40e HESTEJADA – UZESTE 2017

 

Par Alain Flèche

Dimanche 13 aout, La Collégiale

LOUIS SCLAVIS Clarinettes, VINCENT COURTOIS, violoncelle, DOMINIQUE PIFARELY, violon

Jazz de chambre. Bois et cordes. Solennité et acoustique du lieu qui forcent à l’écoute respectueuse du discours développé par ces 3 vieux complices qui communiquent d’un regard, un mouvement, un geste dans la progression des œuvres interprétées, qui prennent vie à partir de thèmes très élaborés, souvent signés de notre fameux lyonnais clarinettiste. Sur ces trames savantes, la musique se créée de chaque nouvelle idée, notes et silences, de chacun de ces architectes qui inventent des ponts entre le réel et le rêve .

Comme cet enfant, des jolies cartes sorties du porte-feuilles de maman, s’invente une marelle qui va relier la Terre au Ciel. L’âme des auditeurs, captés de l’esprit qui hante les instruments, vont s’attacher aux mélopées gracieuses, capricieuses, évidentes ou tourmentées, hypnotisées des charmes des magiciens du son, qui n’auront de cesse d’élever l’attention au niveau de leur intention ! Très haut niveau de perfection. Création instantanée. La hauteur de la nef est à peine suffisante à contenir les mondes variés inventés et la farandole des esprits de tous les visiteurs de ces nouveaux horizons, tourbillonnant jusqu’à tutoyer les anges. Les 3 passeurs s’y connaissent en voyages,  spirituels, homériques… humains. Sclavis continue à écrire ses carnets de route, dans une géométrie plus légère mais plus complexe, intime, sublimée. Courtois en appelle toujours à l’imprévu et Pifarely est un magicien qui nous fait naviguer entre les couleurs des vitraux sacrés que cisèle son archet. Une trentaine de doigts qui se promènent, cavalent entre les cordes et les clés, peu importent les notes, les thèmes (très pointus), l’essentiel est le chemin que nos guides dessinent et nous entraînent à découvrir avec eux Quelqu’un : « mais, ils ne tournent pas les pages des partitions !? » Non, ce sont quelques notes de support, elles donnent un ton, une direction, carte d’un itinéraire changeant au gré de l’imaginaire des fous jouant. Le temps s’est arrêté dans un présent éternel.  Folie et joie de se perdre dans l’instant. L’écho de chaque note apporte à la suivante, tout es lié. Les notes, les visions, l’audition, les désirs, les délires se mêlent et se reconnaissent dans le bonheur partagé. Dans ce voyage de l’âme qu’induisent les 3 Maîtres de musique, chacun se retrouve face à lui-même, tous ensemble. Et la fin du concert n’y changera rien, rien ne sera tout à fait pareil, d’avoir découvert de nouvelles voies  lumineuses. Les fidèles quittent le lieu chargé de vibrations célestes, complices, heureux, comblés.

Lundi 14 août, l’Estaminet

Fin d’après-midi d’une torride journée estivale. La petite salle est comble, la température est prohibitive, mais bon, on est là pour une « Petite vengeance «  assumée par :

Raphaël Quenehen aux sax

Jérémy Piassa : batterie

Piliers du beau goupe ‘Papanosh’, en prise de risque directe. Un solo multiplié par 2, qui forme un. Exercice hautement périlleux, dont le succès de la tentative n’est réservé qu’aux grands. Souvent.  ceux-là n’oublient pas leur expérience réussie avec le grand altiste trop peu reconnu Roy Nathanson (qui s’est déjà frotté à la discipline du duo). Alors , ils y vont !

De longs morceaux qui s’étendent  jusqu’aux limites sans cesse repoussées, de leur imagination fertiligineuse. Longue ribambelle de rythmes baihiaesques, samba riante, à la barbe de Barbieri, sans bas, que des hauts ! La batteries, tellement les 4 mailloches ne laissent aucun répit à l’instrument qui se fait un plaisir de répondre aux sollicitations permanentes, par des éclats, et qui tonne, explose, emmène  le temps et le vent. Le sax suit. Sans faute, avec goût. Épicé, aussi. Ça souffle, époustoufle et pis tout partout, dans tous les sens, sur tous les tons, sensitif, complexe décomplexé de l’un à l’autre, chacun joue en reflet renvoyé à travers les facettes scintillantes de son alter ego qui joue à s’amuser et assumer le jeu en court, en cours, rebondissant encore. Après cette sarabande (d’)allumée(s), d’autres tempi. Blues distendu. Notes étirées. Sucre coton flou . Les contours d’une idée entendue s’émissent, se précisent, le blues perdu dans son informelle ébauche se concrétise dans le cœur d’une femme seule … « Lonely Woman ». chef d’œuvre ornettien, standard renouvelé de/à chaque interprétation . Réinventé ici aussi et encore, et toujours nouveau, désespéré et envoûtant. Lamentations, plaintes, soupires, détresse, peine, mais Force. Et Beauté. Enfin, un autre monument élevé par Wayne Shorter pour Davis (dont vous me pardonnerez d’avoir perdu le titre), une haute bâtisse qui ne crains ni les temps ni les vents, ni te tonnerre ni les tourments, les doutes abandonnés pour des certitudes aléatoires qui basculent aussitôt vers leurs contraires. Gros beau boulot que nous livrent ces zigotos. Mais il n’est pas tard, et il fait trop chaud.

Le temps d’avaler un rafraîchissement, d’apéritiver… Nous allons passer au plat de résistance à la bêtise cambrée.

 

Presque nuit, parc Lacape, concert manifeste :

Impwovizion

Lien évident qui réunit les sons d’ici (compagnie Lubat augmentée) aux sens de là-bas, ou là-haut, Antilles antennes , jazzcogne contre les murs de la barbarie. Chants traditionnels ‘bélé ‘ , face aux paroles et musiques improvisées. La créolisation est en travaux ! (lire Édouard Glissant : Sur les épaules du passé… au présent cinglant… inventer de l’avenir). Pont entre les Frères d’Âme. Projet fomenté par la rencontre non fortuite de Bernard Lubat et Luther François (assoc. Nomad Martinique). Avec :

Luther François : sax – Nenetto, Alys Varasse : chant – Alfred Varasse : batterie tambours – Bernard Lubat : piano, voix, direction – Fabrice Vieira, Thomas Boudé : guitares – Jules Rousseau : basse – Louis Lubat : batterie – Jacques DiDonato, Nicolas Nageotte : clarinettes – et Christophe Mert : plasticien qui habillera tout le long de la soirée, un panneau composé d’éléments hétéroclites avec des peintures, mouvantes, renouvelées au gré  des sons, des humeurs (toujours bonnes!) et des impressions (dans le sens coltranien), comme une poussière d’étoiles qui continue à scintiller dans le plein (et non le vide) intergalactique de la musique exprimée ou suggérée.

Créolisation ou créolité : rencontre, assemblage innés de différentes culture pour en composer une nouvelle, sans rien perdre de chaque identité. L’expression se libère en s’enrichissant. Riche sons, qui nous transportent par delà tout clivage, habitudes et préjugés. Les chants ancestraux hissent les couleurs, haut et fort. Appuyés de battements et accompagnements complices, de plus en plus compliqués, distincts cependant, privilégiant chaque partie dans le tout. Les chants lancinants et brillants, sont rejoints puis dépassés de mille voix qui explosent à chaque endroit de la scène. Les instruments affûtés, chauds comme des marrons de peaux, se placent, suivent, dévient, s’imposent, disparaissent un instant, reviennent suivre une nouvelle idée générale, partent dans des directions où ils ne resterons guère seuls bien longtemps, vite validées d’un écho permanent, intelligent . Moment impossible à résumer. Comme la toile fabriquée et colorée qui évolue à chaque instant, pas une mesure de répit. Ni pour les musiciens à l’écoute permanente de soi, de l’autre, du son, du sens , souvent induit par les claviers de Bernard, et de sa voie, et des textes susurrés, cités, vociférés, affirmés, proposés à l’intelligence de l’esprit et du cœur . Ni pour les auditeurs qui n’en perdent une miette de ce maelström explosif , en réclament encore des éclats de joie, que l’on voudrait mettre de côté pour réchauffer les jours plus ternes, plus sombres. Ne plus jamais oublier que le bonheur est dans le partage. Comment parler de la folle joie constructive de chacun des participants qui parlent, chantent, jouent, même seuls toujours absolument ensemble ! Pas une tête, pas un instrument qui dépasse, ils ne font que se surpasser . Union de la scène et du public. Fête générale .

Communion

 

Un commentaire sur “40e HESTEJADA – UZESTE 2017

  1. Philippe Desmond dit :

    il n’y avait que toi Alain pour nous raconter ça !

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