French Quartet Fest 2017

Par Alain Piarou, Photos : Irène Piarou

French Quarter Fest, days 1 & 2

George Porter Jr Trio

Comme je vous le disais, pas le temps de s’ennuyer à New Orleans car un festival succède à un autre. Et, le week end dernier, c’est le célèbre « French Quarter Fest » qui battait son plein, du jeudi au dimanche, de 11h00 à 19h00. 23 scènes étaient alors disséminées dans tout le French Quarter, fameux quartier aux maisons typiques, à l’architecture espagnole et où se trouve un concentration de restaurants, bars et bien sûr, de clubs. C’est en bordure du Mississippi que nous avons passé la première journée avec George Porter Jr et une autre formation que la veille.

Puis, une foule de plusieurs milliers de fans était venue applaudir une icône locale, en la personne d’Aaron Neville, avec son frère au saxophone. Ambiance délirante avec la foule qui reprenait les refrains de ses chansons.

Aaron Neville et son frère au sax

Enfin, c’est John « Papa » Gros qui nous proposait, pour terminer l’après-midi, son funk énergique, à l’orgue et au chant.

On débutait la deuxième journée, toujours au bord du Mississippi, avec les indiens et Big Chief Monk Boudreaux et ses rythmes lancinants et répétitifs qui faisait danser l’énorme assistance.

Big Chief Monk Boudreaux Golden Eagles

Sur une autre scène, Big Sam, excellent tromboniste et chanteur, proposait avec sa formation « Big Sam’s Funky Nation » un gros funk dans une débauche de décibels.

Le formidable trompettiste, pianiste, batteur, chanteur, danseur, bref … showman, Mario Abney se produisait au Royal Senesta Hôtel et mettait une ambiance indescriptible avec son quintet, le « Mario Abney Effect ».

John « Papa » Gros                                                  Big Sam’s Funky Nation

Devant la cathédrale, dans le petit parc « Jackson Square », c’est encore une Neville (la famille est grande et compte beaucoup d’excellents talents), Charmaine Neville aguichait le public, là encore très nombreux et obtenait un vif succès en reprenant quelques tubes néo-orléanais.

 

 

 

 

Nola news 2017 # 1

Par Alain Piarou, Photos : Irène Piarou

 

Big easy for ever !

La Nouvelle Orléans, New Orleans ou encore Nwolins ou tout simplement Nola … bref the Big Easy est toujours la ville de la fête, donc de la musique. D’ailleurs, les néo-Orléanais disent qu’il n’y a pas assez de semaines dans l’année pour organiser des festivals. Et tous les ans on en créé de nouveaux. Cette année, c’est tous les mardis que l’on peut écouter de la musique dans le cadre du « Washington Park Music Festival » dans un petit parc, au bout de Frenchmen street, dans le French Quarter.

Hot 8 Brass Band

Chris Walker

Et puis, restent les clubs sur Frenchmen (14). Tous les mardis, c’est Gregory Agid quartet (talentueux clarinettiste-saxophoniste) qui anime durant 3 heures, le club « Maison ».

Gregory Agid 4Tet

Le célèbre club « Snug Harbor » programme d’excellents musiciens, 7 jours sur 7 et c’est le bassiste local, au nom français, Roland Guerin, qui est ce soir à l’affiche avec son quartet.

Roland Guerin 4 Tet

Le mercredi, il faut aller à « Lafayette square » pour écouter, toujours gratuitement, quelques stars locales ou louisianaises. George Porter Jr, fondateur de la célèbre formation des 60’s, les « Meters » se produisait en trio et nous faisait chanter sa basse électrique et faisait étalage de son talent de bassiste, mais aussi de chanteur, provoquant sans cesse ses coéquipiers et distillant un funk pêchu, pour le plus grand plaisir du millier d’amateurs venu l’écouter mais aussi déguster quelques crawfish (écrevisses) et boire quelques pintes de bière locale dans un ambiance familiale et bon enfant.

George Porter Jr

 Une batteuse…battante !

Par J-M.G., Photos Lydia de Mandrala

Tonnerre de Jazz à Lons                  Anne Paceo

Anne Paceo

Anne Paceo et  ses complices, l’autre soir sur la scène de l’Espace Chambaud  à Lons – plein à craquer d’une foule enthousiaste, c’est à souligner- ont  presque fait apparaître les précédents musiciens invités de Tonnerre de Jazz  comme les représentants d’une autre époque. Un peu, si vous voulez, comme  Charlie Parker reléguant Jerry Roll Morton aux antiquités du jazz. Mais peut-on parler de jazz quand  vous êtes sous l’emprise d’une autre musique  qui offre d’autres sons, d’autres rythmes, une autre atmosphère – chacun disposant pour ce faire  de sa petite boîte électronique. Il résulte des développements musicaux du groupe d’Anne Paceo  dans son exécution de Circles –son dernier disque – un étonnant florilège d’expressions. On se trouve souvent plongé dans une ambiance quasi mystique avec des incantations qui ont souvent des couleurs orientales, jusqu’à celles de la lointaine Birmanie.

Leila Martial

Les expressions  mélodiques de Leila Martial, étonnante de verve et de passion dans ses scats d’une troublante stridence s’associent aux tonalités des saxos  de Christophe Panzani.

Christophe Panzani

Elles ont les mêmes couleurs, celles d’un jazz qui a évolué dans le temps sans perdre totalement  ses racines.  Ils sont bien soutenus  par le claviériste Tony Paeleman  dont les improvisations d’électro-jazz participent  à l’ambiance magique du concert.

Tony Paeleman

Et puis il y a Anne Paceo,  évidemment, qui mène ce joli monde à la baguette de façon subtile ou percutante, selon les thèmes. Très rares sont  les « drummeuses » dans le monde du jazz. Anne, dont on pourrait dire qu’elle est d’abord  une batteuse… battante avant d’être une chanteuse n’a rien à envier aux percussionnistes célèbres qui  écrivent  l’histoire du jazz depuis un siècle. Sauf qu’elle construit son art avec  une touche de féminité pleine de charme…

Anne Paceo Quartet

 

« Les chemins de traverse »

Par Annie Robert, Photos : Irène Piarou
Atrisma   Quartier Libre          25 février 2017
                         

Atrisma Quartier Libre 25-02-2017 013

Atrisma

Après cinq jours d’enregistrement sur leur nouvel EP, le trio bordelais Atrisma donne à entendre devant un public venu bien nombreux, leurs toutes nouvelles compositions au Quartier libre. La nuit calme et fraîche est  à l’unisson de leur jazz délicat, onirique par instant, renforcé par des mélodies claires, des structures travaillées, et une énergie sans faille.
Au centre, sagement assis sur son tabouret, Johary  Rakotondramasy et sa guitare rouge carmin, installe tranquillement, souplement, avec tact et subtilité un groove tout en finesse. C’est une merveille de guitariste qui ne cessera pas de dessiller nos yeux et de sublimer nos oreilles, à l’aise dans tous les domaines du jeu.

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Johary Rakotondramasy

La mélodie suit, elle bavarde avec joie ou romantisme sur les claviers habités de Vincent Vilnet, compositeur de la plupart  des morceaux et hardi combattant de la musique libre. Ca roule, ça discute, le ton est  féroce ou discret. La batterie lance le combat ou l’apaise, calme les ardeurs ou les relance.

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Vincent Vilnet

C’est une musique d’évocation, impressionniste et voyageuse qui se déroule et se renforce. On accompagne les circonvolutions des pensées, leurs chemins de traverse, la tension des nerfs, les larmes des muscles fatigués, les vibrations du souffle. Un des morceaux  se nomme «  le voyageur immobile » et c’est véritablement ce qui caractérise ce trio, sa capacité à emporter l’auditeur dans des moments colorés chacun de manière précise, comme des paysages mentaux qui s’animeraient pour nous : des souvenirs ou des oublis, des désirs ou des soucis. C’est tantôt confortable et tonique, tantôt déroutant mais toujours captivant. Les styles se croisent et se métissent.

Johary - Hugo 020

Johary Rakotondramasy et Hugo Raducanu

La marche dans les chemins de traverse peut reprendre, on a le sentiment de suivre leurs pas, leurs idées musicales, dansantes et sautillantes, portées par le groove ou bien tristes et mélancoliques, parsemées d’arpèges.  Ils nous prennent par la main, la ballade est quelques fois ardue, il faut grimper, éviter les roches amères mais le  paysage est là, avec des airs de sable et de prairies, de tempêtes et de hauts fonds. Le travail d’Hugo Raducanu à la batterie est un modèle du genre, varié, créatif, roulant ou soyeux  suivant les besoins. Souvent en contraste, parfois en contrepoint, il ne se contente pas de souligner, il bouscule, ou encadre, relance avec une complicité patente, au service de ses deux compères mais libéré.

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Hugo Raducanu

Piano, guitare et batterie, la disposition est peu courante, porteuse de grands avantages (deux instruments harmoniques) mais aussi dépourvue d’une basse permanente. Pas de soucis pour autant, chaque instrumentiste prend en charge cette ligne à tour de rôle, discrètement, sans qu’à aucun moment, on s’aperçoive d’un manque.
Si leur virtuosité à ces trois-là, est bien réelle, elle n’est jamais ostentatoire. Elle est au service du morceau, du moment, de l’intention. Ils ne cherchent pas à nous en mettre plein les mirettes, à nous en donner pour notre argent avec trois milles notes au kilo. Ce  n’est pas un simple jeu cérébral, mais une vraie création pensée et collective, comme une symphonie libre, certes complexe dans ses contre-pieds, ses changements de rythme et de style mais toujours parlante, toujours évocatrice, un vrai ton et un vrai univers.
Le rappel, mâtiné de blues et de rythme des îles, porté quasiment seul par Johary à la guitare, se finira par des accords debussyens au piano et  une  résonance  à la cymbale d’une simplicité parfaite. Une conclusion claire pour une soirée  à circuler dans les chemins de traverse d’Atrisma.
Leur EP sort bientôt ; un conseil : ne le ratez pas !!

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Vincent Vilnet, Johary Rakotondramasy, Hugo Raducanu

 

2 événements au Rocher

Par Alain Fleche, Photos : Philippe Marzat et David Bert

Michael Wollny / Ethan Iverson (The Bad Plus)

44ème semaine de l’année ’16,  2 événements rares, concerts :

Mardi, du duo M.Wollny/V.Peirani et jeudi, The Bad Plus (tout ça au « Rocher de Palmer » Bavo  les mecs !)

Michael Wollny - Vincent Peirani (Philippe Marzat)

Michael Wollny – Vincent Peirani (Philippe Marzat)

Alors qu’est ce à voir, d’un pseudo hasard de programmation réunissant à quelques jours de distance, 2 tendances, peut-être pas si distantes, de l’expression d’une musique actuelle, réunies sous le vocable « jazz » lui- même réunissant …

2 attitudes différentes de l’approche toujours renouvelée de la recherche de l’instant.

Ici : un son, européen, j’allais dire ‘local’, tenté, teinté de couleurs exotiques empruntées de courants divers, totalement assimilés, d’un romantisme début XXème jusqu’aux dernières trouvailles en matière de cassure de rythmes non réguliers et gammes inhabituelles faisant partie maintenant de nouvelles bases incontournables de recherche harmonique actuelles.

Michael Wollny (Philippe Marzat)

Michael Wollny (Philippe Marzat)

Là : le son aussi; direct de racines enchevêtrées de cultures présentes sur le nouveau continent, importées, voir induites, de travaux en perpétuelle exploration sur toute la surface du globe qu’ils reprennent à leur compte par leur appropriation légitime de tout ce qui fait son.

Les américains sont épatants d’éclats, de rythmes qui se mélanges dans des métriques différentes, qui se chevauchent et se distancent puis se recroisent sans s’être jamais perdu tout à fait de vue !

German / latin, eux, puisent plus dans un romantisme tantôt sombre puis presque joyeux qui virevolte et plonge dans des concerti improvisés, avec orchestre à 4 mains, d’incertitudes aussitôt résolues dans l’unisson improbable de 2 voix qui cherchent, se cherchent … et se trouvent dans une harmonie qui les rassure et les emmène dans des sphères éthérées où chacun de s’exprimer et de se confondre en unité cohérente grâce à une écoute et une entente permanente d’où émergent plaisir et bonheur des acteurs, comme des auditeurs  dans une résolution d’harmonie, bizarre certes, mais juste (du moins entendue comme telle à l’heure d’aujourd’hui).

Les 2, l’un duo ( des potes se retrouvant de temps à autres pour faire correspondre leur avancement perso sur le sujet commun), de  l’autre, trio (depuis plus de 15 ans travaillant ensemble ), réalisés dans leur projet respectif, racontent des histoires différentes, avec un peu les mêmes notes, signes, paroles, qui finissent par les réunir dans une histoire où les repères ne nous sont pas inconnus, là où se mêlent depuis longtemps rythmes gammes et progressions harmoniques de tout horizon, ne l’oublions pas : ayant pour but (et origine!?) d’amener l’humanité toute entière vers plus de communication … et d’entente !

Ethan Iverson (David Bert)

Ethan Iverson (David Bert)

Bon, à part ce rapprochement dans cet espace/temps, de 2 jalons de la « musique toujours tout’neuve » qui ont affirmé leur recherches … et découvertes par des angles autres mais pas si éloignés, quitte à se situer aux antipodes l’un de l’autre, où ils en deviennent indissolublement complémentaires… ce que nous comprenons puisque nous avons déjà parlé de ce qui les rapproche.

Voici un magnifique exemple d’existence, aujourd’hui, là, si proche, de Musiques qui nous parlent, et se parlent, du même langage, sans mondialisation aucune, plutôt la Cité Céleste (où tout ce qui est épars est réuni) que Babel ! Emulation plutôt que compétition, rapprochement plutôt que challenge. Nous sommes tous sur la même vibration, pour qui veut l’entendre, et c’est bien ce qui nous réunit dans notre quête vers le « Beau ».

Et voilà.

Plus rien n’est hermétiquement cloisonné, tout communique. Une note jouée au bout du monde influe sur la production  et/ou l’écoute d’une autre, au même instant !

The Bad Plus (David Bert)

The Bad Plus (David Bert)

Oui, c’est magique. Et on le sait. Depuis ‘Trane’ et sa quête spirituelle, ou Miles : «  rien de nouveau qu’Armstrong n’ait  dit », toujours ré-actualisée, re-proposée, la réponse c’est l’Amour ; la question n’est jamais anodine.

 

Elling 21 ans Gran Reserva

Par Nathalie Pigneguy, Photos : Thierry Dubuc

Kurt Elling

Kurt Elling

Vendredi 18 novembre, au Rocher de Palmer, se produisait le grand Kurt Elling et son quartet….

T’as beau savoir que, vu le talent du monsieur, tu vas forcément en prendre plein les esgourdes, en fait c’est une claque magistrale que tu te prends en pleine face.
Assise au premier rang, à quelques centimètres de la scène, tu oublies de suite le public et te crois dans un concert privé et intimiste.
Kurt…. et son quartet de musiciens fantastiques.

La magie opère dès la première seconde.
Stu Mindeman, tantôt sur son Steinway&Sons à queue, tantôt sur son orgue Hammond, te fait frissonner de plaisir, Clark Sommers à la contrebasse -fiévreux et précis- fait le taf, John McLean à la guitare est complètement habité et fait pleurer son instrument, et Ulysses Owens Jr, à la batterie est en transe.
Toi aussi tu l’es. En transes.

John Mclean

John Mclean

Elling fait partie des plus grands chanteurs de jazz au monde.
Et ça se comprend.
Sa voix de baryton riche de quatre octaves, sa décontraction absolue, sa désinvolture apparente, sa maîtrise du swing, du scat et de l’art de la scène en font un personnage charismatique, d’une profondeur troublante.
Dans son costume rayé style années 30, le mouchoir de soie colorée à la poche, les cheveux lissés à la Gomina, tel un Cary Grant ou un Count Basie, il déboule tout en finesse et nonchalance affichée.

Ulysses Owens Jr

Ulysses Owens Jr

Tu fermes les yeux, tu savoures un Glenfiddich 21 ans Gran Reserva.
Oui, Kurt et ce merveilleux whisky s’entremêlent dans tes sens aiguisés et affolés.
Le nez est intense, avec une pointe de caramel et de cuir neuf.
La bouche – Ah la bouche!- est initialement douce puis vive et brillante, avec une touche poivrée.
Et la finale est longue, chaude et épicée.
Elling c’est ce whisky écossais, distillé dans des fûts cubains, subtil et raffiné, qui a réussi une étonnante fusion aromatique.
Sa voix est chaude, enveloppante, ses inflexions délicieusement riches et crémeuses. C’est mature, capiteux, viril.

L’heure et demie de concert s’appréhende comme des secondes.
Tu as la bouche ouverte, le souffle coupé.
Ce joyeux quintet s’amuse, s’éclate, se donne à fond, se répond.
C’est du Jazz, du vrai.
Celui qui te laisse pantois, qui te fait vibrer.
Celui qui t’emporte loin…
Et les larmes coulent silencieusement sur tes joues tant, à la note près, la perfection musicale est là.

Kurt Elling

Kurt Elling

Il débuta sa carrière en 1995. Sur le prestigieux label Blue Note.
Il y a donc 21 ans.
A l’image de ce single malt Gran Reserva dont l’affinage délicat nous donne ces suaves pointes émotionnelles associées à sa technique étonnante, les morceaux s’enchaînent, incluant les nouveaux, célébrant Noël approchant.

C’est beau. C’est bon.
Sa bonne humeur, ses plaisanteries, leurs sourires éclatants, font de ce moment unique quelque chose de simple et évident.
C’est classe et sans prétention.
Monsieur Elling est un grand.
A consommer sans modération. »

Kurt Elling & Clark Sommers

Kurt Elling & Clark Sommers