Arcades fire à Saint-Macaire

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Il fait un froid de loup, des courants d’air humides chargés de la pluie qui tombe s’immiscent entre les piliers des arcades séculaires partiellement protégées par des bâches tendues à la hâte suite au déplacement à l’abri du concert. Ces arcades pourtant les musiciens vont y mettre le feu.

Tous les amateurs de jazz du Sud Gironde et aussi les étrangers de la grande ville comme nous, attendaient cette soirée avec impatience. Grâce notamment à Herbie Hancock et sous le patronage de l’UNESCO existe depuis 2011 “la journée internationale du jazz” . Deux événements majeurs cette année dans ce cadre, l’aimable concert à la Maison Blanche chez Barack, et donc cette soirée à Saint-Macaire. Les amis du Collectif Caravan, de Simone et les Mauhargats, de l’associaton l’Ardilla et de la Belle Lurette ont relevé le défi et organisé celle manifestation dans la cité médiévale de Saint-Macaire.

Point d’orgue – sans orgue – de cette manifestation le concert du trio Thomas Bercy (p), Jonathan Hédeline (cb) et David Muris (dr) avec des invités de luxe, les jeunots Alex Aguilera (fl), Alexis Valet (vib) et le trop rare Jean-Christophe Jacques (ss, sa, st). Bruno Bielsa (t) le local de l’étape viendra aussi les rejoindre.

Le répertoire fétiche du trio est celui de McCoy Tyner, rien moins.

Mais avant, en même temps que ne commence le bal des merguez des saucisses et des tire-bouchons, l’école de musique locale de l’Ardilla nous offre avec ses élèves une première partie pleine de promesses avec un répertoire de qualité allant de Miles Davis (“Jean-Pierre”) à Stevie Wonder (“Superstition”) en passant par Julien Lourau. La “salle” est pleine malgré le sale temps, le bordeaux et le sainte-croix du mont aidant un peu à préchauffer les corps.

Dans ce lieu chargé d’histoire médiévale, les ménestrels apparaissent, comme descendus des cadres de l’exposition des clichés de Thierry Dubuc et Alain Pelletier, les photographes d’Action Jazz, où ils figurent en bonne place (jusqu’à fin mai). Déjà magnifiquement réels sur les photos les voilà de chair et d’os.

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Le concert va être à la hauteur de l’attente. On a déjà entendu le trio et des invités dans ce répertoire qu’il maîtrise parfaitement (voir chroniques du 24/1 et 22/2 sur ce même blog) mais ce soir, là formation à géométrie variable, du trio au septet, va se sublimer. Oubliés les doigts gelés sur les touches, les baguettes et les cordes, la sueur va même perler sur le fond de Thomas Bercy qui comme toujours ne ménage pas son énergie. Bon sang mais quel pianiste dans ce registre fécond de McCoy Tyner !

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Jonathan Hédeline de sa stature de commandeur, impassible derrière sa grosse boîte va border toute cette énergie, il est incroyable de maîtrise rythmique et ses interventions solitaires sont toujours très musicales.

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Avec lui derrière – et oui toujours derrière – David Muris, tantôt en force tantôt en nuance avec les balais, balise le chemin de son tempo, pas facile avec une musique aussi riche et variée. Le trio est en osmose ça se voit, ça s’entend.

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Quant aux invités ils vont épater tout le monde. Les deux jeunes n’ont jamais joué avec les deux autres, ils ne se connaissaient pas. Les regards admiratifs des uns envers les autres et réciproquement lors de chorus vont être éloquents du plaisir de leur rencontre. Alex Aguilera et sa flûte s’envolent régulièrement vers des sommets et Alexis Valet au vibraphone ajoute cette couleur cristalline avec une virtuosité de plus en plus maîtrisée. Pourtant ils ont presque les doigts gelés.

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L’invité spécial du jour, Jean-Christophe Jacques, nous met en pratique les propos qu’il a tenus sur l’improvisation lors de sa conférence d’avant concert à la Belle Lurette. Prise de risque absolue pour un plaisir musical non dissimulé. Que ce soit au sax alto ou avec ses deux bêtes de course l’alto et le ténor (mais qu’ils sont beaux ses Keilwerth !) il va sublimer ce répertoire en parfaite osmose avec le trio original ; on le sent vraiment dans le truc. Bruno Bielsa et sa trompette gillespienne au pavillon tendu vers le ciel, va venir livrer avec lui quelques folles joutes ! On a oublié le froid, c’est arcades fire à Saint-McCoy !

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Le « Walk Spirit, Talk Spirit » final est époustouflant, joué et étiré en septet au tempo de métronome du rimshot de David. Pas de rappel demandé car tout le monde, musiciens compris, repart vers la Belle Lurette pour une jam de clôture, un bonus de deux heures qui va s’avérer magnifique dans le bar bondé.

Cécile la chef d’orchestre du jour est enfin soulagée ! Dire que l’annulation a un moment été envisagée à cause de la météo ! Bravo et merci à tous les bénévoles qui eux aussi ont pris part au succès de la soirée. Quelle belle initiative que de faire vivre culturellement ces territoires à l’écart des grandes villes. Quelle merveilleuse ambiance cela produit ! Quelle belle soirée conviviale et musicale.

L’an prochain on annonce du beau temps ça va être énorme !

 

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