Claudia Solal – Benjamin Moussay

Claudia Solal / Benjamin Moussay – BUTTER IN MY BRAIN

Chez : abalone

par Alain Flèche

Claudia Solal : voix, compositions

Benjamin Moussay : claviers, compositions

Butter In My Brain

On serait tenté de penser au duo Ran Blake/Jeanne Lee, mais non. Même si le jazz est bien là, à fleur de notes qui se suivent, se choquent, s’échappent, reviennent et disparaissent, l’ancrage semble bien se situer dans la culture occidentale, et c’est plutôt l’esprit de Robert Wyatt qui hante le sujet de notre écoute. Voix bien posée, clavier qui conduit la machine en marche, marche après marche… De plage en plage, on découvre un univers qui leur est très personnel, plutôt sombre, presque inquiétant, pérégrination dans un paysage clair-obscur . Le petit chaperon rouge qui joue à saute mouton avec le loup. Peut-être même d’autres jeux moins avouables, de séduction cachée, de gaîté triste, d’abandon et d’à quoi bon. Pseudo mélodies qui collent à l’âme comme la hagne d’un ru fétide qui alourdit les bottes d’un pêcheur de poissons agonisants . Ça ou là, un rayon de lumière jaunâtre, une fleur vénéneuse arrêtent l’esprit qui va son chemin, sans fin, car déjà inutile et sans but. Un air qui se perd dans la lande glauque, des paroles qui disent la peine de poursuivre… un élan éteint. Tout ça, bien sur, sur un ton hypnotique, par de jeunes grands maîtres de leur art . Splendide !

 

La nuit insoliste, Uzeste

Par Alain Flèche, photos Alain Pelletier

Samedi 19 août 2017, soir

Soirée de clôture de la 40ème édition du festival artistique d’Uzeste. Le concept est une promenade, plus ou moins guidée, autour du village, avec musique, acteurs, pyro, et plein d’autres trucs ! Je ne promets pas de ne pas en oublier, ni de les avoir tous reconnus, ni de raconter dans l’ordre. Mais quel désordre (l’ordre moins le pouvoir !). Au coin d’une place, d’un bois, d’une rue… nous croiserons :

Jérôme Rouger, Jacques Bonnafé, Gilles Defaques, Raphael Quenehen, Sylvain Darrifoucq, Valentin Ceccaldi, Fabien Gaston-Rimbaud, Léa Monteix, le parti Collectif, Laure Duthilleul, François Corneloup, Gael Jaton, Polo Athanase, Nenetto, Alys Varasse, les “Imaginasons” de Patrick Deletrez, Fawzi Berger, le Scrime…

Rendez-vous dans le parc, accueilli par des sons synthétisés par ordinateur. Toute proche, une scène. Sketch sur la relation acteurs-auditeurs,  le 1er rang est responsable du résultat du show, en ce qu’il filtre et réagit sur les informations, soit en les acceptant, soit en faisant écran. Je pense, dorénavrant,  éviter ces places, pourtant tentantes. En fin de diatribe loufoque (et otarie on a ri), à grand renfort de gestes genre “hôtesse de l’air  jouant des bras et des mains pour diriger les voyageurs en cas de…”, le public est séparé en deux énormes groupes qui se dirigeront dans des directions différentes. Avons nous tous vu les mêmes intervenants ??? Quoiqu’il en soit, on y va ! Des lumières, des feux partout, dans les bosquets, près de la rivière, des chants, des textes dans des endroits improbables.

En fait, dès la seconde “vraie” intervention, nous nous rendons compte que nous sommes bien plus nombreux que prévu, et tant pis pour ceux qui traînent la patte, ils ne  verront ni n’entendrons tout de ce spectacle sans cesse enchaîné et renouvelé. Sax et mandoline dessous un petit pont, musiciens en mouvement, notes furtives, tambours au loin. Des relents de musique jouée ailleurs, un violoncelle devant nous accompagne les sons diffus. Nous avançons, des rythmes créoles se précisent. Juste des voix. Du “bélé”, chanteurs cachés dans les taillis, des lampes suspendues aux arbres agitées par des mains invisibles, lumières et ombres qui se confondent. Au bout du parc, une impasse. Un mur, un oeuvrier nous apostrophe, nous encline à lire, à hurler tous, le graffiti inscrit sur le mur : “complot commun” ! Puis mouvement général droit sur le mur… en cartons, qui seront érigés plus loin, au milieu d’un délire de sons, de bruits, de musiques, de textes, où tous se demandent ce qu’ils doivent faire… mais ils le font, dans tous les sens, gloire à l’insensé !  ! Une vingtaine de tambours, caisses, percussions, crécelles et autres emmènent maintenant le troupeau, tel le joueur de flûte de Hamelin. Tous semblent être dépassés par cette marée (où on se marre bien), mais, bon enfant, elle joue le jeu au milieu des multiples feux de joie, d’artifice, follets, qui s’illuminent à chaque instant. Sur un pré, des lettres géantes : 40 ESTEJADA DE LAS ARTS… enflammées ! Tambours toujours. À l’angle d’une rue, fenêtre allumée à l’étage. Solo d’une guitare libérée de codes. Arrive une grue charriant une palette, dessus : une batterie qui donne la réplique à la gratte bis are.

On reprend la route. Tambours, feux, des instruments parcourent en courant la longue procession. Croche-pied pour la pensée qui n’a que faire ici. Il suffit d’être, pour ne pas s’emmêler les oreilles. L’instinct ! Le lâcher prise du connu est de rigueur pour ne pas trébucher sur des idées reçues, ou fixes, en tous cas inutiles ! Autre fenêtre : une jeune femme récite, plein de charme, un texte-manifeste magnifique du grand poète  gascon Bernard Manciet  . .  Pas loin, une batterie explose de joie. Un solo plein de fougue, de feux qui éclairent Louis, ricochent en même temps que les baguettes sur les cymbales. Encore des feux, des sons éparses partout, des cris, des rires, et nous arrivons en face de “l’Estanimet” où nous attend un piano, monté sur des palettes, des bougies se balancent au-dessus. Le grand Maitre d’ici officie. Bernard Lubat nous gratifie d’une aubade flamboyante en guise d’au-revoir. Tout doit se finir en chants et danses. C’est l’heure du bal. À la bonne heure ! Pas de risque de fausse note, ce n’est pas du “baloche” de banlieue ! On est chez les grands là. Alors, rien de moins que le fabuleux groupe nantais pour faire se dandiner les ours en goguette, refusant d’en finir avec la fête. Et c’est donc les musiques de Papanosh que nous emporterons dans les oreilles comme dernières fleurs de ce bouquet de bonheur que nous a offert ce festival, dernier grand bastion artistique contre la bêtise généralisée. Vivement l’année prochaine !

40e HESTEJADA – UZESTE 2017

 

Par Alain Flèche

Dimanche 13 aout, La Collégiale

LOUIS SCLAVIS Clarinettes, VINCENT COURTOIS, violoncelle, DOMINIQUE PIFARELY, violon

Jazz de chambre. Bois et cordes. Solennité et acoustique du lieu qui forcent à l’écoute respectueuse du discours développé par ces 3 vieux complices qui communiquent d’un regard, un mouvement, un geste dans la progression des œuvres interprétées, qui prennent vie à partir de thèmes très élaborés, souvent signés de notre fameux lyonnais clarinettiste. Sur ces trames savantes, la musique se créée de chaque nouvelle idée, notes et silences, de chacun de ces architectes qui inventent des ponts entre le réel et le rêve .

Comme cet enfant, des jolies cartes sorties du porte-feuilles de maman, s’invente une marelle qui va relier la Terre au Ciel. L’âme des auditeurs, captés de l’esprit qui hante les instruments, vont s’attacher aux mélopées gracieuses, capricieuses, évidentes ou tourmentées, hypnotisées des charmes des magiciens du son, qui n’auront de cesse d’élever l’attention au niveau de leur intention ! Très haut niveau de perfection. Création instantanée. La hauteur de la nef est à peine suffisante à contenir les mondes variés inventés et la farandole des esprits de tous les visiteurs de ces nouveaux horizons, tourbillonnant jusqu’à tutoyer les anges. Les 3 passeurs s’y connaissent en voyages,  spirituels, homériques… humains. Sclavis continue à écrire ses carnets de route, dans une géométrie plus légère mais plus complexe, intime, sublimée. Courtois en appelle toujours à l’imprévu et Pifarely est un magicien qui nous fait naviguer entre les couleurs des vitraux sacrés que cisèle son archet. Une trentaine de doigts qui se promènent, cavalent entre les cordes et les clés, peu importent les notes, les thèmes (très pointus), l’essentiel est le chemin que nos guides dessinent et nous entraînent à découvrir avec eux Quelqu’un : « mais, ils ne tournent pas les pages des partitions !? » Non, ce sont quelques notes de support, elles donnent un ton, une direction, carte d’un itinéraire changeant au gré de l’imaginaire des fous jouant. Le temps s’est arrêté dans un présent éternel.  Folie et joie de se perdre dans l’instant. L’écho de chaque note apporte à la suivante, tout es lié. Les notes, les visions, l’audition, les désirs, les délires se mêlent et se reconnaissent dans le bonheur partagé. Dans ce voyage de l’âme qu’induisent les 3 Maîtres de musique, chacun se retrouve face à lui-même, tous ensemble. Et la fin du concert n’y changera rien, rien ne sera tout à fait pareil, d’avoir découvert de nouvelles voies  lumineuses. Les fidèles quittent le lieu chargé de vibrations célestes, complices, heureux, comblés.

Lundi 14 août, l’Estaminet

Fin d’après-midi d’une torride journée estivale. La petite salle est comble, la température est prohibitive, mais bon, on est là pour une « Petite vengeance «  assumée par :

Raphaël Quenehen aux sax

Jérémy Piassa : batterie

Piliers du beau goupe ‘Papanosh’, en prise de risque directe. Un solo multiplié par 2, qui forme un. Exercice hautement périlleux, dont le succès de la tentative n’est réservé qu’aux grands. Souvent.  ceux-là n’oublient pas leur expérience réussie avec le grand altiste trop peu reconnu Roy Nathanson (qui s’est déjà frotté à la discipline du duo). Alors , ils y vont !

De longs morceaux qui s’étendent  jusqu’aux limites sans cesse repoussées, de leur imagination fertiligineuse. Longue ribambelle de rythmes baihiaesques, samba riante, à la barbe de Barbieri, sans bas, que des hauts ! La batteries, tellement les 4 mailloches ne laissent aucun répit à l’instrument qui se fait un plaisir de répondre aux sollicitations permanentes, par des éclats, et qui tonne, explose, emmène  le temps et le vent. Le sax suit. Sans faute, avec goût. Épicé, aussi. Ça souffle, époustoufle et pis tout partout, dans tous les sens, sur tous les tons, sensitif, complexe décomplexé de l’un à l’autre, chacun joue en reflet renvoyé à travers les facettes scintillantes de son alter ego qui joue à s’amuser et assumer le jeu en court, en cours, rebondissant encore. Après cette sarabande (d’)allumée(s), d’autres tempi. Blues distendu. Notes étirées. Sucre coton flou . Les contours d’une idée entendue s’émissent, se précisent, le blues perdu dans son informelle ébauche se concrétise dans le cœur d’une femme seule … « Lonely Woman ». chef d’œuvre ornettien, standard renouvelé de/à chaque interprétation . Réinventé ici aussi et encore, et toujours nouveau, désespéré et envoûtant. Lamentations, plaintes, soupires, détresse, peine, mais Force. Et Beauté. Enfin, un autre monument élevé par Wayne Shorter pour Davis (dont vous me pardonnerez d’avoir perdu le titre), une haute bâtisse qui ne crains ni les temps ni les vents, ni te tonnerre ni les tourments, les doutes abandonnés pour des certitudes aléatoires qui basculent aussitôt vers leurs contraires. Gros beau boulot que nous livrent ces zigotos. Mais il n’est pas tard, et il fait trop chaud.

Le temps d’avaler un rafraîchissement, d’apéritiver… Nous allons passer au plat de résistance à la bêtise cambrée.

 

Presque nuit, parc Lacape, concert manifeste :

Impwovizion

Lien évident qui réunit les sons d’ici (compagnie Lubat augmentée) aux sens de là-bas, ou là-haut, Antilles antennes , jazzcogne contre les murs de la barbarie. Chants traditionnels ‘bélé ‘ , face aux paroles et musiques improvisées. La créolisation est en travaux ! (lire Édouard Glissant : Sur les épaules du passé… au présent cinglant… inventer de l’avenir). Pont entre les Frères d’Âme. Projet fomenté par la rencontre non fortuite de Bernard Lubat et Luther François (assoc. Nomad Martinique). Avec :

Luther François : sax – Nenetto, Alys Varasse : chant – Alfred Varasse : batterie tambours – Bernard Lubat : piano, voix, direction – Fabrice Vieira, Thomas Boudé : guitares – Jules Rousseau : basse – Louis Lubat : batterie – Jacques DiDonato, Nicolas Nageotte : clarinettes – et Christophe Mert : plasticien qui habillera tout le long de la soirée, un panneau composé d’éléments hétéroclites avec des peintures, mouvantes, renouvelées au gré  des sons, des humeurs (toujours bonnes!) et des impressions (dans le sens coltranien), comme une poussière d’étoiles qui continue à scintiller dans le plein (et non le vide) intergalactique de la musique exprimée ou suggérée.

Créolisation ou créolité : rencontre, assemblage innés de différentes culture pour en composer une nouvelle, sans rien perdre de chaque identité. L’expression se libère en s’enrichissant. Riche sons, qui nous transportent par delà tout clivage, habitudes et préjugés. Les chants ancestraux hissent les couleurs, haut et fort. Appuyés de battements et accompagnements complices, de plus en plus compliqués, distincts cependant, privilégiant chaque partie dans le tout. Les chants lancinants et brillants, sont rejoints puis dépassés de mille voix qui explosent à chaque endroit de la scène. Les instruments affûtés, chauds comme des marrons de peaux, se placent, suivent, dévient, s’imposent, disparaissent un instant, reviennent suivre une nouvelle idée générale, partent dans des directions où ils ne resterons guère seuls bien longtemps, vite validées d’un écho permanent, intelligent . Moment impossible à résumer. Comme la toile fabriquée et colorée qui évolue à chaque instant, pas une mesure de répit. Ni pour les musiciens à l’écoute permanente de soi, de l’autre, du son, du sens , souvent induit par les claviers de Bernard, et de sa voie, et des textes susurrés, cités, vociférés, affirmés, proposés à l’intelligence de l’esprit et du cœur . Ni pour les auditeurs qui n’en perdent une miette de ce maelström explosif , en réclament encore des éclats de joie, que l’on voudrait mettre de côté pour réchauffer les jours plus ternes, plus sombres. Ne plus jamais oublier que le bonheur est dans le partage. Comment parler de la folle joie constructive de chacun des participants qui parlent, chantent, jouent, même seuls toujours absolument ensemble ! Pas une tête, pas un instrument qui dépasse, ils ne font que se surpasser . Union de la scène et du public. Fête générale .

Communion

 

SAX SUMMIT par Jazz and Wine 17/07/17

DAVE LIEBMAN : soprano

JOE LOVANO : tenor

GREG OSBY : alto

PHIL MARKOWITZ : piano, CECIL McBEE : contrebasse, BILLY HART : batterie

On se le rêvais, c’est resté un rêve !  On le sait bien qu’il ne suffit de rassembler quelques grosses pointures pour gagner à tous les coups … Pourtant tout est là : lieu d’exeption, Chateau Maison Blanche à Montagne-Saint-Emilion, sono plus que correct, organisation qui a fait ses preuves, 3 des plus fameux saxophonistes actuels… et puis, voila : un beau concert auquel il manquait de ce quelque chose qui rend l’instant inoubliable.

Dave Liebman se pose. Il a amené ses vieux potes aux piano et section rythmique, déjà présents sur « Méditations » (hommage à Coltrane en ’97, par ailleurs pas son meilleur opus…) . Ce bon vieux Coltraniste de la 1ère heure invite, pour  honorer  les 50 ans de la disparition du Maître,  2 collègues qui tiennent le haut du pavé dans leur catégorie : Lovano, qui possède le ‘soul’, et Osby qui a la ‘Force’ . Le répertoire concerne la dernière époque de Trane. Un 1er morceau de ‘mise en bouche’, et puis une belle intro : Dave flûte à bec, Joe au bansuri, c’est : ‘India’. Superbe, tous les espoirs sont encore permis. Mais ce sera le pic de la soirée, avec une très sensitive version de ‘Selflessness’ aussi… et puis voila. On visite ‘Love Supreme’, Meditations’ et autres, chacun manifestement y met tout son art, mais…

Le piano de Phil Markowitz est irréprochable. Accompagnement et chorus magnifiquement architecturés. vieux compagnon de route de Dave, rompu à toutes ses trouvailles, écrites ou improvisées. De même pour Cecil McBee, axe indéfectible, pierre angulaire du projet. S’il dévie d’un ton, d’un battement, c’est juste pour faire rebondir la balle que le soliste du moment prendra au vol pour explorer d’autres horizons. Le grand Billy Hart, toujours à l’écoute, présent et discret, souvent aux maillets. Malgré tout, ce n’était peut-être pas le batteur idéal sur ce coup là, un petit manque de folie !? Joe Lovano, impérial. Cependant, il faudra attendre presque la fin de l’évènement pour qu’il nous livre toute la mesure de ses capacités incomparables, sans retrouver pleinement l’émotion dont il nous avait envahit 2 ans avant à Blaye. Quant à Greg Osby, fameux co-fondateur du mouvement M’Base (avec Steve Coleman, Cassandra Wilson, Kevin Eukbans, entre autres), n’a de cesse de déverser feu et flammes, les idées se bousculent et emplit l’espace qui lui est concédé. le reste du temps, il restera légèrement à part, sur une extrémité de la scène, rejoignant le groupe pour faire très largement son boulot sur les splendides arrangements des thèmes, tutti et contre-chants, et bien sur, ses chorus volcaniques.  Il joue beau, fort, inspiré, libre, coltranien donc, dans le fond de l’âme, avec une formulation que n’aurait probablement désavoué le grand John.

Alors ? Tous ces remarquables musiciens, excellentissimes chacun, semblent avoir du mal à se trouver, à communiquer, à jouer, comme des enfants qui crient, s »affrontent, se chamaillent, se disputent, mais c’est pour de rire, pour faire vivre le plaisir d’être ensemble. Nous attendions, par cette chaude soirée estivale, un vent frais et torride de grande force, sans autre direction qu’indique le bonheur de transmettre un héritage immortel. En bref, un vent libertaire qu’ils auraient chevauché tous vraiment ensemble,  à se dépouiller de tout code, à partager chaque ‘impression’, surenchérir tous, au même moment… Bon, soit, il nous reste à accepter les variations, les aléas, l’impermanence de l’être humain, tout héros que nous en avons fait. Acceptons les contingences et les difficultés du musicien en tournée avec résignation. Une autre fois …?! en attendant re-écoutons l’ intégrale de l’inspirateur de cette tentative, les meilleurs enregistrements de nos hôtes de ce soir (n’oublions pas « live under the sky – Liebman et Shorter, un must). Et puis, peut-être que le plus bel  hommage  rendu au grand génie célébré, réside dans l’essence, l’esprit qui perdure dans la voie qu’il a ouverte il y plus de 50 ans. Partant, toutes nouvelles expérimentations,  prises de risques instantanées, destructurations systématiques viennent de l’héritage de notre mystique saxophoniste chéri, l’entretiennent, le nourrissent et le font encore grandir .

Merci John, et à  tous les autres aussi.

LUCKY DOG 23/06/17 chez Brouss’art(assosax)

Par Alain Flèche
Frédéric BOREY (tenor, soprano saxophones, compositions)
Yoann LOUSTALOT (trompette, bugle, compositions)
Yoni ZELNIK (contrebasse), Fred PASQUA (batterie)

Nos deux bordelais (d’adoption) de passage !
Frédéric ne cache pas sa joie d’être là. Heureux de travailler à Paris, mais il sait que c’est en province que ça se joue! Content de retrouver son sourire permanent et son jeu original. Il a escamoté ses influences hendersonienne pour affirmer d’autant sa personnalité qui s’affine au cours du temps, avec un son toujours clair, chaleureux et précis. Notes détachées et attaques franches. Volubile mais sans pathos. Chacune des nombreuses notes prend sa place dans une architecture imprévisible mais harmonieuse
Yoann est plus aérien mais avec des racines bien ancrées sur terre. Un flocon qui virevolte au gré de ses idées qui ne cessent de se bousculer et qu’il expose avec grande sensibilité, délicatesse, poésie. il jongle avec les notes, celles qui sont en l’air, celles qui lui traversent l’esprit, choisissant les plus belles, celles qui iront plus loin jusqu’à se nicher au creux de notre mémoire
Ils sont venus nous présenter leur prochain album (live) à sortir en fin d’année.

Et c’est parti : mise au point, mise en souffle, compo.(de Yoann) un peu arithmétique, des lignes qui emplissent l’espace pour les relier les 4 protagonistes ensemble. Puis compo. de l’autre soufflant (elles semblent être alternées tout le long de la set-list): franchement blues, enfin blues contemporain évidemment, avec de larges plages tonales où chacun raconte son histoire prenant place dans cette narration commune ! Ça continue dans des ambiances très modernes. On entend des réminiscences de « Old and new dreams » (avatar Ornette Colemanesque des ’70 avec Don Cherry, Dewey Redman, Charlie Haden et Ed Blackwell). De même, Fred Pasqua fait sonner ses tambours, s’emballe dans des construction précaires mais solides, semble découvrir, avec nous, toutes les capacités surprenantes et percussives de son multi-instrument.
Et chacun de s’échapper du schéma des thèmes, partir à la découverte de leur propre monde où ils nous invitent à les suivre à travers des méandres parfois tortueux, ou bien sur des lignes plus épurées, toujours très personnelles… près à se perdre dans des voyages improbables. Mais il n’y a aucun danger: Yoni veille au grain. Axe (presque) imperturbable, référence permanente, il est consulté comme lorsque on demande l’heure, subrepticement, à un passant, rassuré d’avoir le temps de flâner encore avant de rejoindre ceux de l’équipe qui piaffent déjà de prendre bientôt leur tour de gardien du feu.
C’est vrai que cela fait fait un moment, près de 5 ans, que cette formation existe. Ensemble tout à fait cohérent, complices d’idées en partage, chacun apportant la richesse de ses multiple projets pour continuer à construire une œuvre commune qui nous enchante et nous ravit.
Peu de monde ce soir. Pourtant, l’énergie, la joie, le plaisir sont là, sur scène et dans la salle, palpables. Nous ne les laisserons en paix, leur accordant un repos mérité, que rassasiés, saoulés du bonheur de ce beau cadeau qu’ils nous offrent de leur présence ici.
On les en remercie, ainsi que Didier Broussart qui les a invités.

STRIO – DÉPART chez Gayamusic

 

ROMAIN NASSINI : Piano-compo
BENJAMIN GUYOT : Contrebasse-compo
CHARLES CLAYETTE : Batterie
feat WILL VINSON : Sax A.

On serait tenté de dire : « encore » de bons musiciens… C’est vrai, tellement de belles et bonnes choses paraissent, presque quotidiennement ! Le distinguo se fait sur une impression, un feeling, le son, des compositions, voir: le graphisme du contenant…
Cependant, ici, force est de constater que ‘ça marche !’.
Piano à l’aise, il semble ne jamais forcer malgré quelques accords alambiqués sur des rythmes instables. Présent sans ostentation, notamment lors de beaux échanges avec le sax où il ne donne pas sa part au chien.
Contrebasse qui assure, toujours très proche du piano, de la mélodie. Un son très présent, en force, en face, en (bonne) situation. Ne lâche aucun os qu’il n’ait fini de peler comme un oignon, juste pour voir ce qu’il y a à l’intérieur.
Batterie en place, souvent discrète, sauf si la basse le sollicite, précise certains tempi, remplit des mesures en suspend, souvent aux balais, juste pour que personne ne se perde.
Invité : Le sax alto, se promène en passant voir les potes, et puis, se prend au jeu. Assimile les mélodies, envoie les notes en l’air et se rattrape avant de confier la grille à qui veux maintenant en parler.
Tout ça, donc, bénéficiant d’un son superbe, bon équilibre de chacun des instruments. Ambiance (presque) live: chaleur d’applaudissements, justifiés, que l’on sent sincères, amicaux.
A suivre …

BRUNO TOCANNE au Rocher de Palmer 31/03

Par Alain Flèche, photos Jean-Pierre Furt.

Rocher de Palmer le 31 mars 2017

Autour de Robert Wyatt ? Non, à partir ! Comment se débarrasser d’un air qui trotte dans les oreilles de la tête ? En allant plus loin. Un air qui serait « Sea Songs » (devenu « Sea Song(e)s » ici) dans « Rock Bottom » , un truc qui se trimbale dans les mémoires depuis une bonne quarantaine  d’années, les 70’s, époque école de Canterburry, on dépasse le Rock (est rajouté le qualificatif « progressif » pour ne pas confondre), sublime les Folk’s, , mêle une louche de culture classique, se méfie du Jazz… sauf le Soft Machine (et d’autres  ), dont le phénomène qui nous intéresse ce soir : le musicien poète, qui induit le propos de ce projet, créateur ce cet air qui ne sera joué qu’à la fin du concert . Les autres titres du set sont  des compositions du batteur, Bruno Tocanne, un peu à l’origine de cette fantaisie (pas si rigolote), ainsi que des autres participants, qui ont l’air de prendre un malin plaisir à nous embarquer dans des eaux inconnues qui nous troublent d’incertitudes et dont la consistance est le reflet du Tout ! De tout ceux qui jouent et ceux qui écoutent, se jouent, et s’écoutent.

L’air commence doucement à se remplir de notes, lâchées par le  piano de Sophie Domancich, hachées de touches nuancées de mailloches, des notes qui flottent, se frôlent, s’évitent et se rejoignent, ailleurs, pas là où elles sont attendues. D’ailleurs : ni entendues. Elles viennent d’ici, d’un esprit, une pensée, un « songe de la mer », amères, la brume n’est pas faite en « Barbe à Papa », là : c’est de l’épais, et fluide aussi, mais consistant.

Et puis, bon, les deux, là, se fréquentent depuis ’93, savent se parler, se dire des notes, justes. L’esquif esquive les récifs, en récolte des pans de brume-bitume blanc, sali d’obscurité qui ne consent à s’écarter que de mauvais gré. Et le navire se gréé. Voici deux matelots qui se dévoilent. viennent apporter du gréement, justement. Et vogue… Et s’immiscent donc deux barbouzus : le bon vieux compagnon Rèmi Gaudillat aux trompette et bugle , comme les 2 premiers, il ne fera pas de démonstration, peu de notes… mais les bonnes ! Il offre à l’équipage, un son large et sûr, ou absent s’il lui prend, qui lui donne du corps. ‘L’est pas là pour ramer, mais arranger les voiles pour qu’elles ne manquent pas ‘ d’air’, qu’elles en ramassent les courants avec les risées à triste mine. Mais souffle si bien que se déchirent les voiles de nuées et transparaissent, mais à peine, quelques halos de lueur palote mais  rassurante, tant que ne viennent pas s’accrocher les drôles de sons, pas si drôles, sortis pas bien droit de l’ordinateur et de la voix de Antoine Lâng interprétant, interpénétrant des textes prêtés par John Greaves, Marcel Kanche, ou qu’il s’est fabriqué lui-même. Il nous imagine des sons en clair-obscur qui courtisent ceux des autres instruments pour s’en emparer, et les  traiter de ce que les circuits leur laisse de cui-cuits. Figure de proue, qui entonne et étonne , comme une corne qui écorche mais sait se dire, et passe, comme un vent froid dans le dos du silence, qui menace à chaque instant qu’une note  tarde à éclore avant que de ne faner. Silence de la mer étale fendue de la barre barbare du navire.

On approche du terme du voyage. Quelques repères apparaissent avec un hommage de la pianiste dédié à Carla Bley, puis, last but least, le titre éponyme du projet : « sea songs ». Retour à la case départ. Nous avons fait une boucle. Reste le souvenir d’une traversée onirique sur des nappes de sons reflétant de lointaines étoiles presque disparues. Parti pris, et gardé, de ne rien affirmer, rien dé-montrer, re-conter l’histoire avec le minimum de notes. pas de tentative de virtuosité qui remplit si facilement l’espace, resté ce soir plein de trous à travers lesquels se discernent  d’autres mondes. Musique minimaliste, dur challenge que de refuser d’en faire ‘trop’, en risquant le ‘trop peu’, mais non, contrat assumé : on ne s’est pas ennuyé. Rappel : les voiles ténébreuses sont pliées, le bateau arrimé, on se réconforte près d’un feu de joie d’où,  les notes folles fusent, s’enchevêtrent, montent  dans le ciel maintenant dégagé, jusqu’à l’âme même de la Musique. Moment ‘pur-Free’, comme ‘ils’ savent si bien le jouer, comme on aime tant les entendre. Nous voici rassurés de se retrouver sur la terre ferme, fut-elle encore mouvante comme de la lave, mais celle-ci on la connait, et on l’aime. Elle nous  fait aimer tout le reste . Du tout possible, reste la qualité .

 

 

 

 

TONY PAELEMAN – Camera Obscura

  • chez :  Shedmusic

par : Alain Flèche

 

Tony Paeleman : piano

Julien Pontvianne : sax t.

Nicolas Moreaux : bass

Karl Jannuska : drums

Quartet faussement discret. Démarre ce disque par des arpèges, une ambiance, promenade incertaine, puis quelques pas plus pressés, la voix de Sonia Cat Berro finit de préciser le caractère onirique de ce morceau. Le suivant, plus précis. Les doigts couvrent largement le clavier, rapides sans virtuosité superfétatoire, lents aux changements de rythmes, appuyés pour souligner la rentrée du sax. un touché délicat ou fort, selon les nuances proposées. Beaucoup de passages écrits où se mêlent variations, interprétations, improvisations…

Une reprise : Roxanne . A la façon de… difficile de rapprocher ce travail d’autre chose de déjà entendu. Parfois un son, une suite, un accord, pourraient faire penser à… mais non, c’est un vrai musicien qui organise un ensemble original, de musiciens ensembles, de titres assez différents avec une trame, un fil, ambiances imagées,  qui rendent le tout cohérent. La basse double souvent les thèmes exposés  sur le piano, elle reste très fidèle aux indications du leader. La batterie est sage, mais pas trop. Ses débordements empêchent de reconnaitre les lieux, l’oreille se perd à chercher des repères, des temps qui s’étendent, les mélodies s’étirent.

Et puis, plein d’invités ! Pierre Perchaud prête sa guitare à 2 titres. sur la 7ème plage, rien de moins que les anches et bois de Christophe Panzani, d’ Emile Parisien et de Antonin Tri Hoang. Écriture à caractère marqué, avec des décalages qui pourraient passer pour des incertitudes si ce n’était la savante maitrise qui ne laisse rien au hasard. Peut être peut on évoquer Frank Zappa et son travail sur le synclavier ? Tony Paeleman en peaufine de même ses compositions, sauf qu’ici, ensuite, l’interprétation en regarde chacun qui est prêt à prendre le risque de s’immiscer dans cette architecture tout de même un peu « obscure »! Sombre comme un bout de film en noir et blanc, sans tristesse ni souffrance. Juste un pincement au cœur, comme quand, en forêt, on ne reconnait plus le chemin habituel…

Et justement, pour clore cette écoute, séparation apparente tant imprègne, du sens de ce disque, les sens de l’auditeur, une autre reprise, de Charlie Haden : « Our spanish love song ». Profondeur. Pleurs sans larmes.  Nostalgie de chemins à découvrir. A écouter, et réécouter sans crainte de se lasser, dans ces richesses toutes en demi teintes.

www.tonypaeleman.com

Renaud Garcia-Fons & Dorantes

Le 17 mars 2017 au Rocher de Palmer

Chronique d’Alain Flèche, photos de Thierry Dubuc

Renaud Garcia-Fons – Contrebasse à 5 cordes

David Peña Dorantes – Piano

 

Qu’en est-il de cette soirée présentée sous l’égide, et l’étiquette « flamenco-jazz » ?

Musique avec improvisation, variations sur écrits, classiques dépoussiérés, déjà moderne dans l’intention, le désir d’explorer les possibilités d’interprétation d’un répertoire qui ne demande qu’à s’ouvrir comme un dahlia pourpre. Mais il y a-t-il besoin de casier pour entendre et apprécier cette musique traditionnelle, voire folklorique, re-visitée, ré-inventée, extrapolée, appropriée et rendue en cœur et intelligence par deux compères qui savent de quoi ils parlent : matière et espace, un tout et ses éléments :

L’air. Indispensable et insaisissable. Par lui se propagent les sons, les fait respirer, s’organiser. L’air du temps, à 4 temps, plus ou moins, rattraper le temps passé avant qu’il nous dépasse à nouveau, en se dépassant nous-même, en se déplaçant dans un faux continuum espace/temps, l’air de rien, et rien, ce n’est pas rien… l’air, ils l’ont !

L’eau. Eau vive. Vif-argent. Mercure limpide. Court, file, emplit, fait des vagues, des courants, comme l’air. C’est de la matière, ou presque. Fluide, bientôt éthérée, ou bien moins docile, plus lourde, mais coule, cool, de berges en rives connues et (é)mouvantes. Coule entre les doigts qui la crée, et s’en échappe sans jamais disparaître tout à fait, s’ancrant dans la mémoire marquée de gouttes et de bulles d’énergie.

La terre. Aride et/ou généreuse. La glaise, dont est fait Adam. Qui colle au pied et à l’âme. La terre qui crée, qui reçoit, abrite et s’exprime. Terre qui a donné vie à un son. Transcription de l’esprit qui anime la matière. La terre ibérique, confluence de cultures, de leur sons et rythmes, origines et buts, s’ils en sont. Centre Est Sud et Nord et plus, jusqu’à Cuba et proche de l’Arabie. Voyage parmi les multiples épicentres de cette expression, culture, toute proche de nous, étrange étrangère pourtant déjà entre-aperçue,dans l’espace et le cœur.

Le feu. Rouge comme le sang, comme la vie. Nait de la combustion de la matière dont il se nourrit, la magnifie, vacille puis s’élève vers d’autres sphères, se perd, de vue et appelle, à le suivre, à le rejoindre, chaud et lumineux, parmi les soleils et l’ombre de son  absence apparente et présence permanente ,cachée, désirée, évidente. Feu follet qui se propage à qui mieux mieux. Le feu, la vie, l’amour.

L’amour de la terre. De l’eau pour nourrir la terre et la rendre malléable. L’air appelle la musique à être de tous mouvements, tous frottements, partout en même temps, espace temps confondus. La musique, comme le feu, reste près de la terre et s’étouffe, ou bien, comme ce soir, à peine construit, sûr de lui, bondit vers les cieux, où résident esprits, diables et anges, souffrances et passions, joies et abandons.

Deux interprètes qui sont venus jouer de leur art, virtuoses sensibles qui racontent des histoires, pour de rire ou pour pleurer de l’amour qui fait vivre et fait mourir. Interprètes de la vie qui s’écoule, se construit et se résout… ailleurs. Interprètes des messages transmis de cœur à cœurs .  La musique d’un pays, d’une terre, qui se joue avec le corps, le cœur, et l’âme. Tantôt farandole, tantôt sérieuse. Populaire  ou académique. De rue ou de salon. On  s’attend à entendre quelque ‘Asturias’ en bras de chemise. Plus de frontière pour ceux qui en extirpent l’intention et le sens. D’autres l’ont bien compris : Miles Davis, Chick Corea, Charlie Haden … et ne l’ont pas trahit. Un piano qui n’en finit pas de faire le tour de partitions jamais fermées ni figées. Une contrebasse à 5 cordes, en pizzicato ou à l’archet, qui n’oublie pas ses lettres de noblesse que confirment chaque révolution autour d’une idée nouvelle.

Deux amoureux de cette sensibilité particulière qui franchit les barrières de paroles non dites mais gravées en tout êtres qui sait écouter et entendre . Qui nous font aimer cette musique qui est en nous.

ROSARIO BONACCORSO – A beautiful story

Jando Music

par Alain Flèche

Dès les 1ères notes de la 1ère plage, c’est le son du bugle de Dino Rubino qui capte l’oreille. Rond, régulier. De longues notes bien claires, sans trembler, ni vibrato, lancées dans le sens du vent, restent en équilibre comme un cerf-volant, s’évanouissent, poussées par d’autres perles qui composent ce collier sonore et lumineux. Le piano de Enrico Zanisi, présent, partout (trop ?) , reste au cordeau de la mélodie qui papillonne sur les harmonies. Grilles qui ne nous sont guère inconnues; on y croise des réminiscences de « Alone Together », relents de « Love for Sale », souvenir de « Sumertime »… Mais pas vraiment non plus. Cela reste très ouvert. Les structures sont souples sur un répertoire Médium, pas de grands risques, juste la beauté. Choix on ne peut plus honorable, légitime, justifié par un résultat à la mesure des prétentions. La contrebasse de Rosario Bonaccorso règle, rythme, départage et réunit les sons autour d’elle, comme une poule ses poussins, mais qui sont grands maintenant et ne l’attendent plus pour trouver les perles de ver, de vaire, de verre dont ils vont se nourrir et gaver généreusement leurs auditeurs. La Basse donc, gère son petit monde « à la Dom Camillo » et le diable de trublion, le « Pepone » de la farce, c’est peut être Alessandro Paternesi et sa batterie qui promène un brin de douce folie aux 4 coins des 4 temps qui seraient bien  trop carrés sans lui. Peu lui chaux le tempo, pas le temps à se perdre, aller plus loin, voir comment c’est « à cotè ». Du coup, le reste ne parait plus tout à fait aussi régulier, c’est heureux. la beauté pourrait devenir triste sans fantaisie ! C’est l’Italie, aussi !

Rien d’extraordinaire dans cet opus, si ce n’est un son brandit comme un étendard de lumière, à propager comme la Bonne Nouvelle, qui se laisse écouter de même sans déplaisir quand ce n’est franchement dans la  joie, fut-elle intérieure.