Le nouveau Tom Ibarra Group en studio.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Depuis maintenant plus de deux ans Action Jazz suit de très près la carrière du guitariste Tom Ibarra. Installé dans la région depuis quelques années, à Bergerac exactement, il fait partie de ces musiciens locaux et régionaux que notre association a pour but de mettre en avant. Mais il est vrai qu’avec lui et son entourage d’autres liens se sont tissés. C’est donc depuis pas mal de temps déjà que nous savions que sa carrière allait prendre un tournant. C’est déjà Alain Piarou le président et créateur d’Action Jazz qui avait mis en rapport Tom avec le batteur Pierre Lucbert devenu maillon essentiel du groupe. Ils étaient faits pour se rencontrer. Mais là le changement est plus profond, le quartet devenant quintet avec trois nouveaux membres. Jean-Marie Morin le bassiste historique et Christophe de Miras qui avait rejoint le groupe fin 2015 partent vers leurs propres projets, sans amertume, mais par choix de vie. Place aux jeunes, pensez donc ils sont à peine quadras ces deux derniers !

C’est au studio d’enregistrement Cryogène de Bègles que nous faisons connaissance avec le nouveau Tom Ibarra Group, le TIG. Ils sont là pour dix jours à enregistrer le deuxième album de Tom avec Guillaume Thévenin à la console. Neuf compositions originales du guitariste.

Faisons connaissance avec les petits nouveaux.

A la basse Antoine Vidal, 22 ans, un parisien rencontré là-bas par Tom lors des jams du Caveau des Oubliettes. Possédant son propre projet de jazz fusion, le groupe Ishkero, Antoine a de suite accroché avec Tom . Lors des sessions d’enregistrement, il est force de proposition quant aux arrangements et musicalement il possède déjà une belle expérience qui s’entend, maîtrisant aussi la technologie et les effets électros.

Aux claviers, natif de Tourcoing, Auxane Cartigny, 21 ans, une pépite selon certains. Piano classique à l’âge de 7 ans, puis percussions, le jazz spontanément vers 12 ou 13 ans en écoutant des disques puis des prix de jazz et classique ; il vient d’achever avec succès son cycle de trois ans au Centre des Musiques Didier Lockwood où il a rencontré Tom Ibarra qui lui vient de finir sa première année. Il compose aussi pour son propre trio de forme classique, piano, contrebasse, batterie.

Au sax ténor et ça c’est quand même une grosse nouveauté, Jeff Mercadié originaire de Nérac en Lot-et-Garonne où il a commencé la musique avant de poursuivre à Marmande puis en licence au Mirail et en DEM à Montauban. Lui aussi achève son cycle au CMDL. Déjà bien âgé, 27 ans (!) , il mène des projets, funk et salsa, et a monté un quintet de jazz moderne pour lequel il compose. Lui aussi apporte ses idées à Tom pour les compositions.

L’idée du sax est venue à Tom pour étoffer le son du groupe et, attitude pas égoïste du tout, pour créer un contrepoint, une complémentarité avec la guitare. De fait à l’écoute des premières maquettes la différence avec le précédent album et même ses évolutions est flagrante. Un son plus frais, plus jazz, vraiment un univers différent.

A la batterie bien sûr on retrouve Pierre Lucbert, 21 ans, qui vient d’achever ses études de musique et se lance dans le grand bain. Il est devenu un maillon essentiel du groupe de part sa technique, son apport rythmique et son groove.

Tom Ibarra bientôt 18 ans, et oui il va finir par vieillir lui aussi, a donc composé neuf titres, il y travaille dur depuis janvier en parallèle avec ses études au CMDL. L’école leur a d’ailleurs mis des locaux à disposition permettant au groupe de nombreuses sessions de répétition, gain de temps – et d’argent – inestimable pour le passage en studio.

Il faut voir travailler ces jeunes musiciens pour voir le soin qu’ils apportent à leur création ; pas un détail ne leur échappe et le moindre pain, voire la moindre imperfection, provoque aussitôt à la réécoute un chambrage en bonne et due forme.

Car ils s’entendent comme larrons en foire et si tout se passe très sérieusement il règne aussi une très bonne humeur dans le studio. Ils y habitent dans un joyeux capharnaüm pour la durée de l’enregistrement. Mais ils travaillent et aujourd’hui ils avaient même un jour d’avance sur le planning, 4 titres en 3 jours.. Ils commencent déjà à ressentir la fatigue car quand on est méticuleux comme eux il y a une tension et une attention permanentes qui finissent par ronger votre énergie. Mais ils sont jeunes et vu ce qu’ils avalent à table ils devraient tenir.

Le CD est prévu à la vente pour le mois de décembre et sa release officielle aura lieu en mars. En attendant deux concerts du nouveau TIG sont programmés le 6 octobre au Sunset à Paris et le 13 octobre au Comptoir Ephémère (ex CdJ)   à Bordeaux . Action Jazz vous tiendra bien sûr au courant mais le résultat vaudra le coup d’après les premières écoutes brutes avant mixage.

Elegua Jazz à Briv’en Jazz

par Claude Peyrodes, photos Philippe Domain.

Briv’ en Jazz le 11 février 2017

Elegua Jazz 1

Samedi soir 11 février, l’auditorium a résonné aux accents de la musique cubaine dans une ambiance chaleureuse.

En effet, le quartet ELEGUA JAZZ a offert un concert de musique latino-jazz, avec au piano le fondateur du groupe Vincent Laffaire, au saxophone et flûte Thierry Cheze, et à la rythmique Onel Miranda Ramos au congas et Augusto Aguilar à la batterie.

Si une partie du public a pu, au départ, être dérouté par le jeu du pianiste (main gauche sur un clavier basse et main droite sur le piano ou le synthé) la musique cubaine a peu à peu conquis les spectateurs, avec une rythmique « pur jus » très efficace et des chorus de haute volée assurés notamment par Thierry Cheze.

La deuxième partie du concert a mis plus l’accent sur des chants latino-cubains traditionnels et contemporains (Oye como va…) portés par la belle voix cuivrée d’Onel Miranda Ramos.

Si les spectateurs n’ont pas osé se risquer à quelques pas de danse, malgré l’invitation des musiciens, ils se sont montrés très enthousiastes et en ont redemandé !

Prochain concert: vendredi 10 mars avec le quartet SWING TIME

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Dring … Nino’s et cie / Hélène Bohy

par Annie Robert

Le spectacle qui ne prend pas les enfants pour des gamins !!

Le Rocher de Palmer Bordeaux/ Cenon 17/ 12 /2016

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Le Blog d’Action Jazz que voici, que voilà, est consacré comme son nom l’indique au jazz et aux musiques improvisées en tout genre: des sérieuses, des fantaisistes, des traditionnelles, des novatrices, des exotiques, des clivantes, des consensuelles ou des remuantes. Il s’agit d’y faire partager des coups de cœur et des emballements (voire des interrogations).
Et bien, une fois n’est pas coutume, l’emballement d’aujourd’hui portera sur un spectacle pour enfant… la qualité n’étant pas faite que pour les grands  scrogneugneu de scrogneugneu !!

« Dring » est en effet un beau spectacle, foisonnant et créatif, qui a emballé à la fois les enfants et leurs accompagnateurs dans une salle pleine à craquer. Qui chantaient le plus, tapaient dans les mains, criaient au loup, penchaient le cou  et ouvraient des yeux ronds ? Les petits, les grands ? En tout cas, les uns et les autres partageaient le même plaisir, la même l’attention, le même éblouissement. Les âmes d’enfants s’en sont trouvé toutes revivifiées et joyeuses : un petit coup de ripolin multicolore, de fraîcheur de kaléidoscope, de petites peurs rigolotes et d’oreilles en colimaçon.
Quel joli moment on a passé avec ce concentré de magie musicale et d’inventivités scéniques, tour à tour poétique ( avec ses ombres chinoises astucieuses), ou fofolle ( avec son professeur virtuel à la Einstein, ), enrubanné de chansons virevoltantes.
Hélène Bohy et ses deux jeunes compères (Paul Colomb au violoncelle – Lucien Favreau au clavier) se font chanteurs bien sûr, musiciens puisque la musique n’est pas en boîte, mais aussi danseurs et comédiens.
Bruitage, enregistrements, mise en scène pleine de simplicité et de finesse, décor de bric à brac, éclairage sublime, projections farfelues, mais aussi économie de moyen ( des bouteilles pleines d’eau servent de flûte, un parapluie accueille la lune, et des balais jouent les grincheux) encadrent les créations d’
Hélène Bohy. Celle-ci sait créer à merveille, un univers et le faire partager à tous: ses chansons se gouleyent de swing, jazz, reggae, rock, mélodies douces ou endiablées, tempos variés, toujours d’une qualité exemplaire. C’est à la fois simple dans le propos mais complexe dans l’arrangement polyphonique. Bref, c’est un spectacle qui ne se moque pas du monde.
Et on la remercie grandement de traiter les enfants avec le respect nécessaire, pas comme des consommateurs de purée, ou des avaleurs de jingles. Pour eux, elle crée le meilleur, le plus tendre, le plus étonnant : du loup à lunettes, au croco qui a bu toute l’eau, à la pluie qui s’invite, à la mouche qui n’aime pas la douche, au bateau de Nino.
C’est tellement charmant et d’une telle qualité que les adultes non plus, n’ont pas hésité à réclamer un rab de bonheur.
Hélène Bohy n’est pas une inconnue : ancienne du groupe TSF ( tiens revoilà le Jazz !! ), fondatrice de l’association Enfance et Musique, elle sait ce que l’on peut faire passer à travers la musique et sème avec plaisir ses petits cailloux gracieux dans la mémoire des enfants. Son disque «  les petits loups du jazz » est par exemple un incontournable des chorales d’école.
Dring est un spectacle qui nous laisse heureux, sautillant et chantonnant….
Programmateurs de tous les coins de France, sautez dessus, c’est aussi délicieux qu’une glace au chocolat, tonifiant qu’une barbe à papa, et piquant qu’un chardon et rêveur qu’une nuit de neige !!

 

Raphaël Imbert et Big Ron Hunter à l’Entrepôt.

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

L’Entrepôt du Haillan le 9/11/2016

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Ce mercredi est un peu spécial, très spécial même, comme beaucoup je me suis réveillé au son d’une annonce inattendue concernant les USA, et toute la journée les médias et réseaux sociaux n’ont pas arrêté de nous parler ce ce pays, plutôt en mal. Ce soir nous voilà à l’Entrepôt au Haillan pour écouter des musiciens français mais où là aussi il ne va être quasiment question que de l’Amérique, de la Louisiane, de New Orleans, plutôt en bien.

La voix off du directeur de la salle nous accueille avec un humour inhabituel pour ce genre d’exercice, commettant un faux lapsus en se trumpant, nous invitant bien sûr à éteindre nos portables mais aussi à ne pas manger, ni boire ni…nous accoupler. L’ambiance ce soir est détendue, elle va le rester.

Le guitariste Thomas Weirich se présente alors, seul, jouant de son instrument à plat sur les cuisses, bottle neck au doigt bien sûr. Le ton est donné, nous sommes dans le Deep South. Le reste du groupe et son leader Raphaël Imbert le rejoignent et attaquent un bon gros blues sur lequel ce dernier au sax ténor va de suite montrer ses qualités de bopper, même de hard bopper. Intéressante la superposition de ces deux styles, la relative langueur du blues avec la frénésie volubile du ténor. Jean-Luc Di Fraya à la batterie, Pierre Fenichel à la contrebasse et Pierre-François Blanchard au piano, excellents, complètent le quintet.

Le parcours déjà long de Raphaël Imbert est très intéressant, musicien, professeur mais aussi érudit et chercheur. Il a écrit des ouvrages liant spiritualité et jazz, surtout dans le sud des USA, mais travaille aussi sur des logiciels de musique. Allez voir ça sur le Web, le personnage est vraiment très riche.

Personnellement je ne l’ai découvert que très récemment grâce à FIP, comme souvent, qui diffuse des extraits de son dernier CD « Music is my Home », un superbe album. Ses nombreux voyages aux USA influencent plus que fortement ce dernier album, ils le nourrissent. Il aime ce pays, surtout le Sud, il l’aimera toujours malgré les circonstances ; il vante son hospitalité, le partage avec les musiciens locaux, la beauté et l’immensité des paysages… Raphaël est bavard, il nous fait partager sa passion ; il nous avoue aussi que l’accueil à la bordelaise, différent de celui d’Evian ou de Vittel, est pour quelque chose dans sa volubilité ! Un personnage plein d’humour mais surtout quel saxophoniste !

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La première partie du concert est instrumentale, avec une reprise de Paul Robeson, cet athlète, chanteur, acteur des années 30 et 40 et, je cite Raphaël, « cumulant tous les handicaps, artiste, noir et communiste », l’émouvant « Peat Boy Soldiers » évoquant les camps de concentration sur une très douce mélodie. Suit « Easter Queen » une ballade, sorte de valse lente et un solo de guitare déchirant, un sax de velours avec une rythmique douce et discrète. Arrive « This Land is Your Land », un rythme cajun bien enjoué de Woodie Guthrie dont la guitare était orné du fameux slogan « This machine kills facists » toujours d’actualité.

La deuxième partie nous l’attendons tous car elle est synonyme de l’arrivée sur scène d’un grand blues man, l’archétype même du genre, un noir bien costaud à barbe et cheveux blancs, chapeau vissé sur la tête, steel guitare en bandoulière « le blues man le plus heureux du monde » nous dit Raphaël, rencontré lors de ses périples aux USA, le charismatique Big Ron Hunter.

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Une présence manifeste sur scène qui attire le regard et la sympathie, un jeu de dobro solide et une vraie voix de blues. Le magnifique « Going for Myself » (allez voir la vidéo studio officielle de ce titre sur you tube) illumine l’assemblée et nous voilà repartis dans le Deep South, avec ensuite du Gospel, « Walk With The Lord », puis un bon gros blues bien épais où, d’abord seul, Big Ron écrase de sa présence, au chant et à la dobro sans aucune pédale d’effet, nature. « I Got Ramblin » avec un chorus de sax sans sax de Raphaël Imbert, juste l’embouchure, un peu comme un cazoo, puis l’endiablé « Make That Guitar Talk » que les musiciens étirent de leurs chorus en liberté, pour finir par « Sweat River Blues ». Que c’est bien le blues !

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Deux rappels seront nécessaires pour calmer l’enthousiasme du public, un public un peu trop grisonnant – tout comme moi – à mon goût, mais ça c’est une autre histoire..

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Belle soirée organisée par le Rocher de Palmer, délocalisée en partenariat avec l’Entrepôt ; on ne prenait donc aucun risque à y venir, de la très grande qualité comme toujours.