Africuba, une joyeuse liaison amoureuse


Harold Lopez-Nussa / Alune Wade
Rocher de Palmer 31 /03/2016

Par Annie Robert, photos Philippe Marzat. 

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Deux continents séparés par un océan profond…deux hommes, deux cultures et une volonté, celle d’être ensemble et de partager la bande son de l’Afrique à la sauce cubaine, une bienheureuse nécessité !!
Comme un certain nombre de ses compatriotes, le pianiste Harold Lopez Nussa, dans la tradition du piano cubain d’Omar Sosa ou de Roberto Fonseca explore à demi teintes les racines de son île depuis quelques années déjà. Elles font partie de son histoire, de sa pulsation interne. Elles irriguent le bout de ses doigts. Dansant, épanoui, subtil, on connaît son style latin -jazz, séduisant en diable.

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Ce soir, il fait équipe (le mot équipe est vraiment le bon) avec Alune Wade bassiste et chanteur sénégalais, à l’élégante silhouette dégingandée qui a collaboré avec les plus grands (Marcus Miller en autre). Voici donc des bribes d’Afrique à Cuba et des morceaux de Cuba en Afrique dans une boucle qui défrise, un pas à l’amble sous l’égide de la joie et de l’enchantement de deux artistes à la fois facétieux et virtuoses.
Fondus des mystères magiques, des rythmes complexes, des gouttes de sueur parfumées, des solos de basses enfiévrées, des pas chaloupés et des jupes virevoltantes, ce concert est pour vous, pour nous. Il éparpille une vitalité à tomber de fatigue. Il redonne du peps, de la pétillance, un parfait mélange de gingembre et de papaye fraîche.
Un démarrage sur les chapeaux de notes avec « Aminata » et en avant la pulsation et le rythme!! C’est le bouillonnement. !! Il faut dire que des classes d’enfants sont présentes, attentives, enthousiastes et pleines de vie qui donnent à ce concert un aspect de fête de village où la salle rie, participe, frappe des mains et chante sans se faire prier. Les pieds gigotent et les hanches se tortillent sur les sièges. Cela tient du club de jazz de la Havane avec sa chaleur un peu moite et des plaines sèches du côté de Saint Louis, telles qu’on les rêve. Des moments tendres et calmes avec la voix ou les voix harmonisées de l’ensemble du groupe alternent avec des chacha, des rumbas endiablées ; de douces complaintes entêtantes finissent en salsa tonitruante. Un parfait tissage, métissage imbriqué, sans que l’on s’en rende compte, se faufile et se met à l’œuvre de façon naturelle, évidente et toute simple. Il s’agit comme le présente Aluna Wade, dans sa charmante nonchalance de revisiter les standards africains des années 50/60, eux-mêmes issus de l’appropriation africaine de la musique cubaine. Une double lecture en somme où défilent des perles célèbres (Indépendance Cha Cha, Ayé Africa, ) auxquelles les deux complices mêlent leurs propres compositions, un brin de Kalimba et de bongos.
Autour deux, Olivier Tshimanga à la guitare rajoute une once de folie décalée (si jamais il en manquait …) et la belle trompette de? ) (désolée je n’ai pas retenu le nom…) cubanisante à souhait, solaire, Buena Vista Social Club à donf un couleur dorée et joyeuse. Un aparté avec mention spéciale brillante et hors compétition pour Ruy Adrian Lopez Nussa, le petit frère. Les deux frangins nous gratifieront d’un petit jeu à quatre mains au piano «  Los Munecos » virtuose, ravissant les enfants présents. Mais c’est à la batterie que ce dernier se révèle vraiment, tonique, ludique, inventif, créatif, tâtant du bois comme de la peau, du bongos comme de la cymbale. Eclatant !!
Délicat métissage de couleurs et d’atmosphère, ce concert entre La Havane et Cuba nous a prouvé avec délices qu’ un océan peut se réduire à un filet d’eau, à une flaque, à une gouttelette et que les cousinages et les amours sont plus solides que les distances. Un délicieux concert. Que Viva Africuba !!

 

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