A bord du Tara avec le Nokalipcis Project

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Sortie officielle de l’album « Tara »
Rocher de Palmer, vendredi 2 décembre 2016.

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Ce soir nous allons prendre le large, embarquement au Rocher, pas de Gibraltar mais de Palmer sur la goélette Tara avec un très très bel équipage nommé NOKALIPCIS avec par ordre d’apparition dans ce nom mystérieux (plus pour longtemps) NOlwenn Leizour (contrebasse), MicKAël Chevalier (bugle), PhiLIPpe Valentine (batterie) et FranCIS Fontès (piano). Pour ceux qui ne savent pas voyager sans carte prenez celle marquée Néo Bop.

Le Salon de Musiques (le « s » final est très important en ce lieu) se garnit copieusement de passagers avec pas mal de têtes connues et notamment de jeunes têtes, celles de musiciens en devenir qui ne boudent pas leurs aînés, ça fait plaisir.

Le gréement est de qualité ; sur scène un piano, un vrai, les seuls que Francis Fontès apprécie, Mémé la vieille et respectable contrebasse ¾ de Nolwenn et une batterie de rêve, une rare Craviotto en bois, acajou et érable moucheté, cerclée bois, qui va faire mourir de jalousie les quelques batteurs présents dans la salle. Le bugle artisanal tout neuf de Mickaël Chevalier arrive dans ses mains pour un largage des amarres tonitruant soutenu nerveusement par la batterie dans une longue phrase tendue très hard bop ; un accueil à bord des plus surprenants qui décoiffe tout le monde. Piano et contrebasse viennent humaniser tout cela et nous voilà donc partie sur un premier bateau nommé « La Fuggita ».

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Et oui avant d’être le musicien que l’on connaît Mickaël Chevalier a eu plusieurs vies, notamment celle de marin. Il a traversé les océans, fait le tour du monde comme mécanicien de bord. La plupart de ses compositions originales présentées ce soir portent les noms des bateaux sur lesquels il a navigué. Comme « Renée » un cargo porte container avec lequel nous traversons l’Atlantique par une mer calme et sereine sur une mélodie tout en douceur. Déjà un chorus d’une grande musicalité de Francis Fontès (le médecin du bord), ampleur, volubilité et finesse sont là comme d’habitude bien qu’on ait l’impression qu’il a encore fait des progrès ! C’est bien possible car il travaille pour. La suavité du bugle, préféré pour cette raison à la trompette, fait la transition avec une intervention en solo très travaillée de Nolwenn qui place de suite la barre très haut. Philippe Valentine tire la quintessence de son bijou en bois comme il va le faire toute la soirée d’une façon remarquable ; un drumming très musical.

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On change de navire avec la goélette « Tara » qui file ses 12 nœuds, légère et agile, tout le monde s’affairant sur le pont avec précision et efficacité . Très beau.

Tempo tendu en cross stick contrastant avec deux chorus nostalgiques de piano et contrebasse, pour encore une belle mélodie amenée par Mickaël, l’intensité montant petit à petit vers un duel éblouissant entre le piano et la batterie arbitré par la contrebasse. Du pur bonheur musical comme en témoigne nos regards échangés avec les amis autour. Nous étions au pied d’un fjord en Norvège pour une « Balade à Tromsø ».

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Place au trio rythmique pour une escale avec une jolie composition de Nolwenn et un arrangement de Francis, « Butterfly’s Dream », débutant par une balade délicate puis, une fois le papillon sorti de sa chrysalide, s’envolant même sur un rythme de samba. Pendant ce temps Mickaël en bon mécanicien graisse les pistons, pas du moteur V10 de son cargo mais du 3 cylindres en ligne de son bugle encore en rodage et qui lui fait quelques misères.

Puis Mickaël Chevalier prend les habits de Freddie Hubbard, un de ses musiciens favoris, avec « Dear  John » (Coltrane) et l’irrésistible « Crisis » où chacun s’en donne à cœur joie, le vibrato du bugle ramenant toujours au gimmick envoûtant du titre.

Ce bugle Mickaël le fait gémir ou geindre avec un certain humour dans « For Gino ». A 5 degrés près nous serions géographiquement en accord avec le titre suivant « 40° Nord », celui qui traverse, entre autres, la Méditerranée. La section rythmique entretient avec un autre dialogue piano batterie un groove impeccable, sous un déluge de notes,   le tout sous un orage de contrebasse, le bugle dévoilant de belles éclaircies.

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En rappel « Rara Avis » nous ramène tranquillement à terre, il est temps, le bugle ce soir est capricieux et a consommé pas mal d’huile, mais sans nuire au résultat. Mickaël m’expliquera que ce type d’instrument artisanal est ajusté de façon très précise et que, neuf, la moindre poussière peut perturber son fonctionnement. Il est musicien, mécanicien mais aussi excellent compositeur et arrangeur comme le prouve tous les titres entendus ce soir et qui figurent – sauf Crisis – dans l’album « Tara » du Nokalipcis Project magnifiquement illustré par les dessins de la goélette par Christian Revest.

L’unité et la cohésion du groupe sont vraiment manifestes et la croisière de ce soir a été une splendeur, d’un niveau de qualité impressionnant, tant au niveau de l’interprétation que des compositions. Un projet vivant à recommander à tous les programmateurs.

https://www.facebook.com/Nokalipcis/

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