche à s’élever.
Aussi, c’est toujours différent, soir après soir, la famille étant de plus en plus large, elle se nourrit de toutes ces différentes idées et de différentes influences.

D’où vient le nom de votre groupe ? (littéralement chiot sarcastique ou mesquin)
Le nom de Snarky Puppy est une idée un peu idiote. J’avais accepté une date de concert pour le groupe dans lequel je jouais à l’époque et on n’avait pas de nom. J’ai emprunté ce nom à mon frère, c’est comme cela que je l’appelais, je me suis dit que ce serait marrant, juste pour cette fois, et maintenant cela fait 14 ans, donc c’est foutu. J’ai pourtant essayé de changer plusieurs fois !

Revenons à la musique. Avez-vous envie d’explorer une ou plusieurs influences à insérer dans un futur projet ?
Non, les idées apparaissent quand j’écris, au fur et à mesure, cela sonne un peu brésilien par exemple, alors on creuse l’idée, on avance dans ce sens. Mais on ne cherche pas vraiment à explorer quelque chose de précis en particulier.

Y a-t-il un ou plusieurs musiciens français avec lesquels vous souhaiteriez collaborer comme sur les albums Family dinner 1 & 2 ?
Je n’ai pas d’attente particulière pour travailler avec tel ou tel artiste et peu importe la nationalité. Il y a de grands artistes en France et dans le monde. On a la chance de pouvoir collaborer avec certains, cela se fait simplement par les rencontres.

Alors, un Family dinner numéro 3 ?
Je ne pense pas. C’est tellement coûteux de financer ces disques. Maintenant les gens cessent d’acheter des CD à cause du streaming. On a du mal à faire ce genre d’album et à faire payer le prix juste au public, c’est triste, vraiment dommage. Mais on verra.

Êtes-vous fan de certains musiciens, des artistes vous ont-ils marqué, influencé ?
Je suis fan de plein d’artistes, Mickael Jackson bien-sûr, Tom Petty… les Beatles, ce sont eux qui m’ont poussé à vouloir jouer d’un instrument. J’adore les Beatles.

Vince